Onze lauréats du Prix Nobel de la Paix, dont l’archevêque Desmond Tutu, ont écrit une lettre commune au président russe Vladimir Poutine pour témoigner leur soutien aux membres de l’équipage de l’Arctic Sunrise (28 militants Greenpeace, un photographe et un caméraman indépendants) actuellement détenus à Mourmansk et inculpés de piraterie.


Ana Paula Alminhana Maciel (Brésil) est détenue avec ses 29 camarades depuis 30 jours, ©Greenpeace/Sharomov

 

Dans cette lettre (lire ci-dessous) les lauréats de la prestigieuse récompense appellent le président Poutine à faire tout ce qui est en son pouvoir pour que les charges disproportionnées retenues contre les 30 membres d’équipage soient abandonnées, et pour qu’ils soient traités dans le respect de la législation russe et du droit international. Décrivant l’Arctique comme un « trésor précieux pour l’humanité », les signataires soutiennent les efforts réalisés pour protéger le pôle Nord contre la voracité de l’industrie pétrolière et les dérèglements climatiques.

« L’exploitation du pétrole de l’Arctique est une entreprise dangereuse et à haut risque. Une marée noire dans ces eaux gelées aurait des conséquences catastrophiques pour cette région dont la beauté unique a jusqu’ici été préservée », écrivent-ils dans la lettre. « Les répercussions à long terme pour les populations qui habitent la région, ainsi que pour des espèces déjà vulnérables, seraient désastreuses. Le risque d’une telle catastrophe est omniprésent, et l’industrie pétrolière n’y est pas suffisamment préparée. Il faut également considérer l’impact de l’exploitation du pétrole de l’Arctique sur le climat. Que ce soit dans l’Arctique ou sur le reste de la planète, les changements climatiques sont une menace pour l’humanité toute entière. Cependant, ce sont les plus vulnérables qui paient le prix de l’incapacité à agir des pays industrialisés. »

La liste des signataires de la lettre:
– L’archevêque Desmond Tutu, Afrique du Sud
– Betty Williams, militante pour la paix en Irlande du Nord
– Oscar Arias Sánchez, ancien président du Costa Rica
– Jody Williams, militante pour la paix aux États-Unis
– Leymah Gbowee, militante pour la paix au Libéria
– Tawakkol Karman, militante pour la paix au Yémen
– Rigoberta Menchu Tum, militante droits des peuples autochtones au Guatemala
– Mairead Maguire, militante pour la paix en Irlande du Nord
– Shirin Ebadi, avocate et ancienne juge iranienne
– José Ramos-Horta, ancien président du Timor Leste
– Adolfo Pérez Esquivel, artiste et défenseur des droits humains en Argentine

Les 28 militants Greenpeace et les deux journalistes qui les accompagnaient à bord de l’Arctic Sunrise ont été arrêtés après avoir mené une action pacifique contre la plateforme pétrolière Prirazlomnaya, le 18 septembre dernier. Ils ont été inculpés de piraterie et encourent jusqu’à 15 ans de prison. Ils sont actuellement détenus à Mourmansk, dans le nord de la Russie.

Le président Poutine a lui-même reconnu que les 30 de l’Arctique n’étaient « manifestement pas des pirates ». La campagne pour la libération des 30 de l’Arctique est soutenue par 1,3 million de personnes à travers le monde. À l’occasion d’une journée internationale de soutien, 250 manifestations se sont tenues dans 49 pays différents. Par ailleurs, la Fédération internationale des journalistes et la Fédération européenne des journalistes ont exigé la libération des deux reporters freelance qui figurent parmi les détenus.



Lettre: Il faut abandonner les charges de pirateries retenues contre les « 30 de l’Arctique » et les libérer immédiatement

Monsieur le Président Vladimir Poutine,

Nous vous écrivons pour vous demander de faire tout ce qui est en son pouvoir pour que les charges disproportionnées de piraterie retenues contre 28 militants de Greenpeace International, un photographe et un caméraman freelance soient abandonnées, et pour que toute autre inculpation soit conforme à la législation russe et au droit international. Nous sommes persuadés que vous partagez notre souhait de respecter le droit de manifester pacifiquement.

Comme vous le savez, les 30 membres de l’équipage de l’Arctic Sunrise ont été arrêtés le 19 septembre dernier, lorsque les autorités russes ont abordé le bateau de Greenpeace manu militari en mer de Pechora. L’équipage, qui comporte des ressortissants russes et de nombreuses autres nationalités, menait une action de protestation pacifique et non violente.
Nous avons été touchés de vous entendre déclarer, le 25 septembre, que vous ne pensiez pas que les membres de l’équipage de Greenpeace étaient des pirates. Comme vous le savez, les militants de Greenpeace n’étaient pas armés et ont employé uniquement des moyens pacifiques pour manifester leur opposition aux activités d’exploitation pétrolière qui menacent l’Arctique.

L’exploitation du pétrole de l’Arctique est une entreprise dangereuse et à haut risque. Une marée noire dans ces eaux gelées aurait des conséquences catastrophiques pour cette région dont la beauté unique a jusqu’ici été préservée. Les répercussions à long terme pour les populations qui habitent la région, ainsi que pour des espèces déjà vulnérables, seraient désastreuses. Le risque d’une telle catastrophe est omniprésent, et l’industrie pétrolière n’y est pas suffisamment préparée.

Il faut également considérer l’impact de l’exploitation du pétrole de l’Arctique sur le climat. Que ce soit dans l’Arctique ou sur le reste de la planète, les dérèglements climatiques sont une menace pour l’humanité toute entière. Cependant, ce sont les plus vulnérables qui paient le prix de l’incapacité à agir des pays industrialisés. Il est temps de nous départir des combustibles fossiles et d’engager une transition vers des énergies sûres, propres et renouvelables.

Nous demandons instamment à tous les États de prendre toutes les mesures possibles pour protéger ce précieux trésor de l’humanité, tout en s’efforçant de mettre un terme à notre dépendance au pétrole. Votre pays étant l’un des plus directement concernés, nous vous demandons personnellement, Monsieur le Président, de prendre la tête des efforts accomplis dans ce sens.

Comme des millions de personnes à travers le monde, nous suivons de près cette affaire et attendons que les autorités russes abandonnent les accusations de piraterie, traitent les « 30 de l’Arctique » dans le respect du droit international, réaffirment le droit de manifester pacifiquement et redoublent d’efforts pour protéger l’Arctique.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre très haute considération.

Lettre originale en anglais