Théoriquement, la Suisse pourrait de nouveau exporter des déchets radioactifs dans quatre ans. C’est du moins ce que souhaitent les Chambres fédérales, alors qu’ils ont pourtant décidé il y a peu d’interdire cette détestable pratique. Cette décision contradictoire dévoile comment le camp de droite continue de faire des yeux doux à une renaissance de l’ère nucléaire.


Le retraitement du combustible irradié porte atteinte à la santé humaine et à l'environnement. ©Greenpeace/ExPress/Limina
Le retraitement du combustible irradié porte atteinte à la santé humaine et à l’environnement. ©Greenpeace/ExPress/Limina

Le retraitement du combustible irradié est un des nombreux effets secondaires nuisibles de l’énergie nucléaire. Les installations dévolues à cette pratique ont déjà connu de nombreux accidents graves lors desquels des collaborateurs ont été fortement irradiés, et l’environnement et la mer fortement contaminés. En 2005, le monde politique suisse a enfin reconnu qu’il fallait y mettre un terme. Et l’exportation de combustible nucléaire irradié à fin de retraitement a été interdite pendant 10 ans.

Ce moratoire arrive à échéance à la fin du mois et devrait être transformé en interdiction définitive dans le cadre de la Stratégie énergétique 2050. En interdisant la construction de nouvelles centrales nucléaires, les Chambres fédérales étaient également d’accord d’interdire l’exportation de déchets radioactifs. Mais une disposition transitoire était nécessaire jusqu’à l’entrée en vigueur de la Stratégie énergétique, soit la reconduction du moratoire pour 10 ans. En principe une formalité dans la situation actuelle.

Ce qui s’est passé lundi 13 et mardi 14 juin 2016 aux Chambres fédérales est d’autant plus étonnant. Les deux chambres du Parlement suisse se sont mises d’accord sur une proposition du PLR de ne reconduire le moratoire que de 4 ans au lieu de 10. L’UDC voulait même autoriser de nouveau l’exportation et le retraitement du combustible irradié. Cette décision, et surtout son argumentation, laisse songeur. Elle révèle comment les politiciens de droite continuent de faire les yeux doux à une renaissance du nucléaire – alors que cela va à l’encontre l’avis de la majorité de la population de toute politique énergétique et économique saines, et  n’est pas pertinent du point de vu de la politique énergétique et économique.

Au Conseil national, le PLR a fait valoir que si la Stratégie énergétique devait échouer, il faudrait de nouveau pouvoir discuter du retraitement. En d’autres termes, cela signifie que le PLR élabore déjà des scénarios pour revenir sur la décision de sortir du nucléaire. La droite du Parlement se cramponne au nucléaire comme un petit enfant qui ne voudrait pas lâcher son jouet préféré.

Le Conseiller national PDC Yannick Buttet décrit ses collègues de droite comme « nostalgiques d’une ère nucléaire qui se termine« . Il n’y a rien à ajouter. Si ce n’est qu’il est possible de répondre de façon élégante aux élus des partis de droite qui font de l’œil au nucléaire, en votant OUI à l’Initiative « Sortie programmée du nucléaire » le 27 novembre.