Dans la nuit du 16 au 17 août, un incident technique dans une des turbines de la centrale de Gösgen a conduit à la mise à l’arrêt de la centrale. Gösgen était le dernier réacteur en activité dans le pays. Tous les autres étaient soit arrêtés pour des raisons de sécurité, soit en révision annuelle. Depuis le début de l’ère nucléaire dans notre pays, c’est la première fois que l’on se retrouve dans une telle situation. Et la Suisse n’a pas sombré dans le chaos.

Tous les réacteurs suisses sont en arrêt: les bougies restent au placard

Le spectre de la pénurie d’électricité a longtemps été un des arguments les plus forts pour défendre le maintien du nucléaire en Suisse et dans les autres pays nucléarisés. Sans nucléaire, on nous promettait le retour à la bougie. L’arrêt simultané des 5 réacteurs montre à quel point cette crainte de manquer de courant est infondée. Lundi 17 août 2015, la Suisse reste exportatrice nette d’électricité. C’est le résultat de l’essor des énergies renouvelables et des mesures permettant de réduire la consommation. Grâce à ces évolutions, la Suisse trouvera suffisamment de courant pour couvrir sa consommation.

Ces 5 dernières années, la production des renouvelables a crû de 216 Térawattheures en Europe. C’est plus de 8 fois la production annuelle de toutes les centrales nucléaire suisses. Parallèlement, les mesures d’efficacité énergétique ont permis de mieux maitriser la consommation. Il y a peu, le gouvernement allemand estimait que la surproduction d’électricité atteignait environ 100 Gigawatt sur le marché européen, soit 30 fois la production des réacteurs nucléaires suisses. Bien entendu, il nous faut continuer à mieux consommer l’électricité et favoriser l’essor des renouvelables. C’est la seule voie à suivre pour se débarrasser de toutes les énergies sales: le nucléaire comme les fossiles.

Ces signes encourageants démontrent que la Suisse peut se lancer sans craintes sur la voie d’une sortie rapide du nucléaire. Notamment, car la mise à l’arrêt immédiate des plus vieux réacteurs du pays peut se faire sans provoquer de problèmes insolubles en matière d’approvisionnement. Pourtant, en décembre 2014, le Conseil national renonçait à imposer une date butoir pour l’arrêt de tous les réacteurs du pays. La semaine dernière, la commission énergie du Conseil des Etats proposait même de n’imposer aucune limite de durée pour l’activité des centrales et d’abandonner le concept d’exploitation à long terme. Elle contredit ainsi les recommandations de l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN). Il reste à espérer qu’en séance plénière, les conseillers aux Etats se montrent plus raisonnables. Au regard de la situation actuelle, il semble clair que se prononcer en faveur d’une limitation de l’activité des centrales et en faveur de l’arrêt des réacteurs les plus dangereux n’obligera pas les citoyens de notre pays à retourner à la bougie.

Vous pouvez demander à vos Conseillers aux Etats d’arrêter la centrale de Beznau et d’imposer des limites de durée aux réacteurs du pays depuis votre lieux de vacances en leur faisant parvenir une carte postale.

Mathias Schlegel est porte-parole Climat & Energie pour Greenpeace Suisse

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