Zones de protection marines

Un autre aspect du changement climatique, coraux blanchis de la grande barrière de corail en Australie. ©Greenpeace/Newman

Un récif corallien revitalisé

Dans le monde entier, les récifs coralliens sont menacés par la pollution, la surexploitation des mers et le changement climatique. En leur prodiguant des soins intensifs, on arrive à en sauver quelques-uns. De tels projets sont couronnés de succès lorsqu’ils sont soutenus par les populations locales.

Aux îles Fidji, les jardiniers de l'initiative "Coral Gardens" viennent au travail en tenue de plongée. Avec précaution, les nageurs évoluent au-dessus du récif corallien, enlevant les algues qui prolifèrent et ramassant les étoiles de mer prédatrices. Lorsque la colonie de coraux est trop dense et que ces derniers se gênent mutuellement dans leur croissance, les jardiniers les éclaircissent en prélevant des branches de polypes. Puis ils les découpent afin d'obtenir plusieurs petites boutures qu'ils fixent sur des treillis métalliques et les font pousser dans des criques protégées, où l'eau est propre. Au bout d'environ une année, les jeunes coraux sont suffisamment grands pour être replacés dans des zones où le récif corallien est abîmé.

L'océanologue Austin Bowden-Kerby, de l'organisation Counterpart International, a développé ce projet en collaboration avec des initiatives locales en 1999. "Multiplier le nombre de coraux ne suffit pas, bien entendu", déclare-t-il, "ce n'est qu'une partie de notre programme de protection qui vise à enrayer la surpêche et à faire diminuer la pollution de l'eau causée par les villages côtiers et les complexes hôteliers."

De nos jours, c'est une nécessité. Car des facteurs locaux comme la pollution de l'eau ou la surpêche aggravent la situation, au point que les coraux risquent de ne pas résister au changement climatique. Or, si les coraux meurent, d'autres animaux et plantes qui croissent et se nourrissent du récif seront, eux aussi, menacés. Et il y en a beaucoup: dans aucun autre espace vital, on ne trouve une telle diversité d'espèces que dans les récifs coralliens – ce n'est pas pour rien qu'on les surnomme les "forêts tropicales des mers".

L'idée des fermes coralliennes n'est en soi pas nouvelle. Depuis plus de trente ans, les aquariums océaniques mettent à profit le fait que les coraux croissent remarquablement dans des conditions favorables et tolèrent sans problème le prélèvement de petites parties de la colonie – ce qu'on appelle la "fragmentation" dans le jargon des éleveurs. Ce qui est nouveau, en revanche, c'est l'intégration des populations côtières, qui permet d'organiser à long terme et pour le bien de tous la réhabilitation du récif.

En Polynésie, les conditions sont excellentes: les villages sur la côte ont toujours géré eux-mêmes leurs ressources halieutiques, et, depuis des temps immémoriaux, ils connaissent une tradition d'exploitation respectueuse de l'environnement s'appuyant sur des zones "taboues" et des restrictions saisonnières de capture du poisson. Sur certaines îles, il était ainsi courant qu'après la mort d'un chef de tribu, on interdise la pêche pendant une centaine de jours.

On fait désormais revivre ces traditions pour protéger la nature: les habitants des villages sont instruits des méthodes permettant de gérer les récifs coralliens et une partie du domaine qu'ils gèrent eux-mêmes est réservée à la création d'une zone marine protégée. Les fermes coralliennes offrent également des possibilités de revenus à ces gens qui, jusqu'à présent, tiraient leur revenu de la vente de coraux vivants aux fournisseurs d'aquarium – à côté de la pêche à la dynamite, pratiquée pendant des décennies, l'atteinte la plus grave à la nature commise par l'homme dans les récifs coralliens de cette région. En raison de son approche globale, l'initiative "Coral Gardens" a été choisie comme projet modèle par l'ICRAN (International Coral Reef Action Network), un réseau chapeauté par les Nations Unies, et des programmes correspondants ont été lancés aux Philippines, en Thaïlande et à Singapour.

Les habitants des îles Fidji qui vivent dans les villages côtiers apprécient le travail d'Austin Bowden-Kerby, car les nouveaux récifs coralliens apportent de plus en plus de poissons dans leurs filets. Un an seulement après la création de la première zone taboue, en face du village d'Ucunivanua, les prises ont tellement augmenté en dehors de la zone protégée, que les villages voisins ont commencé à s'y intéresser. Car les poissons prédateurs, que les habitants préfèrent consommer et qui sont aussi vendus sur le marché, se nourrissent de poissons plus petits vivant dans les coraux, où ils trouvent leur nourriture. Entre-temps, le nombre de réserves marines gérées par les populations locales est passé à 270.

Néanmoins, il est peu probable que la revitalisation des champs de corail suffise à elle seule à sauver les récifs coralliens des océans de la planète. Car, dans des régions où les coraux sont morts depuis belle lurette, les boutures risquent de péricliter elles aussi. Les récifs coralliens qui entourent les îles Fidji sont en bon état par rapport à d'autres. Les problèmes qui règnent là-bas sont la surpêche, la pollution ainsi que l'accumulation de sable et de terre provenant des champs de canne à sucre qui est charriée par les pluies jusque dans les récifs. Ces problèmes ont des causes locales auxquelles le programme de protection pourrait, en partie, remédier.

Mais, sur place, on ne peut pas faire grand chose contre le réchauffement global du climat. Et l'effet de serre pourrait entraîner la disparition d'une grande partie des récifs coralliens d'ici le milieu du siècle. Dès que la température de l'eau s'élève, les minuscules algues unicellulaires qui vivent à l'intérieur et en symbiose avec les coraux meurent. Ceux-ci perdent non seulement leur coloration et blanchissent, mais ils doivent aussi renoncer aux éléments nutritifs que les algues leur fournissent.

En outre, avec l'effet de serre, non seulement la teneur en dioxyde de carbone dans l'atmosphère s'accroît, mais la teneur en acide carbonique dans les océans augmente. Leurs eaux dissolvent moins de carbonates dont les coraux ont besoin pour construire leur squelette. Actuellement, l'acidité réelle (valeur pH) des océans a baissé de trente pour cent.Cette année, Austin Bowden-Kerby travaille au Belize. "Nous collectons des coraux qui, bien que blanchis, sont restés sains et se reproduisent. Peut-être arriverons-nous à trouver pourquoi ils sont particulièrement résistants." Les récifs coralliens des océans du globe pourraient néanmoins être les premiers biotopes victimes du changement climatique…



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