Nous sommes le 24 mars 1989 et au large des côtes de l’Alaska, l’un des pires désastres environnementaux causés par l’être humain vient tout juste de se produire.Le superpétrolier Exxon Valdez a heurté le récif Bligh Reef dans le golfe du Prince William à 00h04, crachant son pétrole dans les eaux cristallines de l’Arctique. Ce déversement, qui équivaut à 750’000 barils de pétrole brut, a fait de cette catastrophe environnementale la pire de l’histoire des États-Unis jusqu’à l’éruption de la plateforme Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique, en 2010.Trois jours après la tragédie de l’Exxon Valdez, une tempête a déplacé de grandes quantités du pétrole fraîchement déversé sur les rivages rocheux des nombreuses plages des îles Knight. Les dommages sont toujours visibles et ressentis aujourd’hui.Reportons-nous 25 ans plus tard, en 2014. Pendant que deux générations de pêcheurs continuent de gérer les conséquences de cette catastrophe, le Conseil de l’Arctique – organe dont le mandat original devait voir au développement durable et à la protection environnementale panarctique – se rencontrera à Yellowknife, le lendemain du 25e anniversaire de la catastrophe à faire la diffusion de son document vieux d’une année visant à gérer exactement ce genre de désastre.L’ouvrage s’intitule Coopération en matière de préparation et d’intervention en cas de pollution marine par des hydrocarbures dans l’Arctique. Des 18 années d’existence du Conseil, il ne s’agit que du deuxième document entraînant des obligations juridiques et les membres en sont très fiers. Lorsque le Conseil siégera à Yellowknife, la véritable question qui se posera donc est la suivante: si cet accord avait été en place il y a 25 ans, est-ce qu’il aurait modifié le cours de cette journée fatidique?Malgré le fait qu’il s’agisse du premier accord du genre entraînant des obligations juridiques, il ne décrit pas les équipements d’intervention essentiels, les méthodes de fermeture des puits ou de nettoyage des habitats naturels et de la faune enduits de pétrole. Il se fie plutôt à des énoncés vagues indiquant que les nations de l’Arctique doivent « s’assurer » de tenter de prendre « les mesures appropriées en utilisant les ressources disponibles » sans même présenter des exigences minimales, laissant ainsi la porte grande ouverte aux gouvernements concernés pour qu’ils puissent retarder la responsabilité d’entreprendre des initiatives de nettoyage.

Nous sommes le 24 mars 1989 et au large des côtes de l’Alaska, l’un des pires désastres environnementaux causés par l’être humain vient tout juste de se produire.

Le superpétrolier Exxon Valdez a heurté le récif Bligh Reef dans le golfe du Prince William à 00h04, crachant son pétrole dans les eaux cristallines de l’Arctique. Ce déversement, qui équivaut à 750’000 barils de pétrole brut, a fait de cette catastrophe environnementale la pire de l’histoire des États-Unis jusqu’à l’éruption de la plateforme Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique, en 2010.

Trois jours après la tragédie de l’Exxon Valdez, une tempête a déplacé de grandes quantités du pétrole fraîchement déversé sur les rivages rocheux des nombreuses plages des îles Knight. Les dommages sont toujours visibles et ressentis aujourd’hui.

Reportons-nous 25 ans plus tard, en 2014. Pendant que deux générations de pêcheurs continuent de gérer les conséquences de cette catastrophe, le Conseil de l’Arctique – organe dont le mandat original devait voir au développement durable et à la protection environnementale panarctique – se rencontrera à Yellowknife, le lendemain du 25e anniversaire de la catastrophe à faire la diffusion de son document vieux d’une année visant à gérer exactement ce genre de désastre.

L’ouvrage s’intitule Coopération en matière de préparation et d’intervention en cas de pollution marine par des hydrocarbures dans l’Arctique. Des 18 années d’existence du Conseil, il ne s’agit que du deuxième document entraînant des obligations juridiques et les membres en sont très fiers. Lorsque le Conseil siégera à Yellowknife, la véritable question qui se posera donc est la suivante: si cet accord avait été en place il y a 25 ans, est-ce qu’il aurait modifié le cours de cette journée fatidique?

