{"id":23591,"date":"2012-03-07T00:00:00","date_gmt":"2012-03-06T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/master.greenpeace.ch\/press-release-fr\/23591\/dou-vient-le-projet-de-centrale-nucleaire-sous-marine-flexblue\/"},"modified":"2019-05-30T17:46:18","modified_gmt":"2019-05-30T15:46:18","slug":"dou-vient-le-projet-de-centrale-nucleaire-sous-marine-flexblue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/story-fr\/23591\/dou-vient-le-projet-de-centrale-nucleaire-sous-marine-flexblue\/","title":{"rendered":"D&rsquo;o\u00f9 vient le projet de centrale nucl\u00e9aire sous-marine Flexblue"},"content":{"rendered":"<p><b>Le projet de centrale nucl\u00e9aire sous-marine Flexblue est un d\u00e9fi \u00e0 l&rsquo;entendement, un cauchemar pour la biosph\u00e8re et une solution miracle \u00e0 court terme pour l&rsquo;industrie nucl\u00e9aire en perte de vitesse. Comment est-on arriv\u00e9 \u00e0 ce que les consortiums fran\u00e7ais de l&rsquo;\u00e9nergie atomique (EDF, Areva, CEA) prennent au s\u00e9rieux l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un armateur de construire des centrales nucl\u00e9aires sous-marines, op\u00e9r\u00e9es \u00e0 distance, pour alimenter des villes c\u00f4ti\u00e8res de pays \u00e9mergents? Petit retour sur son histoire avant une exploration du d\u00e9lire Flexblue.L&rsquo;industrie et la recherche appliqu\u00e9e ont de tous temps \u00e9t\u00e9 mis au service des int\u00e9r\u00eats militaires des Etats. Depuis 350 ans la Direction des Constructions navales (DCNS) livre des navires de guerre au Roi et plus r\u00e9cemment au Minist\u00e8re de la d\u00e9fense fran\u00e7ais. Encore majoritairement en mains de l&rsquo;Etat (75% du capital), la DCNS a acquis les activit\u00e9s navales du groupe Thal\u00e8s en 2006. La fusion donne \u00e0 la DCNS les \u00e9paules n\u00e9cessaires pour jouer du coude sur le march\u00e9 mondial de l&rsquo;armement. L&rsquo;Allemagne, le Br\u00e9sil et la Russie font partie des pays clients de l&rsquo;armateur DCNS. L&rsquo;app\u00e9tit venant en mangeant, la direction a identifi\u00e9 des opportunit\u00e9s all\u00e9chantes non plus aupr\u00e8s des seuls minist\u00e8res de la d\u00e9fense mais aussi aupr\u00e8s des minist\u00e8res de l&rsquo;industrie des pays qui ne se sont pas encore endett\u00e9s jusqu&rsquo;au cou: les pays dor\u00e9navant appel\u00e9s des \u00ab\u00a0\u00e9conomies \u00e9mergentes\u00a0\u00bb. Ceux-ci pourraient remplir le carnet de commande de la DCNS. Selon le sc\u00e9nario de r\u00e9f\u00e9rence World Energy Outlook de l&rsquo;Agence internationale de l&rsquo;\u00e9nergie, la demande mondiale d&rsquo;\u00e9nergie augmentera de 36% entre 2008 et 2035. Les pays hors OCDE repr\u00e9sentent 93% de cette croissance. A part leur solvabilit\u00e9, ces pays pr\u00e9sentent l&rsquo;avantage, pour la DCNS et leur Flexblue, d&rsquo;avoir un app\u00e9tit croissant en approvisionnement \u00e9nerg\u00e9tique. Jusqu&rsquo;ici l&rsquo;expansion de l&rsquo;industrie nucl\u00e9aire vers les pays nouvellement industrialis\u00e9s posait des probl\u00e8mes structurels importants: absence de personnel form\u00e9 sur place, r\u00e9seau d&rsquo;acheminement de courant \u00e0 b\u00e2tir, probl\u00e8mes de s\u00e9curisation du site, conditions d\u00e9favorables pour la gestion courante des centrales, leur maintenance et le remplacement r\u00e9gulier