La centrale de Tchernobyl demeure le lieu d’un gigantesque chantier, 29 ans après l’explosion du réacteur 4, le 26 avril 1986. Les travaux y sont d’une très grande complexité, et le conflit en cours en Ukraine ne facilite pas les choses.

Centrale de Tchernobyl: panneau signalisant l'entrée de la ville de Pripyat, abandonnée depuis 29 ans

A la centrale de Tchernobyl il y a 3 grands chantiers à réaliser: recouvrir l’ancien réacteur accidenté afin de contenir la radioactivité qu’il contient, stabiliser les bâtiments ébranlés par l’explosion de 1986 et démanteler les autres réacteurs qui ont continué de fonctionner jusque au début des années 2000. Depuis 1997, le consortium français Novarka, alliance de Bouygues et Vinci, s’attèle à la construction d’une arche de protection en acier. Celle-ci recouvrira à terme le « sarcophage » construit à la hâte en 1986 afin d’isoler le réacteur n°4.

C’est un projet très complexe. Les alentours du sarcophage sont trop radioactifs pour permettre d’y réaliser des travaux. Il faut donc construire l’arche en un lieu protégé, puis la glisser au dessus du sarcophage dans un second temps. Le chantier devait être terminée en 2004-05, mais plusieurs difficultés font que l’on s’achemine plutôt vers une fin des travaux en 2017, avec à la clef un budget qui a plus que triplé pour dépasser les 2 milliards d’euros.

Quel avenir pour le nucléaire ukrainien?

« Nous espérons achever la construction de cette nouvelle chape afin de protéger pour toujours le monde contre les radiations de Tchernobyl », déclarait le président ukrainien Petro Porochenko, dans un message adressé à la population le 26 avril 2015. Pour toujours? Pas si sûr. La durée d’existence de l’arche ne devrait pas dépasser une centaine d’année. Mais d’ici là la radioactivité n’aura pas disparue, loin de là. Il faudra bien évacuer les déchets radioactifs et le carburant irradié et le stocker de façon définitive. Pour l’heure rien n’est prévu.

On est en droit de s’interroger sur la capacité de l’Ukraine à gérer non seulement sa part du financement des travaux à Tchernobyl, mais aussi à maintenir en bon état le reste de son parc nucléaire. 15 réacteurs nucléaires vieillissants assurent 50% de l’approvisionnement électrique du pays. Mais le conflit armé qui secoue l’Ukraine fait peser bien des inquiétudes. Au printemps dernier, le vote d’une rallonge budgétaire pour le chantier de Tchernobyl ne s’est pas fait sans mal. Et l’on est en droit de se demander comment le pays compte assurer la sécurité de ses installations. La majorité des réacteurs sont de conception soviétique, l’expertise et l’ingénierie se trouve en Russie, tout comme l’est désormais l’Université nationale de l’énergie nucléaire et de l’industrie de Sébastopol, en Crimée.

Encore près de 300 ans à attendre

Deux études parues dans les premiers mois de 2015, démontrent l’étendue prise par la catastrophe. La première, publie par la revue Oecologia, démontre que dans les environs de Tchernobyl la végétation ne se décompose pas normalement à cause de la radioactivité. Au lieu de cela elle sèche, et devient le combustible idéal pour des incendies de forêt catastrophiques. La combustion de cette biomasse libérerait de grandes quantités d’éléments radioactifs. La seconde, réalisée en Alsace par la Criirad, démontre que la moitié du Césium issu de la centrale de Tchernobyl est toujours présent dans le sol. « Il faudra 300 ans avant de pouvoir considérer comme négligeable l’impact résiduel de Tchernobyl », conclut le rapport.

Face à une telle situation il est important d’entretenir la mémoire. C’est pourquoi les différentes organisations antinucléaires continuent de mobiliser chaque année pour commémorer le début de cette catastrophe. C’est ainsi que des bénévoles de Greenpeace Suisse ont pris part à la manifestation organisée à l’initiative de Contratom, Sortir du nucléaire et Greenpeace à Genève dimanche 26 avril 2015, mais également au rassemblement qui s’est tenu devant la centrale de Fessenheim en Alsace le même jour et également à Berne devant le Palais fédéral.

Mathias Schlegel est porte-parole Climat & Energie pour Greenpeace Suisse

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