{"id":27044,"date":"2017-11-10T00:00:00","date_gmt":"2017-11-09T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/master.greenpeace.ch\/magazin-article-fr\/27044\/le-peuple-des-samis-face-au-changement-climatique\/"},"modified":"2019-05-31T08:50:49","modified_gmt":"2019-05-31T06:50:49","slug":"le-peuple-des-samis-face-au-changement-climatique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/article-de-magazine\/27044\/le-peuple-des-samis-face-au-changement-climatique\/","title":{"rendered":"Le peuple des Samis face au changement climatique"},"content":{"rendered":"<p><strong><span class=\"font-844060\">Terhi Vuojala-Magga me re\u00e7oit dans sa cuisine, qui sent bon le poisson frit. Les petits poissons qu\u2019elle pr\u00e9pare viennent directement de la rivi\u00e8re qui coule non loin. <\/span><\/strong><span class=\"font-844060\"><strong>La maison o\u00f9 elle vit avec son mari se situe dans une clairi\u00e8re. Comment les Samis g\u00e8rent-ils le changement climatique\u00a0?<\/strong> <\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_40237\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-40237\" class=\"wp-image-40237 size-medium\" src=\"https:\/\/www.greenpeace.ch\/static\/planet4-switzerland-stateless\/2019\/05\/2859c37b-2859c37b-gp-foto-sami-3-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" \/><p id=\"caption-attachment-40237\" class=\"wp-caption-text\">Terhi Vuojala-Magga et leur mari en Finlande. \u00a9 Jacopo Pasott<\/p><\/div>\n<p><span class=\"font-844060\">\u00c0 cette question, cette \u00e9leveuse de rennes r\u00e9pond de mani\u00e8re claire et nette\u00a0: \u00ab\u00a0Les Samis n\u2019attendent pas les pr\u00e9visions m\u00e9t\u00e9orologiques pour savoir ce qu\u2019ils ont \u00e0 faire. Ils ne planifient pas \u00e0 l\u2019avance quand <\/span><span class=\"font-844060\">d\u00e9placer leurs troupeaux. Ils observent le ciel, et quand celui-ci est pr\u00eat, ils sont pr\u00eats eux aussi.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\">D\u2019origine finlandaise, elle a \u00e9pous\u00e9 un gardien de troupeau Sami et vit aujourd\u2019hui dans un des villages les plus recul\u00e9s du Nord de la Scandinavie, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re su\u00e9doise. Pour atteindre ce village cach\u00e9 dans la for\u00eat bor\u00e9ale, il faut faire 25 miles sur une route non asphalt\u00e9e, traversant des fleuves glaciaux.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\">\u00ab\u00a0Dans les ann\u00e9es 1990, quand le grand public commen\u00e7ait \u00e0 peine \u00e0 parler du changement climatique, les \u00e9leveurs Samis observaient d\u00e9j\u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes anormaux dans le cycle des saisons\u00a0\u00bb, raconte-t-elle. \u00ab\u00a0Ils ont alors commenc\u00e9 \u00e0 modifier leurs pratiques d\u2019\u00e9levage, \u00e0 chercher de nouveaux p\u00e2turages, \u00e0 d\u00e9placer les p\u00e9riodes de castration des m\u00e2les et d\u2019abattage.\u00a0\u00bb Mobilit\u00e9, flexibilit\u00e9, rapidit\u00e9 de r\u00e9action face aux changements brusques, tout ceci ressemble de pr\u00e8s \u00e0 ce que les sp\u00e9cialistes en \u00e9cologie appellent l\u2019\u00ab\u00a0adaptation\u00a0\u00bb. Les commentaires de Terhi Vuojala-Magga sur le rapport des Samis aux conditions atmosph\u00e9riques et au climat m\u2019aident \u00e0 comprendre comment les Samis appr\u00e9cient le changement climatique. Est-ce un probl\u00e8me insurmontable \u00e0 leurs yeux\u00a0? Comment se voient-ils dans le contexte du narratif global sur le changement climatique\u00a0?