Depuis le 14 août 2015, 4 des 5 réacteurs du pays sont à l’arrêt. Soit pour des opérations de maintenance, soit pour des problèmes de sécurité. Nous avons même connu une parenthèse sans nucléaire, la centrale de Gösgen ayant été arrêtée de dimanche à mardi suite à un incident technique. Dans les médias, comme sur les réseaux sociaux, la question des importations permettant de compenser l’arrêt de la production nucléaire a souvent été évoquée. Voici la réponse argumentée de Greenpeace Suisse. 

1. Fluctuations quotidiennes importantes entre importation et exportation

Le solde entre les exportations et les importations de courant en Suisse peut énormément varier dans le cours d’une seule journée. Il dépend de l’offre et de la demande, et donc du prix de l’électricité sur le marché européen. Par exemple, lorsque l’offre du photovoltaïque ou de l’éolien est forte et que la consommation est faible, les prix baissent. Les entreprises électriques suisses profitent de ces situations pour remplir les lacs des barrages en pompant de l’eau à l’aide du courant importé. Dans des circonstances inversées, soit avec une demande forte et des prix plus élevés, elles vont exporter du courant vers nos voisins européens. Ce modèle d’entreprise est rendu possible par l’excellente intégration de la Suisse dans le réseau électrique européen. C’est aussi ce qui permet de garantir notre approvisionnement (voir graphique de SwissGrid).

2. L’excédent estival

La Suisse a la chance de pouvoir compter sur une grande capacité de production hydroélectrique. En été, lorsque la glace et la neige fondent en montagne, ces installations tournent à plein régime. Parallèlement, notre consommation d’électricité baisse: les chauffages électriques sont éteints, les gens partent en vacances et les besoins en éclairage sont réduits. En temps normal, la Suisse produit beaucoup plus d’électricité en été qu’elle n’en consomme. Elle exporte donc cet excédent, qui est supérieur à la production des centrales nucléaires du pays.

Consommation du pays

3. Période creuse en hiver: importations propres ou production indigène?

En hiver et sans électricité issue des centrales nucléaires, la demande ne peut être couverte uniquement par la production indigène. Cette situation pourrait changer très rapidement si les décideurs politiques prennent rapidement les bonnes décisions. Les projets inscrits sur la liste d’attente de la rétribution à prix coûtant du courant injecté (RPC) permettraient déjà de compenser la production des 3 réacteurs nucléaires les plus anciens du pays, soit celui de Mühleberg et les deux de Beznau. Ces installations, parmi les plus anciennes au monde, pourraient ainsi être mis à l’arrêt définitivement. Et c’est sans compter les progrès réalisés chaque année en matière d’efficacité énergétique. Nous avons détaillé à quoi pourrait et devrait ressembler le système énergétique suisse à l’avenir dans notre scénario énergétique « Energy [R]evolution ».

En attendant, nous pouvons importer de l’électricité propre en grandes quantités. Il y a actuellement largement assez de courant renouvelable à disposition sur le marché européen. Et cette tendance est à la hausse. Tous les 7 mois, c’est l’équivalent de la production annuelle des centrales nucléaires suisses qui est remplacée sous forme d’énergie renouvellable par les pays de l’Union européene (moyenne des 5 dernières années).

Afin de pouvoir rapidement passer à un approvisionnement électrique propre, il faut une volonté politique forte. A commencer par celle des Conseillers aux Etats, qui se réuniront ces prochaines semaines. Pour Greenpeace Suisse voici les trois mesures qu’ils doivent absolument adopter:

  • Exiger une durée limite à l’activité de toutes les centrales nucléaires, de manière à pouvoir mieux planifier et préparer le tournant énergétique.
  • Introduire un prélèvement d’au moins 2.3 centimes sur chaque kWh en faveur des énergies renouvelables, de façon à s’assurer que nous ayons assez d’énergie renouvelable pour compenser entièrement la production du nucléaire dans les 10 prochaines années.
  • Mettre en place un système d’éco-bonus en faveur des économies d’énergie pour les gestionnaires de réseaux, afin de les inciter à faire le maximum pour maîtriser la consommation de courant.

Un tournant énergétique est indispensable. Aidez les Conseillers aux Etats à prendre les bonnes décisions en leur envoyant une carte postale. 

Mathias Schlegel est porte-parole Climat & Energie pour Greenpeace Suisse.

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