Lorsque début-septembre je suis revenu à Bangkok après une brève pause estivale dans l’air pur de la Suisse, j’ai appris qu’après l’attentat qui y a fait 20 morts et 125 blessés, ce voyage aurait pu être particulièrement dangereux. Je vais revenir en Suisse dans peu de temps et je me demande maintenant si entretemps l’Europe ne serait pas devenue un endroit encore plus dangereux.

Markus Allemann, co-directeur de Greenpeace Suisse, © Greenpeace / Heike Grasser, 2012 A Paris, il n’y a pas que des attentats. On y négocie aussi: sur notre survie à long terme sur cette planète, sur les changements climatiques. Il y en a beaucoup qui ne veulent plus l’entendre, mais il est quand même minuit moins cinq. Soit les Etats parties-prenantes à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) signent un accord contraignant, soit les pires prévisions climatiques se réaliseront. Cela signifie: augmentation du niveau des mers, intempéries destructrices, sécheresses, inondations, pertes de récoltes et d’énormes flux migratoires.

Le compte à rebours pour limiter à 2°C l’augmentation de la température moyenne de l’atmosphère arrive à sa fin. Exxon Mobil connaissait déjà les changements climatiques en 1981 et a sponsorisé les menteurs climatiques durant 27 ans. Les scientifiques ont envoyé des signaux d’alarme aux politiques durant 30 ans. Chaque négociateur qui se trouve actuellement à Paris porte une ceinture d’explosifs virtuelle qu’il peut amorcer par son ignorance – ou alors encore l’enlever.

L’enlever signifie arrêter de brûler du pétrole, du gaz et du charbon! Seul un tiers des réserves qui se trouvent encore dans le sol peut être extrait, le reste doit y rester. L’Union pétrolière continue néanmoins son business et fait de la publicité pour l’installation de nouveaux chauffages au mazout – et en plus avec l’argument que c’est bon pour notre climat! A Soleure, Regio Energie ne fait pas mieux, elle promeut chaque raccordement au gaz avec une prime environnementale au lieu de miser entièrement sur le chauffage à distance. Sur sa page internet, on peut lire sous la rubrique chauffage que les chaudières à gaz sont favorables à l’environnement et qu’elles contribuent grandement à protéger le climat.

C’est ainsi que l’on nous trompe et que nous restons dépendants de la combustion d’énergies fossiles qui nuisent au climat. Aujourd’hui, on continue d’extraire 90 millions de barils de pétrole par jour et nous, junkies du pétrole, faisons gagner chaque mois USD 50 millions à des organisations terroriste comme Daesh (Etat islamique en Syrie et au Levant). L’Arabie Saoudite est le principal exportateur de pétrole de la planète, il encaisse encore plus d’argent et l’utilise pour acheter de grandes quantités d’armes. L’Arabie Saoudite et Daesh lapident les personnes adultères, fouettent les personnes ayant des relations sexuelles avant le mariage, tuent les blasphémateurs, les homosexuels et les apostats. Cela nous laisse-t-il indifférents tant que nous pouvons nous chauffer?

« Indignez-vous! » nous disait déjà Konstantin Wecker il y a quatre ans avec son nom de famille prédestiné (« Wecker » signifie « réveil » en allemand) . Nous sommes les témoins éveillés d’un système devenu malade. Il y a peu, ma femme m’a annoncé par courriel qu’en un an, chaque habitant de la Suisse est devenu plus riche de CHF 100’000. Mais où est cet argent? Chez un pour cent de l’humanité qui possède plus que tout le reste de la population de cette planète. L’ignorer signifie amorcer la ceinture d’explosifs.

Markus Allemann est codirecteur de Greenpeace Suisse et dirige cette année par intérim le bureau régional de Greenpeace dans le Sud-Est de l’Asie à Bangkok.

Ce texte a été publié dans le journal « Oltner Tagblatt » le 04.12.2015.

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