<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\"><strong>Une minorit\u00e9 qui d\u00e9range<br \/>\n<\/strong><\/span><span class=\"font-844060\">Au moment de ma visite, les rennes ne sont pas \u00e0 la ferme mais sur leurs lointains p\u00e2turages d\u2019\u00e9t\u00e9. L\u2019endroit respire le calme. Des outils agricoles sont dispers\u00e9s un peu partout. La dameuse est au repos dans l\u2019herbe. La cha\u00eene de radio Samie, YLE, audible y compris \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur gr\u00e2ce \u00e0 des haut-parleurs, inonde le voisinage, jour et nuit.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\">En Scandinavie les populations autochtones constituent une minorit\u00e9 dispers\u00e9e. La cha\u00eene de radio est tr\u00e8s importante pour maintenir le sentiment d\u2019appartenance des Samis. Sur les quelque 100\u00a0000 personnes appartenant \u00e0 la population autochtone de cette r\u00e9gion du globe, plus de la moiti\u00e9 vivent en Norv\u00e8ge, 30 \u00e0 40% en Su\u00e8de, environ 10% en Finlande et quelques milliers en Russie. Le mode de vie Sami ressemble beaucoup \u00e0 celui des autres citoyens d\u2019Europe. La plupart des Samis n\u2019ont pas de tenue vestimentaire particuli\u00e8re. Ils ont les m\u00eames voitures, et les m\u00eames applications sur leurs tablettes. En pays Sami, on trouve des journalistes, des enseignants, des politiciens, des h\u00f4teliers. Seuls 10% des Samis travaillent encore dans l\u2019\u00e9levage de rennes traditionnel. Toutefois, les Samis maintiennent un lien fort avec la nature, que les populations urbaines ne connaissent pas. Chasse, p\u00eache et \u00e9levage restent les piliers de leur culture et de leur \u00e9conomie.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\">Les contr\u00e9es habit\u00e9es par les Samis sont vastes, couvrant notamment 40% du territoire en Norv\u00e8ge. L\u2019\u00e9levage de rennes implique des d\u00e9placements fr\u00e9quents pour passer des p\u00e2turages d\u2019\u00e9t\u00e9 aux p\u00e2turages d\u2019hiver. Ce mode de vie donne r\u00e9guli\u00e8rement lieu \u00e0 des conflits entre les Samis et les gouvernements nationaux. Contrairement \u00e0 d\u2019autres groupes autochtones, les Samis franchissent fr\u00e9quemment les fronti\u00e8res nationales, s\u2019attirant les fureurs des autorit\u00e9s depuis l\u2019\u00e9poque des tsars russes.<\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_40274\" style=\"width: 850px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-40274\" class=\"wp-image-40274 size-large\" src=\"https:\/\/www.greenpeace.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/sami1-2-1024x682.jpg\" alt=\"\" width=\"840\" height=\"559\" \/><p id=\"caption-attachment-40274\" class=\"wp-caption-text\">La pr\u00e9sidente du parlement des Samis, Aili Keskitalo observe la photo d&rsquo;un activiste qui d\u00e9fendait les dro\u00eets des Samis. Karasjok, Norv\u00e8ge, 2015. \u00aeJacopo Pasotti<\/p><\/div>\n<p><span class=\"font-844060\">\u00ab\u00a0Durant des centaines d\u2019ann\u00e9es, on a tent\u00e9 de nous forcer \u00e0 nous assimiler. On a essay\u00e9 d\u2019effacer notre groupe ethnique de la carte. Aujourd\u2019hui, avec la constitution de parlements Samis en Norv\u00e8ge, en Finlande et en Su\u00e8de, notre voix se fait entendre sur le parquet politique\u00a0\u00bb, explique Aili Keskitalo, pr\u00e9sidente du parlement Sami de Norv\u00e8ge. V\u00eatue de la tenue traditionnelle du <em>gakti<\/em>, elle me fait visiter le b\u00e2timent du parlement, \u00e0 Karasjok. Apr\u00e8s le passage d\u2019un bruyant groupe de touristes, elle rappelle que les Samis restent insuffisamment impliqu\u00e9s dans les d\u00e9cisions qui les concernent. Cette in\u00e9galit\u00e9 de pouvoir est particuli\u00e8rement probl\u00e9matique \u00e0 l\u2019heure actuelle, avec le changement climatique et la menace qu\u2019il repr\u00e9sente pour la culture et les conditions d\u2019existence des Samis.