du combustible us\u00e9. Voici comment Flexblue r\u00e9soudrait ces probl\u00e8mes selon la DCNS: ces centrales seraient fabriqu\u00e9es en France (Cherbourg), livr\u00e9es par bateau, arrim\u00e9es au fond marin, enti\u00e8rement t\u00e9l\u00e9g\u00e9r\u00e9es par le fabricant et resteraient sa propri\u00e9t\u00e9 sous contrat de leasing avec le pays client. En ne fournissant \u00ab\u00a0que\u00a0\u00bb 50 \u00e0 250 MW, soit le quart d&rsquo;une centrale habituelle, il serait plus facile d&rsquo;assurer l&rsquo;\u00e9coulement continu de l&rsquo;\u00e9nergie fournie. Un \u00e9coulement indispensable puisque la production d&rsquo;une centrale nucl\u00e9aire doit imp\u00e9rativement \u00eatre consomm\u00e9e pour \u00e9viter son emballement.Ce nouveau type de centrale nucl\u00e9aire, appel\u00e9 Small Modular Reactor (SMR), ne mobilise pas seulement les ing\u00e9nieurs de la DCNS mais aussi ceux de Terrapower (projet de Bill Gates) et plus proche de nous les ing\u00e9nieurs Russes qui ont inaugur\u00e9 l&rsquo;Akademik Lomonosov, une centrale nucl\u00e9aire flottante (70 MW), construite pour dessaler 240&rsquo;000 m3 d&rsquo;eau par jour ou approvisionner une ville de 200&rsquo;000 habitants. Enfin, comme \u00e9conomie suppl\u00e9mentaire (\u00e0 court terme et financi\u00e8rement parlant) par rapport \u00e0 une centrale sur terre, une enveloppe en b\u00e9ton, n&rsquo;a plus lieu d&rsquo;\u00eatre construite autour d&rsquo;un Flexblue puisque le crash d&rsquo;un avion n&rsquo;est plus possible par 100m de fond, \u00e9liminant le risque d&rsquo;attentat. Selon DCNS.Vous vous inqui\u00e9tez des risques pour l&rsquo;environnement et pour la gestion des d\u00e9chets? Il n&rsquo;y pas de quoi se faire de souci selon la DCNS, puisque la s\u00e9curit\u00e9 sera la m\u00eame que pour l&rsquo;EPR, le dernier mod\u00e8le de chez Areva, actuellement en construction en Finlande et en France (Flamanville). Vous n&rsquo;\u00eates pas rassur\u00e9s? Votre intuition est saine, puisque l&rsquo;EPR inqui\u00e8te s\u00e9rieusement les autorit\u00e9s de s\u00fbret\u00e9 nucl\u00e9aire britannique, fran\u00e7aise et finlandaise, qui l&rsquo;ont fait publiquement savoir en novembre 2009. \u00ab\u00a0Il y a un gros travail \u00e0 fournir par Areva et EDF (qui construit l&rsquo;EPR en France) pour se conformer aux recommandations\u00a0\u00bb d\u00e9clarait alors Guillaume Wack, directeur des centrales nucl\u00e9aires \u00e0 l&rsquo;Autorit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 nucl\u00e9aire fran\u00e7aise. Des rumeurs r\u00e9centes laissent m\u00eame entendre qu&rsquo;EDF pourrait abandonner &#8211; pour d&rsquo;autres raisons &#8211; le d\u00e9veloppement d&rsquo;EPR, puisque tant le chantier finlandais que celui de Flamanville ont pris 3 ans en demie de retard et que leur facture initiale \u00e0 doubl\u00e9. Les risques suppl\u00e9mentaires que des Flexblue feraient courir \u00e0 la nature sont \u00e9lud\u00e9s par la DCNS. Le c\u00e2ble reliant la centrale au littoral par exemple devra imp\u00e9rativement rester intact en permanence. Or les incidents ne sont pas rares impliquant des chalutiers qui arrachent par accident des sonars ou autres c\u00e2bles du fond marin. Cela pourrait arriver avec le c\u00e2ble d&rsquo;un Flexblue. Enfin il y a les deux situations \u00e9conomiques malheureusement classiques qui souvent ont