Ce matin, lors d’une conférence de presse, Nathalie Mironova et Alexandre Nikitine, les 2 écologistes russes les plus connus, ont adressé un appel enflammé à la Suisse. Ils exhortent le Conseil fédéral de prendre une position claire contre l’exportation de déchets radioactifs suisses en Russie. M. Nikitine explique: « La Russie souffre déjà d’assez de problèmes écologiques, la Suisse ne doit pas encore nous refiler ceux qu’elle ne peut pas résoudre elle-même. »

Berne (BE). Ce matin, lors de la conférence de presse, Nathalie Mironova, experte reconnue en questions atomiques a déclaré: « Un Etat qui profite d’une technologie doit aussi en assumer les inconvénients ».

De quoi s’agit-il? Il y a près de 2 ans, en janvier 1999, Greenpeace a dévoilé une déclaration d’intention secrète entre le Ministère russe de l’énergie atomique (Minatom) et les exploitants des centrales nucléaires (CN) suisses. Les 2 parties avaient convenu d’exporter du combustible nucléaire irradié (CNI) en Russie pour en retraiter le plutonium, ainsi que le stocker provisoirement et définitivement. A ce moment-là, les nucléocrates suisses avaient affirmé que c’était absolument informel et les autorités avaient déclaré qu’elles n’avaient pas à s’en mêler.

Derrière les coulisses, ces projets radioactifs se précisent: en Russie, le Minatom fait pression pour la suppression de l’interdiction d’importer des déchets radioactifs; en Suisse, l’industrie atomique veut le droit d’exporter des déchets radioactifs sans restrictions. La Suisse s’intéresse en outre officiellement à la location de combustible nucléaire russe, y compris le stockage consécutif de ces déchets hautement radioactifs en Russie. Les citoyens russes, au nombre de 2,5 millions, sont toutefois en train de jeter du sable dans les rouages des plans des atomogarques helvético-russes; cet automne, ils ont signé un référendum contre la suppression de l’interdiction d’importer des déchets radioactifs.

M. Nikitine ajoute: « Dans le cadre de ce projet, la sécurité n’est pas assurée. Les responsables des autorités et de l’industrie ne sont pas en mesure de gérer correctement un tel projet sur le plan politique et technique ». Les écologistes suisses s’adressent à la Suisse, parce que l’industrie atomique suisse est toujours la première cliente citée des prestations atomiques russes et que la Suisse est le premier et seul pays occidental à s’intéresser aux propositions de russes de location. La « politique » suisse n’assume pas son rôle et s’est retirée du dossier. Les autorités et le Conseil fédéral sont accusés de favoriser par leur attitude passive les projets atomiques russes.

NB. Nathalie Mironova et Alexandre Nikitine seront encore en Suisse demain mardi 28.11.00 et rencontreront, entre autres, des représentants de la DSN du DFAE pour des conversations informelles.