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\">L\u2019espace qu\u2019occupe cette minorit\u00e9 ethnique d\u00e9range. Ellen Inga Turi, g\u00e9ographe et experte politique de l\u2019association norv\u00e9gienne d\u2019\u00e9levage de rennes, conna\u00eet personnellement la situation puisqu\u2019elle est la fille d\u2019un \u00e9leveur de renne Sami\u00a0: \u00ab\u00a0La contribution du peuple des Samis \u00e0 l\u2019\u00e9conomie est marginale. Mais en termes de gestion des sols, notre impact est tout-\u00e0-fait significatif. Cela fait des si\u00e8cles que nous habitons l\u2019Arctique\u00a0\u00bb. Avec les autres groupes ethniques des r\u00e9gions polaires, les Samis sont pr\u00e9sents sur de grandes \u00e9tendues. Toutefois les descendants des autochtones ne repr\u00e9sentent que quelques centaines de milliers de personnes, pr\u00e9cise Ellen Inga Turi. Son bureau se situe dans le petit village norv\u00e9gien de Koutekeino, en face d\u2019une prairie bord\u00e9es de bouleaux et de saules herbac\u00e9s. M\u00eame en \u00e9t\u00e9, un vent froid ondule les arbres. Au mur, une grande carte d\u2019Eurasie r\u00e9pertorie tous les groupes ethniques des r\u00e9gions polaires. Il appara\u00eet que la r\u00e9gion habit\u00e9e par les Samis \u2013 une zone importante de Scandinavie \u2013 ne repr\u00e9sente qu\u2019une petite partie de l\u2019immensit\u00e9 arctique.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\">Aujourd\u2019hui les descendants des autochtones ne sont qu\u2019une petite composante des quatre millions d\u2019habitants de l\u2019Arctique. Le fragile \u00e9quilibre entre le territoire disponible et la densit\u00e9 de population est compromis. Le r\u00e9chauffement de la plan\u00e8te et l\u2019acc\u00e8s am\u00e9lior\u00e9 suscitent des convoitises en termes de ressources inutilis\u00e9es dans la r\u00e9gion. L\u2019Arctique vit actuellement un v\u00e9ritable mouvement de colonisation. De mani\u00e8re peu surprenante, les conflits s\u2019intensifient avec les populations autochtones, souvent r\u00e9duites \u00e0 s\u2019assimiler ou \u00e0 dispara\u00eetre.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_40275\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-40275\" class=\"wp-image-40275 size-medium\" src=\"https:\/\/www.greenpeace.ch\/static\/planet4-switzerland-stateless\/2019\/05\/ee6c5a09-ee6c5a09-gp-foto-sami-11-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" \/><p id=\"caption-attachment-40275\" class=\"wp-caption-text\">Ellen Inga Turi en Koutekeino, Norv\u00e8ge. \u00a9 Jacopo Pasott<\/p><\/div>\n<p><span class=\"font-844060\">Les Samis sont ouverts aux nouvelles technologies. Ils ne consid\u00e8rent pas cela comme un effet d\u2019assimilation, mais plut\u00f4t comme une forme d\u2019adaptation. Mais ils ne souhaitent pas abandonner le fait de p\u00eacher ou de cueillir des baies. \u00ab\u00a0Dans ma vie de tous les jours, je travaille S\u00e0mediggi, au parlement Sami\u00a0\u00bb, relate Aili Keskitalo. \u00ab\u00a0C\u2019est vrai que nous vivons une vie moderne, mais les bases d\u2019existence des Samis restent au c\u0153ur de notre culture. Elles sont porteuses de notre philosophie. Sans elles, l\u2019identit\u00e9 Sami est appel\u00e9e \u00e0 dispara\u00eetre\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span class=\"font-844060\"><strong>Le climat en \u00e9volution<br \/>\n<\/strong>Pour la population de l\u2019Arctique, si proche de la nature, le changement climatique constitue une v\u00e9ritable menace. L\u2019Arctique conna\u00eet une mont\u00e9e des temp\u00e9ratures moyennes trois fois plus rapide que la moyenne globale. Bruce Forbes, sp\u00e9cialiste en \u00e9cologie \u00e0 la University of Lapland, \u00e0 Rovaniemi en Finlande, explique la situation\u00a0: \u00ab\u00a0Les neiges saisonni\u00e8res tendent \u00e0 arriver plus tard. Les hivers sont plus doux. Et le printemps comm<\/span><span class=\"font-844060\">ence tr<\/span><span class=\"font-844060\">op t\u00f4t\u00a0\u00bb. Les Samis sont aussi confront\u00e9s \u00e0 de fortes pluies pendant la saison froide, avec des cons\u00e9quences parfois d\u00e9sastreuses\u00a0: \u00ab\u00a0En automne, les jours humides alternent avec les jours froids\u00a0\u00bb, commente Bruce Forbes. \u00ab\u00a0Du fait des chutes de temp\u00e9ratures, les lichens se recouvrent d\u2019une couche de glace, emp\u00eachant les rennes de brouter leur principale source de nourriture.