men\u00e9 \u00e0 ce que la pr\u00e9caution passe au second plan: premi\u00e8rement, lorsque des dizaines, bient\u00f4t des centaines de millions d&rsquo;euros sont investis dans un projet, la seule fa\u00e7on de transformer cette d\u00e9pense en source de profit est de ne pas reculer devant les difficult\u00e9s ou les contre-indications s\u00e9curitaires. Dans ce cas, sauf un retournement politique de l&rsquo;actionnaire principal (l&rsquo;Etat fran\u00e7ais), on peut parier que la d\u00e9cision de r\u00e9aliser un prototype de Flexblue au chantier naval de Cherbourg s&rsquo;imposera. Jusqu&rsquo;ici Nicolas Sarkozy a agit en parfait porte valise de l&rsquo;industrie nucl\u00e9aire. Les autres candidats pr\u00e9sidentiables restant aussi acquis \u00e0 la voie nucl\u00e9aire. La d\u00e9cision de construire un prototype est agend\u00e9e pour 2013. Si le prototype fonctionne, la construction en s\u00e9rie des Flexblue pourrait commencer en 2017 selon le calendrier annonc\u00e9 par la DCNS. Ce qui semblait tenir d&rsquo;une mauvaise plaisanterie pourrait ainsi devenir r\u00e9alit\u00e9.Deuxi\u00e8mement, pour les constructeurs de centrales nucl\u00e9aires, les commissions l\u00e9gales ou occultes sont monnaie courante et nuisent \u00e9videmment au respect d&rsquo;un minimum de pr\u00e9cautions s\u00e9curitaires. Au rang des commissions ill\u00e9gales, la DCNS fait l&rsquo;objet d&rsquo;enqu\u00eates concernant plusieurs affaires de corruption li\u00e9es \u00e0 des exportations d&rsquo;armement. En 2002 onze de ses employ\u00e9s sont morts dans l&rsquo;explosion du bus qui les transportait pr\u00e8s de Karachi (Pakistan), dans une affaire d&rsquo;Etat non encore r\u00e9solue. Selon un avocat des victimes, l&rsquo;attentat pourrait \u00eatre l&rsquo;oeuvre de militaires Pakistanais d\u00e9sireux de \u00ab\u00a0punir\u00a0\u00bb la France apr\u00e8s l&rsquo;arr\u00eat du versement de commissions li\u00e9es \u00e0 un contrat d&rsquo;armement remontant \u00e0 1994. Selon Bruno Tertrais du Fonds de recherche strat\u00e9gique, Flexblue a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 sp\u00e9cifiquement \u00ab\u00a0pour des pays dans lesquels il n&rsquo;y a pas trop de r\u00e9ticences vis-\u00e0-vis de l&rsquo;\u00e9nergie nucl\u00e9aire. Car l&rsquo;id\u00e9e de placer des r\u00e9acteurs sous la mer peut susciter des r\u00e9actions de rejet dans les opinions publiques sensibles aux risques potentiels du nucl\u00e9aire\u00a0\u00bb. Pour savoir si les opinions ont une r\u00e9action de rejet ou non il faudrait encore que les gouvernants les consultent. L&rsquo;absence de surveillance d\u00e9mocratique et impartiale sur les tractations commerciales et les activit\u00e9s industrielles \u00e0 tr\u00e8s haut risque n&rsquo;est pas une exclusivit\u00e9 des pays \u00e9mergents. La Suisse ou la France dans les ann\u00e9es 70 n&rsquo;ont pas non plus organis\u00e9 de votation avant de d\u00e9cider la construction de centrales nucl\u00e9aires. Cela dit, le ph\u00e9nom\u00e8ne est plus grave l\u00e0 o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 civile est la moins \u00e9cout\u00e9e.En 1973 la France annon\u00e7ait 200 super r\u00e9acteurs de type Superph\u00e9nix capables de dig\u00e9rer les stocks accumul\u00e9s de d\u00e9chets radioactifs. Nous le savons maintenant, ce type de r\u00e9acteur s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre un fiasco majeur, il a d&rsquo;ailleurs \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9. Presque 40 ans apr\u00e8s cette annonce, la DCNS annonce qu&rsquo;il y a un march\u00e9 potentiel pour 200 Flexblue dans les 20 prochaines ann\u00e9es. Un d\u00e9fi industriel que la DCNS se dit pr\u00eate a relever, puisque chaque composant de Flexblue est d\u00e9j\u00e0 ma\u00eetris\u00e9, certes s\u00e9par\u00e9ment, par le constructeur qui a livr\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es 18 navires militaires a propulsion nucl\u00e9aire. Lorsque l&rsquo;impact sur l&rsquo;environnement est mentionn\u00e9, la DCNS r\u00e9pond que \u00ab\u00a0la localisation sous-marine des mini r\u00e9acteurs rend impossible tout risque de sabotage ou d&rsquo;attaque terroriste\u00a0\u00bb. Qui voudra bien leur rappeler l&rsquo;existence des sous marins lance torpille? Sachant que les trafiquants de drogue Colombiens utilisent des sous-marins pour acheminer leur cargaison aux USA, on peut en d\u00e9duire qu&rsquo;une organisation terroriste serait elle aussi capable de s&rsquo;\u00e9quiper et de passer \u00e0 l&rsquo;acte. Quant aux risques de pollution maritime, ils sont \u00e9cart\u00e9s par la DCNS, du fait m\u00eame de l\u2019immersion du r\u00e9acteur. \u00ab\u00a0L&rsquo;eau est la meilleure barri\u00e8re contre l&rsquo;irradiation\u00a0\u00bb, argue-t-on \u00e0 la DCNS. \u00ab\u00a0On est en plein d\u00e9lire s&rsquo;exclame Didier Anger, ancien Eurod\u00e9put\u00e9 et Pr\u00e9sident de l&rsquo;association antinucl\u00e9aire CRILAN. \u201c En cas d&rsquo;accident il n&rsquo;y a pas pire que l&rsquo;eau, o\u00f9 la pollution radioactive comme chimique se disperse plus vite que d&rsquo;ans l&rsquo;air\u00a0\u00bb. Selon Anger, \u00ab\u00a0Toute la Manche serait d\u00e9truite ou contamin\u00e9e, selon l&rsquo;importance du sinistre et la dispersion par les courants. Qui plus est, dans un tel cas, le r\u00e9chauffement brutal des eaux provoquerait un formidable choc thermique destructeur de vie, une \u00e9vaporation et une dispersion d&rsquo;un nuage d&rsquo;a\u00e9rosols radiotoxiques tributaire des vents\u00a0\u00bb, a-t-il ajout\u00e9. Prochaine \u00e9tape? Dans la perspective de 2013 (d\u00e9cision sur la construction d&rsquo;un prototype), un dossier va \u00eatre soumis \u00e0 l&rsquo;Autorit\u00e9 fran\u00e7aise de s\u00fbret\u00e9 nucl\u00e9aire. En guise d&rsquo;\u00e9pilogue momentan\u00e9, reste un d\u00e9tail piquant relev\u00e9 en visionnant attentivement la vid\u00e9o promotionnelle pour Flexblue.<\/b><\/p>\n<div class=\"post-content\">\n<div>\n<p><img decoding=\"async\" style=\"margin-left: 5px; margin-right: 5px; float: left;\" src=\"https:\/\/www.greenpeace.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/34785_68135.jpg\" alt=\"\" width=\"200\">Le projet de centrale nucl\u00e9aire sous-marine Flexblue est un d\u00e9fi \u00e0 l&rsquo;entendement, un cauchemar pour la biosph\u00e8re et une solution miracle \u00e0 court terme pour l&rsquo;industrie nucl\u00e9aire en perte de vitesse. Comment est-on arriv\u00e9 \u00e0 ce que les consortiums fran\u00e7ais de l&rsquo;\u00e9nergie atomique (EDF, Areva, CEA) prennent au s\u00e9rieux l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un armateur de construire des centrales nucl\u00e9aires sous-marines, op\u00e9r\u00e9es \u00e0 distance, pour alimenter des villes c\u00f4ti\u00e8res de pays \u00e9mergents? Petit retour sur son histoire avant une exploration du d\u00e9lire Flexblue.