Greenpeace a vérifié si des résidus chimiques de PFC se retrouvent dans de l’eau et de la neige de huit régions de montagne – dont l’Engadine. Les fabricants d’articles de plein air les utilisent pour leurs produits. Ils se dégradent très mal et peuvent nuire à la santé. Le résultat est inquiétant, car ces dangereux produits chimiques se retrouvent dans toutes les régions testées. Ils se disséminent sur toute la planète.


Les Lacs de Macun, dans le Parc national suisse, n'échappe pas à la contamination. ©Greenpeace/Breitler
Les Lacs de Macun, dans le Parc national suisse, n’échappe pas à la contamination. ©Greenpeace/Breitler

Au printemps 2015, huit équipes Greenpeace ont prélevé des échantillons d’eau et de neige dans huit régions montagneuses reculées sur trois continents. Ils les ont fait analyser par des laboratoires indépendants pour voir s’ils contiennent des résidus de perfluorocarbures (PFC), un produit chimique dangereux pour la santé publique et l’environnement. C’est justement l’industrie du plein air qui fait sa publicité avec la nature et qui utilise ces substances pour conférer à ses produits la capacité de repousser l’eau et les salissures.

Les analyses publiées dans le rapport « Footprints in the snow » (en anglais) montrent que les PFC se sont répandus sur toute la planète. Il y en avait dans tous les échantillons testés. Ce sont les échantillons prélevés dans les Alpes (Parc national suisse, Lacs de Macun), dans les Hautes Tatras en Slovaquie et dans les Apennins au Lago di Pilato. La neige des Monts Haba situés à 5’000 mètres dans le Sud-Ouest de la Chine avait la plus faible concentration en PFC. Il s’y trouvait par contre un PFC à longue chaîne particulièrement toxique. Il y en a aussi dans les lacs de haute montagne.

Les substances analysées dans les échantillons d’eau qui y ont été prélevés se sont accumulées durant des années et les concentrations y sont donc nettement plus élevées que dans les échantillons de neige. On y trouve surtout des PFC à courtes chaînes que les fabricants outdoor utilisent de plus en plus et dont ils minimisent la toxicité. Ces résidus étaient particulièrement importants dans les échantillons issus de Patagonie, de Russie et de Suisse.

Julia Bangerter, chargée de la campagne Chimie de Greenpeace Suisse, explique: « Les fabricants font leur publicité sur le dos de la nature, utilisant des photos des plus beaux endroits de la planète, de lacs de montagne isolés et de montagnes enneigées. Mais la chimie perturbe la relation entre leurs produits et la nature. Les PFC ne se dégradent que très lentement, ils s’accumulent dans l’environnement et les organismes, et peuvent nuire à la santé. Il est urgent que le secteur du plein air prenne des engagements ambitieux et crédibles pour trouver des alternatives inoffensives. »

Une fois libérés dans l’environnement, les PFC se répandent partout. Ils peuvent être émis lors de la fabrication, du transport, du stockage et de l’utilisation. lls se retrouvent dans l’environnement via les eaux usées des usines, mais aussi par le lave-linge domestique. Ils ne peuvent pas tous être filtrés. Ils se retrouvent dans l’air ou dans les cendres lorsque des articles contenant des PFC sont incinérés, mais aussi lors du dégazage des usines et des produits finis. On les retrouve dans le sang et les organes des humains et des animaux où ils s’accumulent. Certains PFC peuvent nuire à la reproduction, favoriser la croissance de tumeurs et influencer le système hormonal.

Ces analyses font partie de la campagne Detox de Greenpeace. Depuis 2011, nous appellons l’industrie textile à renoncer à tous les produits chimiques dangereux y compris les PFC dans ses chaînes de production et de livraison. Cette revendication est largement soutenue par les scientifiques. Certains fabricants de produits de plein air, tels Puma et Adidas, se sont déjà engagés à éliminer les PFC de leur production. Quelques entreprises plus petites, telles que Fjällräven, Paramo, Puya, Rotauf et R’ADYS, ont déjà des collections de vêtements déperlants pour le plein air exempts de PFC. Des marques plus importantes – The North Face, Columbia, Patagonia, Salewa et Mammut – n’ont pour le moment montré que peu de sens des responsabilités et de volonté à éliminer les produits chimiques toxiques tels que les PFC.

Les amoureux de la nature, les randonneurs, les skieurs – toutes celles et ceux qui attachent de l’importance à l’avenir de régions vierges et à leur propre santé peuvent adhérer au mouvement sous: www.detox-outdoor.org et demander au secteur du plein air de renoncer à de dangereux produits chimiques.