Gazprom, la plus grande entreprise de Russie avec ses 300’000 employés, se lance cet été dans la recherche de pétrole en Arctique, au travers des forages exploratoires prévus dans la mer de Pechora, à l’est de la mer de Barents. Ces opérations devraient être effectuées depuis la plateforme pétrolière Prirazlomnaya. On sait peu de choses sur le timing prévu par la compagnie. En fait elle pourrait déjà avoir commencé à forer.


Greenpeace a découvert que le plan d’urgence en cas de marée noire, prévu pour cette plateforme, n’est plus valable. ©Greenpeace/Sinyakov

Greenpeace Russie a récemment découvert que le plan d’urgence en cas de marée noire, prévu pour cette plateforme, n’est plus valable depuis le mois de juillet dernier. Au regard de la loi russe, les forages effectués par Gazprom dans cette région de l’Arctique sont donc illégaux. Cela ne l’empêche pas d’aller de l’avant, sans avoir rendu publique un nouveau plan d’urgence. Un état de fait qui souligne bien le poids politique de cette compagnie dans le pays.

En l’absence de plan d’urgence, Greenpeace et le WWF ont commandé une étude indépendante au bureau d’experts russes Informatica Riska. A l’aide de différents scénarios de marées noires impliquant la plateforme Prirazlomnaya, ces spécialistes ont cherché à déterminer la surface de la mer qui serait touchée par une telle catastrophe. Ils ont également cherché à savoir si Gazprom avait les moyens d’y faire face. Malheureusement, les conclusions de cette étude sont pour le moins effrayantes.

Les experts ont d’abord déterminé différentes conditions dans lesquelles Gazprom ne pourrait strictement rien faire pour maîtriser une fuite de pétrole dans la mer, notamment la nuit ou en cas de mauvais temps. Le problème c’est que les forages sont réalisés à environ 60 kilomètres de réserves naturelles de première importance. La zone qui pourrait être touchée par une telle catastrophe s’étend sur plus de 140’000 km2, soit environ l’équivalent du territoire de l’Irlande.

Les équipements prévus par Gazprom suffisent pour intervenir sur une fuite de 500 tonnes de pétrole ou moins. Pour des marées noires plus grandes, la firme devra avoir recours au reste de son matériel d’intervention, judicieusement entreposé à environ 1000 kilomètres de là. Rappelons que lors de la catastrophe de Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique en 2009, plus de 5 millions de tonnes de pétrole se sont déversées dans l’environnement.

Il faudrait donc plusieurs jours à Gazprom pour mettre en œuvre une réponse adaptée en cas d’accident grave. Or on le sait, en Arctique la probabilité pour une telle catastrophe est très élevée. Les experts ont estimé qu’en cas de marée noire le pétrole ne mettrait que 20 heures avant d’atteindre le rivage et de mettre en péril une biodiversité aussi riche que fragile. Heureusement l’entreprise a prévu de se fournir en pelles et en seaux afin de nettoyer les côtes. Comme on dit ce sont les petites attentions qui comptent.