<\/p>\n<p>L&rsquo;industrie et la recherche appliqu\u00e9e ont de tous temps \u00e9t\u00e9 mis au service des int\u00e9r\u00eats militaires des Etats. Depuis 350 ans la Direction des Constructions navales (DCNS) livre des navires de guerre au Roi et plus r\u00e9cemment au Minist\u00e8re de la d\u00e9fense fran\u00e7ais. Encore majoritairement en mains de l&rsquo;Etat (75% du capital), la DCNS a acquis les activit\u00e9s navales du groupe Thal\u00e8s en 2006. La fusion donne \u00e0 la DCNS les \u00e9paules n\u00e9cessaires pour jouer du coude sur le march\u00e9 mondial de l&rsquo;armement. L&rsquo;Allemagne, le Br\u00e9sil et la Russie font partie des pays clients de l&rsquo;armateur DCNS. L&rsquo;app\u00e9tit venant en mangeant, la direction a identifi\u00e9 des opportunit\u00e9s all\u00e9chantes non plus aupr\u00e8s des seuls minist\u00e8res de la d\u00e9fense mais aussi aupr\u00e8s des minist\u00e8res de l&rsquo;industrie des pays qui ne se sont pas encore endett\u00e9s jusqu&rsquo;au cou: les pays dor\u00e9navant appel\u00e9s des \u00ab\u00a0\u00e9conomies \u00e9mergentes\u00a0\u00bb. Ceux-ci pourraient remplir le carnet de commande de la DCNS. Selon le sc\u00e9nario de r\u00e9f\u00e9rence World Energy Outlook de l&rsquo;Agence internationale de l&rsquo;\u00e9nergie, la demande mondiale d&rsquo;\u00e9nergie augmentera de 36% entre 2008 et 2035. Les pays hors OCDE repr\u00e9sentent 93% de cette croissance. A part leur solvabilit\u00e9, ces pays pr\u00e9sentent l&rsquo;avantage, pour la DCNS et leur Flexblue, d&rsquo;avoir un app\u00e9tit croissant en approvisionnement \u00e9nerg\u00e9tique. <\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;ici l&rsquo;expansion de l&rsquo;industrie nucl\u00e9aire vers les pays nouvellement industrialis\u00e9s posait des probl\u00e8mes structurels importants: absence de personnel form\u00e9 sur place, r\u00e9seau d&rsquo;acheminement de courant \u00e0 b\u00e2tir, probl\u00e8mes de s\u00e9curisation du site, conditions d\u00e9favorables pour la gestion courante des centrales, leur maintenance et le remplacement r\u00e9gulier du combustible us\u00e9. Voici comment Flexblue r\u00e9soudrait ces probl\u00e8mes selon la DCNS: ces centrales seraient fabriqu\u00e9es en France (Cherbourg), livr\u00e9es par bateau, arrim\u00e9es au fond marin, enti\u00e8rement t\u00e9l\u00e9g\u00e9r\u00e9es par le fabricant et resteraient sa propri\u00e9t\u00e9 sous contrat de leasing avec le pays client. En ne fournissant \u00ab\u00a0que\u00a0\u00bb 50 \u00e0 250 MW, soit le quart d&rsquo;une centrale habituelle, il serait plus facile d&rsquo;assurer l&rsquo;\u00e9coulement continu de l&rsquo;\u00e9nergie fournie. Un \u00e9coulement indispensable puisque la production d&rsquo;une centrale nucl\u00e9aire doit imp\u00e9rativement \u00eatre consomm\u00e9e pour \u00e9viter son emballement.