Malgré le fait qu’il s’agisse du premier accord du genre entraînant des obligations juridiques, il ne décrit pas les équipements d’intervention essentiels, les méthodes de fermeture des puits ou de nettoyage des habitats naturels et de la faune enduits de pétrole. Il se fie plutôt à des énoncés vagues indiquant que les nations de l’Arctique doivent « s’assurer » de tenter de prendre « les mesures appropriées en utilisant les ressources disponibles » sans même présenter des exigences minimales, laissant ainsi la porte grande ouverte aux gouvernements concernés pour qu’ils puissent retarder la responsabilité d’entreprendre des initiatives de nettoyage.

 

La plus grande partie des dommages causés par l’Exxon Valdez s’est produite dans les premiers jours après le désastre. Des experts nous disent qu’à moins d’installer de l’équipement de confinement et de récupération sur les lieux dans les trois jours suivant un déversement, le pétrole se répandra sans qu’il soit possible de le contrôler. L’accord du Conseil ne contient aucune disposition pour assurer ce genre de réponse rapide ou, le plus choquant, pour tenir les entreprises responsables des coûts et des dommages d’un déversement.

Cela n’a rien de surprenant quand on découvre qui a véritablement rédigé ce document. Des photos diffusées sur la galerie Flickr du Conseil de l’Arctique montrent des représentants de l’industrie pétrolière participant au groupe de travail, dont la réunion lors de laquelle le document a été finalisé. Peter Velez représentait Shell en tant que membre de la délégation américaine, tandis que Vladimir Dimitrov représentait le géant étatique russe Gazprom, soit les deux sociétés pétrolières qui tiennent les rênes dans l’Arctique.

Donc, pendant que les sociétés pétrolières ne sont aucunement tenues responsables, les communautés nordiques devront gérer les répercussions d’un déversement qui détruira tout mis à part notre capacité de survivre sur la Terre. Cette situation mine clairement le droit des peuples du Nord à un environnement sain et au développement durable, soit deux des principes définis dans le mandat initial du Conseil de l’Arctique et qui sont maintenant ignorés.

Plutôt que de chercher à empêcher que l’histoire ne se répète, le Conseil de l’Arctique, avec son leadership passif et son programme proentreprise, ouvre la voie à des tragédies semblables le long du littoral arctique. L’Exxon Valdez devrait rappeler à quel point l’Arctique peut être imprévisible et implacable, et être une leçon au moment même où les gouvernements se préparent à permettre davantage de forage et de marine marchande dans l’Arctique. Cependant, nous voilà 25 ans plus tard et nous n’avons rien appris de nos erreurs passées.

Le gouvernement conservateur ouvre la voie à plus de déversements de pétrole et de nouvelles tragédies en permettant la prospection gazière dans l’Arctique canadien. Le Conseil de l’Arctique, que le Canada préside présentement, n’a rien fait pour lutter contre ce destin, outre le fait qu’il aide à réaliser le projet.

L’ironie de la vie et l’insouciance de notre gouvernement sont telles que deux des sociétés ayant obtenu des concessions pour la prospection gazière dans l’Arctique canadien sont ExxonMobil et British Petroleum, nulle autre que celles qui ont remporté la première et la deuxième place des pires déversements de pétrole en mer à l’échelle mondiale.

Les moyens de subsistance des chasseurs et des trappeurs traditionnels, les pêcheurs inuits et des Premières Nations, les habitants du Nord et la faune nordique reposent tous entre les mains de sociétés destructrices. Nous n’avons pas choisi cette voie et nous ne la suivrons pas. Le développement irresponsable qui a lieu dans notre fragile écosystème nordique n’apportera que destruction, éradiquant inévitablement notre relation ancestrale avec la Terre.

Le Nord mérite un meilleur avenir et nous, les habitants du Nord, devons nous faire entendre et choisir une avenue viable.

Kiera-Dawn Kolson est responsable de campagne Arctique et membre de la Nation Dene

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