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\">Les rennes parviennent \u00e0 m\u00e2cher la l\u00e9g\u00e8re couche de neige qui recouvre leur nourriture pendant une bonne partie de l\u2019ann\u00e9e. Mais les conditions d\u2019enneigement changent. Aujourd\u2019hui les rennes sont souvent confront\u00e9s \u00e0 des couches de neige dure, plus difficiles \u00e0 surmonter. Pour s\u2019adapter, il faut du temps. Or la rapidit\u00e9 des \u00e9volutions environnementales r\u00e9centes surpasse la capacit\u00e9 d\u2019adaptation animale.<\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_40279\" style=\"width: 850px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-40279\" class=\"wp-image-40279 size-large\" src=\"https:\/\/www.greenpeace.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/bild3-2-1024x681.jpg\" alt=\"\" width=\"840\" height=\"559\" \/><p id=\"caption-attachment-40279\" class=\"wp-caption-text\">Les rennes sont souvent confront\u00e9s \u00e0 des couches de neige dure, plus difficiles \u00e0 surmonter \u00a9 Markus Mauthe \/ Greenpeace<\/p><\/div>\n<p><span class=\"font-844060\">En 2013 et 2014, les vagues de froid ont tu\u00e9 27\u00a0000 rennes sur la p\u00e9ninsule de Yamal, en Russie, qui en comptait 61\u00a0000 au total. \u00ab\u00a0Les jeunes \u00e9leveurs font aujourd\u2019hui face \u00e0 une mortalit\u00e9 croissante de leurs rennes, mais ne sont pas libre de modifier leurs pratiques d\u2019\u00e9levage, en raison des restrictions qu\u2019on leur impose. Ce serait pourtant une forme vitale d\u2019adaptation. Ils doivent fixer le moment de la castration et de l\u2019abattage, et choisir les animaux concern\u00e9s. Tout ceci influence l\u2019interaction des troupeaux avec la terre. L\u2019alternative serait de se d\u00e9placer ailleurs pour sauver les troupeaux. Mais les \u00e9leveurs se heurtent \u00e0 une foule de nouvelles fronti\u00e8res et d\u00e9limitations de propri\u00e9t\u00e9s. Et il y a les nouvelles directives \u00e9dict\u00e9es par la capitale, ou m\u00eame par Bruxelles\u00a0\u00bb. Bruce Forbes constate que la cl\u00e9 de l\u2019adaptation aux changements environnementaux est la flexibilit\u00e9, accompagn\u00e9e de la libert\u00e9 de mouvement \u00e0 travers toute l\u2019\u00e9tendue de la Ta\u00efga.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\">Ellen Inga Turi relaye les m\u00eames soucis \u00e0 propos du changement climatique\u00a0: \u00ab\u00a0Les gardiens de troupeaux ne parviennent plus \u00e0 respecter le calendrier traditionnel. Les jeunes Sami recherchent de nouvelles strat\u00e9gies, car les instruments du savoir ancestral ne permettent pas de faire face aux changements environnementaux rapides. Le danger est qu\u2019ils pourraient se d\u00e9tourner de l\u2019\u00e9levage de rennes, tant les difficult\u00e9s sont grandes\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\">R\u00e9guli\u00e8rement gel\u00e9s par le pass\u00e9, les fleuves et les lacs permettaient facilement le passage des troupeaux, ce qui n\u2019est plus le cas aujourd\u2019hui\u00a0: \u00ab\u00a0La couche de glace est plus mince, et le d\u00e9gel commence plus t\u00f4t\u00a0\u00bb, explique Bruce Forbes. Il ajoute que la toundra se retire, tandis que les esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales de r\u00e9gions situ\u00e9es plus au Sud migrent maintenant vers le Nord. La rapidit\u00e9 des changements suite au r\u00e9chauffement climatique n\u2019a pas de pr\u00e9c\u00e9dent sur Terre. Les pratiques traditionnelles ne permettent pas toujours de faire face au changement. Mais les Samis estiment qu\u2019ils seraient en mesure de surmonter le probl\u00e8me de la mont\u00e9e des temp\u00e9ratures, en faisant valoir leur capacit\u00e9 ancestrale de mobilit\u00e9 et de flexibilit\u00e9. La seule chose dont ils auraient besoin est un peu de soutien de la part des gouvernements.