<\/p>\n<p>Ce nouveau type de centrale nucl\u00e9aire, appel\u00e9 Small Modular Reactor (SMR), ne mobilise pas seulement les ing\u00e9nieurs de la DCNS mais aussi ceux de Terrapower (projet de Bill Gates) et plus proche de nous les ing\u00e9nieurs Russes qui ont inaugur\u00e9 l&rsquo;Akademik Lomonosov, une centrale nucl\u00e9aire flottante (70 MW), construite pour dessaler 240&rsquo;000 m3 d&rsquo;eau par jour ou approvisionner une ville de 200&rsquo;000 habitants. Enfin, comme \u00e9conomie suppl\u00e9mentaire (\u00e0 court terme et financi\u00e8rement parlant) par rapport \u00e0 une centrale sur terre, une enveloppe en b\u00e9ton, n&rsquo;a plus lieu d&rsquo;\u00eatre construite autour d&rsquo;un Flexblue puisque le crash d&rsquo;un avion n&rsquo;est plus possible par 100m de fond, \u00e9liminant le risque d&rsquo;attentat. Selon DCNS.<\/p>\n<p>Vous vous inqui\u00e9tez des risques pour l&rsquo;environnement et pour la gestion des d\u00e9chets? Il n&rsquo;y pas de quoi se faire de souci selon la DCNS, puisque la s\u00e9curit\u00e9 sera la m\u00eame que pour l&rsquo;EPR, le dernier mod\u00e8le de chez Areva, actuellement en construction en Finlande et en France (Flamanville). Vous n&rsquo;\u00eates pas rassur\u00e9s? Votre intuition est saine, puisque l&rsquo;EPR inqui\u00e8te s\u00e9rieusement les autorit\u00e9s de s\u00fbret\u00e9 nucl\u00e9aire britannique, fran\u00e7aise et finlandaise, qui l&rsquo;ont fait publiquement savoir en novembre 2009. \u00ab\u00a0Il y a un gros travail \u00e0 fournir par Areva et EDF (qui construit l&rsquo;EPR en France) pour se conformer aux recommandations\u00a0\u00bb d\u00e9clarait alors Guillaume Wack, directeur des centrales nucl\u00e9aires \u00e0 l&rsquo;Autorit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 nucl\u00e9aire fran\u00e7aise. Des rumeurs r\u00e9centes laissent m\u00eame entendre qu&rsquo;EDF pourrait abandonner &#8211; pour d&rsquo;autres raisons &#8211; le d\u00e9veloppement d&rsquo;EPR, puisque tant le chantier finlandais que celui de Flamanville ont pris 3 ans en demie de retard et que leur facture initiale \u00e0 doubl\u00e9. Les risques suppl\u00e9mentaires que des Flexblue feraient courir \u00e0 la nature sont \u00e9lud\u00e9s par la DCNS. Le c\u00e2ble reliant la centrale au littoral par exemple devra imp\u00e9rativement rester intact en permanence. Or les incidents ne sont pas rares impliquant des chalutiers qui arrachent par accident des sonars ou autres c\u00e2bles du fond marin. Cela pourrait arriver avec le c\u00e2ble d&rsquo;un Flexblue. <\/p>\n<p>Enfin il y a les deux situations \u00e9conomiques malheureusement classiques qui souvent ont men\u00e9 \u00e0 ce que la pr\u00e9caution passe au second plan: premi\u00e8rement, lorsque des dizaines, bient\u00f4t des centaines de millions d&rsquo;euros sont investis dans un projet, la seule fa\u00e7on de transformer cette d\u00e9pense en source de profit est de ne pas reculer devant les difficult\u00e9s ou les contre-indications s\u00e9curitaires. Dans ce cas, sauf un retournement politique de l&rsquo;actionnaire principal (l&rsquo;Etat fran\u00e7ais), on peut parier que la d\u00e9cision de r\u00e9aliser un prototype de Flexblue au chantier naval de Cherbourg s&rsquo;imposera. Jusqu&rsquo;ici Nicolas Sarkozy a agit en parfait porte valise de l&rsquo;industrie nucl\u00e9aire. Les autres candidats pr\u00e9sidentiables restant aussi acquis \u00e0 la voie nucl\u00e9aire. La d\u00e9cision de construire un prototype est agend\u00e9e pour 2013. Si le prototype fonctionne, la construction en s\u00e9rie des Flexblue pourrait commencer en 2017 selon le calendrier annonc\u00e9 par la DCNS. Ce qui semblait tenir d&rsquo;une mauvaise plaisanterie pourrait ainsi devenir