La Grande Barrière de Corail de la côte est de l’Australie est un jardin de vie, antédiluvien, mais très sensible. Le monde de rêve des Aborigènes est menacé. Car l’industrie du charbon prévoit de sinistres plans.

Blanchissement des coraux au Grand Récif en Australie

Les coraux – Ils ne grandissent que de quelques micromètres par année, mais atteignent tout de même un âge de plusieurs centaines à plusieurs milliers d’années. Un seul contact peut les tuer. La plus petite maladresse durant une plongée peut les détruire. Ils peuvent avoir presque toutes les couleurs, du rouge vif au noir de suie. Ils transforment les mers, particulièrement sous les tropiques en florissant jardins sous-marins et oasis pour la vie. Les coraux ne sont toutefois pas des plantes, mais des polypes et donc des animaux qui vivent en symbiose de façon unique avec des algues et se nourrissent de plancton, l’une des plus petites formes de vie sur Terre.

La 8merveille du monde

Les récifs de corail forment, comme le mycélium des champignons, les plus grandes structures créées par des organismes sur notre planète – dans ce cas, il s’agit de cnidaires constructeurs de récifs. Ils sont écologiquement très précieux et importants. Tous les coraux ne forment pas des récifs de corail: C’est surtout le cas dans les milieux tropicaux et subtropicaux où les températures sont stables. L’un des plus impressionnants récifs de corail se trouve au large de la côte Nord-Est de l’Australie. La Grande Barrière de Corail s’y étend sur 2’300 kilomètres et se trouve jusqu’à 300 kilomètres de la côte. Sa surface totale est comparable à celle de l’Allemagne. Son origine remonte à environ 600’000 ans. Elle est visible à l’oeil nu depuis l’espace et elle est considérée comme la « 8e merveille du monde ». Et l’UNESCO l’a inscrite au patrimoine mondial de l’humanité en 1981.

Les Aborigènes l’appellent « Waga Gaboo » – le Grand Récif. Il faisait partie de leur vie: des générations y ont navigué avec des canots, pêché des poissons et raconté des histoires traditionnelles sur sa faune. Le récif est comme un serpent arc-en-ciel, qui représente l’unité de l’esprit et de la matière dans leur mythologie et a formé la terre, les montagnes, les vallées et des points d’eau de manière créative. Le monde de rêve des Aborigènes semble s’être incarné dans le récif, que beaucoup considèrent aujourd’hui comme l’une des plus belles merveilles sur terre.

Vue dans son ensemble, la Grande Barrière de Corail n’est pas un système de récif fermé, mais elle est constituée de 2’900 récifs individuels et de 600 îles (71 îles coralliennes). La biodiversité est gigantesque dans « le plus grand aquarium de la planète », comme on le nomme aussi. Plus de 1’500 espèces de poissons, 5’000 mollusques et 400 espèces de coraux y vivent. Des millions d’oiseaux nichent sur ses îles. Le système corallien constitue le biotope d’innombrables animaux marins, comme des tortues, des baleines, des lamantins et des dauphins. Plonger dans ce monde sous-marin exotique et multicolore constitue une expérience unique – une vraie méditation.

Un joyau menacé

Mais même un organisme de cette taille n’est pas immortel. Et le monde de rêve des Aborigènes devient de plus en plus un cauchemar. Car les activités humaines sont extrêmement nuisibles pour la Grande Barrière de Corail: culture de canne à sucre, production d’aluminium, pêche, transport maritime, constructions portuaires, pression démographique, tourisme. Et surtout le réchauffement climatique. En effet, pour les coraux des eaux chaudes, il fait vite trop chaud ou trop froid. Et ils meurent. Le blanchiment et la diminution des coraux, ainsi que la baisse de la qualité de l’eau sont des symptômes à prendre au sérieux. Près de 50 % des coraux ont disparu depuis 1985. Les plongeurs expérimentés ont les larmes aux yeux lorsqu’ils comparent la beauté et la diversité d’il y a 20 ans.

Nous risquons encore d’autres déboires. L’arrière-pays de l’Etat fédéral du Queensland compte quelques-unes des plus grandes et des plus rentables mines de charbon de la planète. L’extraction et le transport de ce charbon perturbent directement et agressivement cet écosystème marin. Et la combustion des fossiles continue de réchauffer le climat ce qui contribue encore plus à tuer les coraux. En Australie, les défenseurs de l’environnement – dont Greenpeace fait très activement partie – appellent le gouvernement de Canberra à mieux protéger la Grande Barrière de Corail. Cela fait son effet. Le groupe charbonnier indien Adani ne trouve personne pour financer son projet de mine de charbon. Une série de financiers internationaux a refusé de subventionner l’extension d’un port de transbordement de charbon à proximité des coraux. Le Ministère australien de l’environnement avait autorisé un projet de déchargement de boues portuaires dans la région de la Grande Barrière, mais les protestations l’ont fait changer d’avis. Les scientifiques, les banques et les défenseurs de l’environnement ont rarement été aussi en accord: « Extraire du charbon et protéger les coraux ne va pas ensemble, » explique Sandra Schöttner, spécialiste des Océans chez Greenpeace.

L’UNESCO doit agir!

Un aperçu des mesures de sauvegarde prévues montre que l’on ne peut pas faire confiance à l’actuel gouvernement de Tony Abott pour assurer l’avenir de la Grande Barrière de Corail. Son plan récif 2050 continue ainsi à autoriser les projets de mines de charbon et d’extension portuaires. Cela incite maintenant même l’UNESCO à faire pression. A fin mai, elle a attribué un carton rouge au gouvernement australien et exprimé des craintes. Elle veut que d’ici à 18 mois, l’Australie établisse un rapport concernant les progrès écologiques accomplis et menace autrement de retirer le récif de sa liste. Cela mettrait l’Australie en difficulté.

Les Aborigènes étaient les gardiens de la terre: ils se servaient et gardaient ce dont ils avaient besoin. Lorsque les Européens se sont installés dans le pays et ont opprimé les autochtones, l’ancienne connaissance a été perdue à jamais. Cependant, le temps de rêve n’est pas terminé. Nous pouvons encore agir.

Greenpeace demande à l’Australie d’arrêter le projet et de protéger davantage le récif corallien. L’Autorité de la protection du patrimoine mondial doit organiser un calendrier serré avec le gouvernement australien pour garantir la protection des coraux et en particulier rejeter clairement l’extension des ports de charbon se trouvant dans le périmètre de ce patrimoine mondial. Agissez également en exigeant que la merveilleuse Grande Barrière de Corail soit préservée de l’intervention de l’industrie du charbon.

+++UPDATE+++

L’UNESCO a confirmé que la Grande Barrière de Corail est encore en péril et qu’elle surveillera l’état de cette merveille de la nature. Merci aux centaines de milliers de personnes comme vous qui ont envoyé notre message à l’UNESCO.

Le gouvernement australien aura ainsi 18 mois pour entreprendre des actions significatives. Alors qu’il niait l’impact des mines et ports de charbon, l’annonce de l’UNESCO le pousse désormais à agir.

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