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\"><strong>Ils craignent le climat, mais aussi le gouvernement<br \/>\n<\/strong><\/span><span class=\"font-844060\">J\u2019ai maintenant une id\u00e9e plus pr\u00e9cise des changements subis par l\u2019environnement. Mais quels sont les principaux d\u00e9fis qui se posent aux Samis, en termes d\u2019adaptation\u00a0? Les r\u00e9ponses touchent rapidement la sph\u00e8re politique\u00a0: \u00ab\u00a0Nous avons travers\u00e9 des changements massifs. On nous a s\u00e9par\u00e9s par des fronti\u00e8res, on nous a r\u00e9partis sur plusieurs \u00e9tats. On nous a impos\u00e9 des lois faites par des gens qui ne savaient rien de notre mode de vie. On a essay\u00e9 de nous assimiler\u00a0\u00bb, relate Ellen Inga Turi. Elle cherche f\u00e9brilement des solutions pour emp\u00eacher la disparition de sa culture\u00a0: \u00ab\u00a0Quand on parle avec les gardiens de troupeaux, on comprend que leur principal souci est le gouvernement, pas le climat.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_40281\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-40281\" class=\"wp-image-40281 size-medium\" src=\"https:\/\/www.greenpeace.ch\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/bild5-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" \/><p id=\"caption-attachment-40281\" class=\"wp-caption-text\">Le vol sur S\u00e1pmi, le pays des Samis en Norv\u00e8ge. \u00a9 Jacopo Pasott<\/p><\/div>\n<p><span class=\"font-844060\">Et ils ont de bonnes raisons de craindre le gouvernement. Les nouvelles routes, les projets de lignes ferroviaires ou d\u2019infrastructures sont souvent d\u00e9cid\u00e9s sans consultation, ou presque, des organes politiques Samis. Les activit\u00e9s de l\u2019industrie foresti\u00e8re vont croissant. Projets miniers ou installations \u00e9oliennes sont souvent mis en place sans participation des Samis. Les lois nationales et internationales, mais aussi les nouvelles r\u00e9glementations concernant l\u2019usage des sols sont tout aussi probl\u00e9matiques que le r\u00e9chauffement climatique.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\">Il arrive toutefois que des lois soient instaur\u00e9es pour prot\u00e9ger les conditions d\u2019existence des Samis.<br \/>\nPar exemple concernant la mobilit\u00e9, qui est un \u00e9l\u00e9ment central pour l\u2019\u00e9levage de rennes pratiqu\u00e9 par de nombreux Samis. En 2009, la Norv\u00e8ge et la Su\u00e8de ont sign\u00e9 un accord de passage des fronti\u00e8res permettant de faire p\u00e2turer des rennes dans 24 zones norv\u00e9giennes et 16 zones su\u00e9doises, ind\u00e9pendamment de la provenance des \u00e9leveurs. Mais ces r\u00e8gles sont remises en question en permanence, et pourraient bient\u00f4t \u00eatre abolies.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\">En 2010 les Nations Unies font le constat suivant\u00a0: \u00ab\u00a0Ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es, la politique su\u00e9doise n\u2019a pas trait\u00e9 les Samis comme un peuple autochtone, mais au mieux comme une minorit\u00e9 nationale. Les mesures mises en place en Su\u00e8de sont insuffisantes pour assurer la participation dont doivent b\u00e9n\u00e9ficier les Samis en vertu des conventions internationales.