La Suisse utilise nettement plus de pesticides que nécessaire. Le Plan de réduction des pesticides proposé par l’association Vision Landwirtschaft et soutenu par Greenpeace montre que l’utilisation de pesticides pourrait être réduite de 50 % d’ici à 2020.


En Suisse, plus de 2'000 tonnes de pesticides sont utilisées chaque année. ©Greenpeace/Kelly
En Suisse, plus de 2’000 tonnes de pesticides sont utilisées chaque année. ©Greenpeace/Kelly

Le « Plan d’action visant à la réduction des risques et à l’utilisation durable des produits phytosanitaires » de la Confédération entrera prochainement en consultation et se mesurera à l’aune du Plan de réduction des pesticides. Le Plan de réduction des pesticides, de l’association Vision Landwirchaft, montre la faisabilité des alternatives à l’utilisation actuelle de pesticides. Il se base sur une analyse systématique de la situation en Suisse et sur les expériences faites dans d’autres pays qui ont déjà élaboré un plan d’action sur la réduction des produits phytosanitaires.

L’analyse montre que la Suisse fait partie des pays ayant une utilisation particulièrement élevée de pesticides. Les prescriptions légales sont dépassées chaque jour. Bien plus de 100 substances, qui n’ont rien à y faire, sont analysées régulièrement dans l’eau. La Suisse est dans le wagon de queue européen en ce qui concerne la transparence et les données en matière d’utilisation de pesticides. Les effets de l’utilisation de pesticides sur la biodiversité, la santé publique et les sols ne sont connus que de façon très lacunaire; les risques encourus sont d’autant plus élevés. L’étude a aussi montré qu’une utilisation élevée de pesticides n’est souvent pas rentable.

En Suisse, on utilise plus de 2’000 tonnes de pesticides chaque année. La Confédération n’a ainsi pas atteint, et de loin, les objectifs qu’elle s’est fixés. En 2005, l’objectif intermédiaire en politique agricole était de diminuer la consommation de produits phytosanitaires à 1’500 tonnes par an. Presque tous les captages d’eau potable du plateau suisse sont pollués par des pesticides et leurs produits de dégradation. Le nombre de stations de mesure dans les captages souterrains dans lesquelles on trouve des concentrations de pesticides au-dessus du seuil de tolérance est passé de 11 % à 21 % entre 2005 et 2011.

Lors d’une étude complète de cinq cours d’eau suisses d’importance moyenne, aucun d’entre eux ne remplissait les exigences de l’Ordonnance sur la protection des eaux en matière de pollution par des pesticides. 100 substances actives différentes ont été trouvées dans les échantillons, et chaque échantillon contenait en moyenne 40 substances actives de pesticides. Une agriculture productive sans pesticides est pourtant possible comme le montrent déjà de nombreux producteurs suisses.

Les mesures essentielles pouvant assurer une production agricole sûre et durable ne se basent pas sur les pesticides, mais sur des cultures adaptées aux emplacements et à de bonnes connaissances pratiques. Dans les zones urbanisées et les jardins particuliers, l’exemple de la France montre qu’il est parfaitement possible de se passer de pesticides problématiques. L’utilisation de pesticides peut être réduite de 40% à 50% dans l’agriculture et même de 80% dans les zones urbanisées, sans qu’il en coûte plus au contribuable – mais avec des effets positifs sur les eaux, les sols et la biodiversité – et donc aussi sur la santé publique.

Une alliance des cercles de l’agriculture, de l’approvisionnement en eau potable, de la protection des eaux, de l’environnement, de la santé et des consommateurs – dont fait partie Greenpeace – soutiennent les revendications du Plan de réduction des pesticides et demande à la Confédération d’appliquer les alternatives à l’utilisation de pesticides et d’utiliser les avantages socio-économiques et écologiques qui y sont liés.