r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, pour les constructeurs de centrales nucl\u00e9aires, les commissions l\u00e9gales ou occultes sont monnaie courante et nuisent \u00e9videmment au respect d&rsquo;un minimum de pr\u00e9cautions s\u00e9curitaires. Au rang des commissions ill\u00e9gales, la DCNS fait l&rsquo;objet d&rsquo;enqu\u00eates concernant plusieurs affaires de corruption li\u00e9es \u00e0 des exportations d&rsquo;armement. En 2002 onze de ses employ\u00e9s sont morts dans l&rsquo;explosion du bus qui les transportait pr\u00e8s de Karachi (Pakistan), dans une affaire d&rsquo;Etat non encore r\u00e9solue. Selon un avocat des victimes, l&rsquo;attentat pourrait \u00eatre l&rsquo;oeuvre de militaires Pakistanais d\u00e9sireux de \u00ab\u00a0punir\u00a0\u00bb la France apr\u00e8s l&rsquo;arr\u00eat du versement de commissions li\u00e9es \u00e0 un contrat d&rsquo;armement remontant \u00e0 1994. Selon Bruno Tertrais du Fonds de recherche strat\u00e9gique, Flexblue a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 sp\u00e9cifiquement \u00ab\u00a0pour des pays dans lesquels il n&rsquo;y a pas trop de r\u00e9ticences vis-\u00e0-vis de l&rsquo;\u00e9nergie nucl\u00e9aire. <\/p>\n<p>Car l&rsquo;id\u00e9e de placer des r\u00e9acteurs sous la mer peut susciter des r\u00e9actions de rejet dans les opinions publiques sensibles aux risques potentiels du nucl\u00e9aire\u00a0\u00bb. Pour savoir si les opinions ont une r\u00e9action de rejet ou non il faudrait encore que les gouvernants les consultent. L&rsquo;absence de surveillance d\u00e9mocratique et impartiale sur les tractations commerciales et les activit\u00e9s industrielles \u00e0 tr\u00e8s haut risque n&rsquo;est pas une exclusivit\u00e9 des pays \u00e9mergents. La Suisse ou la France dans les ann\u00e9es 70 n&rsquo;ont pas non plus organis\u00e9 de votation avant de d\u00e9cider la construction de centrales nucl\u00e9aires. Cela dit, le ph\u00e9nom\u00e8ne est plus grave l\u00e0 o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 civile est la moins \u00e9cout\u00e9e.<\/p>\n<p>En 1973 la France annon\u00e7ait 200 super r\u00e9acteurs de type Superph\u00e9nix capables de dig\u00e9rer les stocks accumul\u00e9s de d\u00e9chets radioactifs. Nous le savons maintenant, ce type de r\u00e9acteur s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre un fiasco majeur, il a d&rsquo;ailleurs \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9. Presque 40 ans apr\u00e8s cette annonce, la DCNS annonce qu&rsquo;il y a un march\u00e9 potentiel pour 200 Flexblue dans les 20 prochaines ann\u00e9es. Un d\u00e9fi industriel que la DCNS se dit pr\u00eate a relever, puisque chaque composant de Flexblue est d\u00e9j\u00e0 ma\u00eetris\u00e9, certes s\u00e9par\u00e9ment, par le constructeur qui a livr\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es 18 navires militaires a propulsion nucl\u00e9aire. <\/p>\n<p>Lorsque l&rsquo;impact sur l&rsquo;environnement est mentionn\u00e9, la DCNS r\u00e9pond que \u00ab\u00a0la localisation sous-marine des mini r\u00e9acteurs rend impossible tout risque de sabotage ou d&rsquo;attaque terroriste\u00a0\u00bb. Qui voudra bien leur rappeler l&rsquo;existence des sous marins lance torpille? Sachant que les trafiquants de drogue Colombiens utilisent des sous-marins pour acheminer leur cargaison aux USA, on peut en d\u00e9duire