Des pesticides sont souvent présents dans le vin, les raisins et les vignobles de Suisse romande, de Suisse alémanique et du Tessin. Les nouvelles analyses de Greenpeace le démontrent. Des échantillons de sols prélevés dans des exploitations viticoles conventionnelles contiennent jusqu’à 18 types de pesticides différents. On y trouve également un taux de cuivre plus élevé que dans les sols biologiques.


Epandage aérien de fongicide sur une vigne dans la région de Bienne. ©Greenpeace/Bieri
Epandage aérien de fongicide sur une vigne dans la région de Bienne. ©Greenpeace/Bieri

Greenpeace Suisse a chargé un organisme indépendant de détecter la présence de pesticides dans dix vins suisses (huit issus de la viticulture conventionnelle, deux de la viticulture bio) produits dans les principales régions viticoles du pays (lac de Bienne, Grisons, lac Léman, Schaffhouse, Tessin, Valais, lac de Zurich). Six vignobles (lac de Bienne, lac Léman, Schaffhouse, lac de Zurich) ont également été testés. Des échantillons de raisins (immatures) et de sols y ont été prélevés pour évaluer la charge environnementale de la viticulture.

Les analyses ont révélé la présence de 33 sortes de pesticides différents. Plusieurs de ces substances sont sur la liste noire de Greenpeace ou remplissent ses critères. Quatre des pesticides trouvés sont soupçonnés d’être cancérigènes, et six autres sont toxiques pour les abeilles et les organismes auxiliaires. Les pesticides sur liste noire doivent être interdits en priorité, car ils présentent une toxicité élevées pour l’être humain et/ou l’environnement.

Les pesticides étaient présents en quantités très élevées dans tous les raisins analysés provenant de la viticulture conventionnelle. Ils contenaient entre 4 et 13 substances actives, parfois fortement concentrées. Les raisins examinés n’auraient pas été autorisés à la consommation. Il faut toutefois rappeler qu’il s’agissait d’échantillons de fruits immatures. On peut escompter qu’une grande partie des pesticides aura été éliminée par la pluie ou se sera décomposée au moment de la récolte. L’un des échantillons bio était irréprochable, l’autre contenait des traces de deux substances actives, probablement par suite de leur pulvérisation sur la parcelle voisine en viticulture conventionnelle.

Les échantillons de sols prélevés sur les parcelles en viticulture conventionnelle contenaient entre 10 et 18 sortes de pesticides. Certaines de ces substances n’étaient plus présentes dans les raisins ou le vin. Cela prouve que les pesticides peuvent être persistants et s’accumuler dans le sol. Les échantillons des parcelles en viticulture bio contenaient seulement du cuivre. Il est intéressant de noter que la teneur en cuivre des parcelles en viticulture bio est moins élevée que celle des parcelles en viticulture conventionnelle. Cela met en doute l’argument selon lequel les vignerons bio recourent davantage au cuivre.

Des résidus d’au moins deux pesticides ont été trouvés dans chacun des huit vins testés issus de la viticulture conventionnelle. Les échantillons de vin biologique n’en contenaient aucun. Les vins les plus touchés sont un Merlot du Tessin ainsi qu’un Hallauer Blauburgunder et un Pinot Noir de Maienfeld. Des traces de glyphosate, désherbant controversé, ont été décelées dans sept des huit vins issus de la viticulture conventionnelle. Les pesticides trouvés ne sont pas interdits et les quantités ne dépassent pas les valeurs limites.

Philippe Schenkel, biologiste, chargé de campagne Agriculture de Greenpeace  Suisse commente à ce propos: « On se rend compte une fois de plus de la présence massive des pesticides dans l’agriculture suisse. Ces quantités élevées empoisonnent les organismes auxiliaires, portent atteinte aux cours d’eau et finissent dans nos verres de vin. Les parcelles bio examinées montrent qu’une autre viticulture est possible. Nous exigeons des politiciens qu’ils prennent enfin, courageusement, les mesures qui s’imposent pour réduire les pesticides ».

Ces nouvelles analyses confirment des études antérieures et mettent en évidence les quantités élevées de produits agrochimiques utilisés dans l’agriculture suisse. Greenpeace exige un changement radical de la politique agricole: il faut tourner le dos à une agriculture industrielle dopée aux intrants synthétiques et opter pour une agriculture écologique qui concilie production alimentaire saine et protection de la biodiversité.

Cela implique de planifier l’abandon des pesticides chimiques et synthétiques, d’investir dans la recherche sur les méthodes de culture biologiques et d’encourager la reconversion des exploitations. La grande distribution, les consommateurs et les agriculteurs doivent changer leur manière de penser. Le plan d’action de la Confédération visant la réduction des risques et l’utilisation durable des produits phytosanitaires, actuellement en cours d’élaboration, est une occasion à ne pas manquer pour initier ce changement.