Début 2012, des organisations écologistes russes ont reçu un acte judiciaire dont Greenpeace Suisses’est procuré une copie. Ce document établi en 2006 montre de quelle façon l’ancien directeur du complexe nucléaire de Mayak a intentionnellement contrevenu au droit environnemental en vigueur et a ainsi contaminé la population. A cette époque, Axpo et Alpiq utilisaient déjà du combustible nucléaire produit à Mayak. Suite à ces révélations, Greenpeace considère que les producteurs suisses d’électricité doivent enfin mettre fin à toutes leurs relations commerciales avec Rosatom et assumer leur coresponsabilité dans la contamination radioactive de la région de Mayak.


Dans la région de Mayak est fabriqué du combustible pour les centrales nucléaires suisses. (Muslyumovo/Russie) ©Greenpeace/Sinyakov

Les centrales nucléaires de Gösgen (Alpiq; depuis 2002) et Beznau (Axpo; depuis 2003) utilisent du combustible nucléaire produit en Russie et contenant de l’uranium retraité. Des recherches effectuées par Greenpeace durant ces dernières années ont montré que les composants principaux viennent du complexe nucléaire de Mayak (Sud de l’Oural) autour duquel de vastes régions sont contaminées par la radioactivité. Après qu’Axpo en particulier ait subi le feu de la critique, elle renonce depuis novembre 2011 à utiliser de l’uranium provenant de Mayak « jusqu’à l’établissement d’une transparence complète sur les conditions qui y règnent » (extrait du communiqué de presse d’Axpo du 12.11.2011, traduction de Greenpeace). Mais jusqu’à présent Axpo n’a pas jugé utile de résilier les contrats de livraison. La contamination serait à imputer à l’ancienne Union soviétique, les conditions actuelles de production ne poseraient aucun problème et fonctionneraient dans le cadre des normes environnementales nationales et internationales.

Mais l’arrêté que le tribunal de Tcheliabinsk a rendu le 11 mai 2006 prouve le contraire. Dans un passé récent, entre 2001 et 2004, la direction du complexe nucléaire de Mayak a en effet déversé des effluents liquides fortement radioactifs dans la rivière Tetcha; cela en infraction aux lois environnementales russes et en contrevenant aux valeurs limites nationales et internationales. Les valeurs mesurées sont telles que, selon les normes russes, l’eau de la rivière devrait être considérée comme un déchet radioactif liquide. A cette époque, la population s’approvisionnait encore en eau potable dans la Tetcha. Elle n’a pas été informée de la dangerosité de la contamination radioactive. L’ancien directeur de Mayak a bien été condamné pour ces faits, mais il n’a pas subi de sanction. Si Axpo et Alpiq respectent leurs propres valeurs éthiques et leurs propres normes environnementales, elles doivent tirer les conséquences suivantes des faits ci-dessus:
– Annulation aussi rapide que possible des contrats passés avec Areva et avec Rosatom, le conglomérat nucléaire russe, ainsi qu’avec leurs filiales ou entreprises sous-traitantes; et fin de l’achat de tout combustible provenant de leurs installations.
– Reconnaissance de la coresponsabilité dans la contamination radioactive provoquée par le complexe nucléaire de Mayak dans la région de Tcheliabinsk. Contributions financières directes destinées à la remédiation en collaboration avec les organisations concernées sur place.

Dans le communiqué de presse déjà cité ci-dessus, Axpo écrit (traduction de Greenpeace): « Axpo se réserve le droit de réévaluer la situation et de prendre de nouvelles décisions, si d’autres faits que ceux connus à ce jour devaient être révélés ». Ce moment est maintenant venu, pour Axpo comme pour Alpiq.