qu&rsquo;une organisation terroriste serait elle aussi capable de s&rsquo;\u00e9quiper et de passer \u00e0 l&rsquo;acte. Quant aux risques de pollution maritime, ils sont \u00e9cart\u00e9s par la DCNS, du fait m\u00eame de l\u2019immersion du r\u00e9acteur. \u00ab\u00a0L&rsquo;eau est la meilleure barri\u00e8re contre l&rsquo;irradiation\u00a0\u00bb, argue-t-on \u00e0 la DCNS. \u00ab\u00a0On est en plein d\u00e9lire s&rsquo;exclame Didier Anger, ancien Eurod\u00e9put\u00e9 et Pr\u00e9sident de l&rsquo;association antinucl\u00e9aire CRILAN. \u201c En cas d&rsquo;accident il n&rsquo;y a pas pire que l&rsquo;eau, o\u00f9 la pollution radioactive comme chimique se disperse plus vite que d&rsquo;ans l&rsquo;air\u00a0\u00bb. Selon Anger, \u00ab\u00a0Toute la Manche serait d\u00e9truite ou contamin\u00e9e, selon l&rsquo;importance du sinistre et la dispersion par les courants. Qui plus est, dans un tel cas, le r\u00e9chauffement brutal des eaux provoquerait un formidable choc thermique destructeur de vie, une \u00e9vaporation et une dispersion d&rsquo;un nuage d&rsquo;a\u00e9rosols radiotoxiques tributaire des vents\u00a0\u00bb, a-t-il ajout\u00e9. <\/p>\n<p>Prochaine \u00e9tape? Dans la perspective de 2013 (d\u00e9cision sur la construction d&rsquo;un prototype), un dossier va \u00eatre soumis \u00e0 l&rsquo;Autorit\u00e9 fran\u00e7aise de s\u00fbret\u00e9 nucl\u00e9aire. En guise d&rsquo;\u00e9pilogue momentan\u00e9, reste un d\u00e9tail piquant relev\u00e9 en visionnant attentivement la vid\u00e9o promotionnelle pour Flexblue.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"600\" height=\"407\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/NbaRq1T4Dbk?rel=0\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"\"><\/iframe>\u00a0<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le projet de centrale nucl\u00e9aire sous-marine Flexblue est un d\u00e9fi \u00e0 l&#8217;entendement, un cauchemar pour la biosph\u00e8re et une solution miracle \u00e0 court terme pour l&#8217;industrie nucl\u00e9aire en perte de&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":23,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_planet4_optimize_post_is_variant":false,"_planet4_optimize_experiment_name":"","_planet4_optimize_variant_name":"","ep_exclude_from_search":false,"p4_og_title":"","p4_og_description":"","p4_og_image":"","p4_og_image_id":"","p4_seo_canonical_url":"","p4_campaign_name":"","p4_local_project":"","p4_basket_name":"","p4_department":"","footnotes":""},"categories":[22],"tags":[],"p4-page-type":[77],"gpch-article-type":[],"class_list":["post-23591","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classifiee","p4-page-type-story-fr"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23591","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/23"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23591"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23591\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23591"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23591"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23591"},{"taxonomy":"p4-page-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/p4-page-type?post=23591"},{"taxonomy":"gpch-article-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gpch-article-type?post=23591"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}