Un vieux proverbe africain dit: « Si tu veux aller vite, vas-y seul, mais si tu veux aller loin, alors il faut y aller ensemble ». Après cinq ans et demi chez Greenpeace, je pense que nous sommes allés vite et loin. Et nous y sommes allés ensemble. Mais il est presque temps pour moi d’entreprendre un nouveau voyage.

Kumi Naidoo lors de la cérémonie des Public Eye Awards 2014, à Davos

A la fin de cette année, je quitterai la fonction de directeur exécutif de Greenpeace International. Le voyage est toutefois loin d’être terminé et je resterai quoi qu’il en soit parmi vous. Je jouerai alors le plus important rôle qui soit au sein de Greenpeace : celui de sympathisant et de volontaire. Un bénévole lors de voyages comme ceux couramment effectué à bord du navire de Greenpeace, l’Esperanza. A l’image de ces six courageux volontaires – qui nous représentent tous – actuellement engagés dans #TheCrossing.  Comme la partie visible d’un iceberg constitué de sept millions de personnes, ils suivent la plateforme géante de Shell, le Polar Pioneer, qui fait route à travers le Pacifique en direction de la zone arctique de l’Alaska pour entreprendre un forage pétrolier dangereux pour l’Arctique.

Pourquoi déjà annoncer mon départ alors qu’il se matérialisera d’ici 9 mois ? Car le Conseil d’administration de Greenpeace doit songer à désigner un successeur. Or, une telle recherche est publique et requiert une consultation élargie. Raison pour laquelle nous avons publiquement répandu la nouvelle ce mardi. Ma décision a été mûrement réfléchie. Bien entendu, je pourrais continuer à en faire plus pour notre organisation et serais heureux de travailler plus longtemps avec vous, ou plutôt pour vous. Mais au cours de ces dernières années, j’ai ressenti le besoin de rentrer chez moi, en Afrique du Sud. J’ai quitté mon pays il y a 17 ans déjà, je sens qu’il est désormais temps pour moi d’y retourner.

Le désespoir me gagne quand je vois de quelle manière le gouvernement sud-africain, mon gouvernement, vise à dépenser pas moins d’un trillion de Rands (85 milliards de dollars US) suite à un accord absurde avec la Russie pour construire sept réacteurs nucléaires.  Dès lors, lorsque Greenpeace International aura réalisé la transition en douceur et mis en place une nouvelle direction, je consacrerai toutes les aptitudes que j’ai pu acquérir au cours de ces années pour me battre en faveur de la justice énergétique en Afrique du Sud. Je crois qu’il s’agit d’un des plus grands défis auquel mon pays est confronté depuis la fin de l’apartheid.

Le combat ne portera bien sûr pas seulement sur le changement climatique mais aussi sur le développement et le fait de faire en sorte qu’environ un cinquième des Sud-Africains sans électricité ait accès à une énergie propre. Il s’agit aussi de démocratie. Depuis plus de 60 ans, nous avons pu constater que l’énergie nucléaire et la démocratie ne font pas bon ménage.  Je veux vraiment faire ce que je peux pour aider mon pays à se développer sur base de systèmes énergétiques renouvelables et démocratiques, appartenant au 21e siècle. A l’heure actuelle, il n’y a qu’une centrale nucléaire en Afrique, à Koeberg, juste en dehors de Cape Town. Comme nous l’avons dit lorsque nous y avons accroché une bannière, durant le Sommet de la Terre en 2002, elle doit être la première et la dernière.  Certes, ce sera difficile, mais il y a un combat à mener pour chaque militant, et celui-ci est le mien.

Au cours de ces derniers mois, j’ai discuté avec la présidente du Conseil d’administration international, Ana Toni, afin de déterminer le moment idéal pour passer le relais. Et nous avons conclu que la fin d’année 2015 nous permettrait d’assurer au mieux la transition. D’ici là, je continuerai, comme auparavant, à contribuer à la réussite d’autant de campagnes que possible. En tant qu’organisation, Greenpeace a parcouru un long chemin ces dernières années. Nous avons renforcé nos liens avec d’autres groupes de la société civile et nous sommes devenus un partenaire solide au sein du mouvement en faveur d’une plus grande justice. Nous incluons nos volontaires et sympathisants dans les décisions stratégiques, nous avons évolué vers une approche plus ouverte et « populaire » dans nos campagnes et nous sommes plus actifs que jamais sur les champs de bataille environnementaux de premier plan. Le succès ou l’échec de ces nombreux combats décidera du sort de notre environnement et de l’héritage que nous lèguerons à nos enfants.

Je suis persuadé qu’avec le soutien d’autant de personnes, nous sommes sur la bonne voie pour remporter ces plus grandes campagnes et ces victoires dont nous avons urgemment besoin. N’ayez donc aucun doute : ma motivation reste plus que jamais intacte. Et je me réjouis déjà de lutter à vos côtés au cours des prochains mois. On dit que lors de chaque bataille, il faut conduire, suivre ou dégager. A mon sens, nous devons tous devenir des leaders. Qu’importe mon cheminement personnel, le développement de notre fabuleuse organisation ne cessera de retenir mon attention. Et qu’importe l’endroit, je me joindrai à vous dès que possible pour barrer la route aux forces destructrices qui empêchent une juste transition vers un futur écologique et pacifique.

Né en 1965 et originaire d’Afrique du Sud, Kumi Naidoo est le directeur exécutif de Greenpeace International depuis novembre 2009.

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