Les autorités de surveillance du nucléaire des pays européens n’ont pas tiré les leçons de Fukushima. Elles se refusent à exiger des rééquipements adéquats auprès des exploitants de centrales. Telles sont les conclusions d’un rapport publié par Greenpeace Europe le 29 juin 2015. La Suisse ne fait pas mieux que ses voisins.

Suite au déclenchement de la catastrophe de Fukushima, la promesse avait été faite de soumettre les centrales nucléaires européennes à des stress test particulièrement rigoureux. Si des tests ont été réalisés, ceux-ci sont ni sévères, ni contraignants. Ils n’ont pas aboutis à la concrétisation de mesures préventives appropriées. En Suisse, l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) ne fait malheureusement pas exception. Depuis le début de la catastrophe de Fukushima, des plans d’action et de mesures de sécurité ont régulièrement été annoncées, mais dans les faits, il ne s’est pas passé grand chose dans les centrales helvétiques.

Quelques exemples:

– L’analyse du risque sismique demeure dénuée de bases solides. Le projet « Pegasos » dure depuis 15 ans maintenant. Malgré les évènements de Fukushima, on ne sait toujours pas quand il arrivera à sa conclusion. On est donc pas prêt de savoir dans quelle mesure le risque sismique peut affecter les centrales nucléaires suisses.

– Les données concernant l’étendue du risque d’inondation repose toujours sur des données obsolètes.

– L’analyse des risques d’explosion d’hydrogène n’existe que sur le papier. Des mesures de rééquipement concrètes doivent rapidement être mises en œuvre.

– Les systèmes de refroidissement des centrales de Beznau et de Mühleberg n’ont toujours pas été renforcés. Les délais légaux ont été sciemment ignorés par l’IFSN et les exploitants.

– A Mühleberg, l’IFSN a renoncé à exiger une seconde source d’approvisionnement en eau de refroidissement résistante aux séismes.
Des éléments essentiels ont été oubliés

Le problème ne se limite pas à une prise en considération erronée des conclusions des stress test. Les tests eux même n’ont pas pris en compte des éléments centraux pour la sécurité des installations nucléaires:

– La question du vieillissement a purement et simplement été occultée. C’est particulièrement imprudent dans un pays où l’on exploite les réacteurs les plus âgés au monde. Avec 46 années de service, le réacteur 1 de la centrale de Beznau, en Argovie, est même le plus vieux de la planète.

– La qualité misérable de la protection des centrales nucléaires suisse face aux risques de chute d’avion, de sabotage ou de terrorisme n’a pas été analysée.

– Les tests ont été effectués en analysant des données sur papier. Il n’y a pas eu d’inspections. Il est donc tout à fait possible que des carences graves en matière de sécurité ne soit découvertes que dans plusieurs années. Comme cela a été le cas avec les trous découverts en 2014 dans le confinement primaire de la centrale de Leibstadt. Ces trous avaient été percés par erreur en 2008, et n’ont été découvert que 6 ans plus tard.
Danger pour la population et frein au tournant énergétique

L’autosatisfaction et l’autocongratulation de l’industrie nucléaire sont les seules résultats concrets de ces stress tests. Pire, les milieux favorables au nucléaire se servent de ces tests comme argument pour justifier une politique irresponsable en matière de nucléaire. « Maintenir l’activité tant que c’est sûr! »: tel est le mot d’ordre hypocrite qui en découle, et qui malheureusement trouve toujours une majorité au sein de la Berne fédérale.

Ce n’est pas seulement un jeu dangereux pour la sécurité de la population. Sans date fixes pour l’arrêt de l’activité des centrales nucléaires, le tournant énergétique ne pourra pas se concrétiser dans notre pays. Il sera difficile de trouver des investisseurs pour les renouvelables tant que l’activité des centrales sera maintenue.

Florian Kasser est responsable du nucléaire pour Greenpeace Suisse

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