\u00a0\u00bb (HCDH, 2010) La critique porte sur le fait que les activit\u00e9s Samies traditionnelles sont vues comme r\u00e9trogrades. Les activit\u00e9s privil\u00e9gi\u00e9es sont de ce fait les formes d\u2019agriculture modernes et les projets miniers. Dans cette optique, la vie nomade ne va pas avec la modernit\u00e9. Les \u00e9tats nordiques consid\u00e8rent les Samis comme des nomades n\u2019ayant pas de titres de propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 faire valoir sur la terre.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\">Le r\u00e9chauffement des calottes polaires ouvre \u00e9galement de nouvelles voies maritimes vers le Sud. Avec une accessibilit\u00e9 am\u00e9lior\u00e9e et un int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique croissant, la r\u00e9gion suscite des convoitises en termes d\u2019\u00e9nergies fossiles ou de tourisme. \u00ab\u00a0On voit appara\u00eetre des barrages hydro\u00e9lectriques et des sites touristiques ici ou l\u00e0\u00a0\u00bb, explique Ellen Inga Turi. \u00ab\u00a0Cette menace est per\u00e7ue comme plus imminente que le changement climatique en tant que tel.\u00a0\u00bb L\u2019urbanisation, les projets de viabilisation touristique et l\u2019industrie extractive progressent rapidement, impactant actuellement environ 25% du territoire Sami. La voix grave, la g\u00e9ographe conclut que ces ing\u00e9rences se traduisent in\u00e9vitablement par une perte de territoire\u00a0: \u00ab\u00a0P\u00e2turage par p\u00e2turage, nous perdons toutes nos terres. Selon une \u00e9tude du Programme des Nations Unies pour l\u2019environnement, nous allons perdre 75% de nos p\u00e2turages au cours des 80\u00a0prochaines ann\u00e9es\u00a0\u00bb. Elle craint que cette menace entrave les efforts d\u2019adaptation aux changements environnementaux. \u00ab\u00a0En termes de construction de r\u00e9silience, qui est la capacit\u00e9 de s\u2019adapter au changement \u00e0 travers de nouvelles strat\u00e9gies de survie, la perte de territoires est une question cl\u00e9\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\"><strong>La solution Samie<br \/>\n<\/strong><\/span><span class=\"font-844060\">\u00c0 \u00e9couter les Samis, on comprend peu \u00e0 peu qu\u2019ils ont une vision de l\u2019adaptation possible au changement climatique. Mais leurs consid\u00e9rations sont rarement prises en compte dans le d\u00e9bat acad\u00e9mique ou politique. \u00ab\u00a0Il faut que les Samis aient des titres de propri\u00e9t\u00e9 sur leurs terres\u00a0\u00bb, d\u00e9clare Ellen Inga Turi. \u00c0 ses yeux, la terre est la cl\u00e9 du probl\u00e8me. \u00ab\u00a0Nous devons appliquer notre savoir\u00a0\u00bb. Strat\u00e9gie simple, apr\u00e8s tout\u00a0: flexibilit\u00e9 et mobilit\u00e9 sont la solution d\u2019adaptation \u00e0 un climat de plus en plus impr\u00e9visible.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\">Pour les Samis, la vie est depuis toujours un flux continu. Encore aujourd\u2019hui, alors que 90% des Samis ne travaillent plus dans l\u2019\u00e9levage de rennes, leur lien \u00e0 la nature reste fondamental pour leur survie. Et ils sont capables de faire face au changement, pour autant que ce changement vienne de l\u2019environnement.<\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_40282\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-40282\" class=\"wp-image-40282 size-medium\" src=\"https:\/\/www.greenpeace.ch\/static\/planet4-switzerland-stateless\/2019\/05\/99c32c8a-99c32c8a-sami6-300x249.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"249\" \/><p id=\"caption-attachment-40282\" class=\"wp-caption-text\">Les Samis s&rsquo;adaptent \u00e0 la technologie et la modernit\u00e9. \u00a9 Jacopo Pasott<\/p><\/div>\n<p><span class=\"font-844060\">Devant les d\u00e9fis politiques et climatiques, leur appr\u00e9ciation est que leur capacit\u00e9 de r\u00e9silience leur permettra de survivre\u00a0: \u00ab\u00a0Il est incontestable que nous savons nous adapter\u00a0\u00bb, constate la pr\u00e9sidente du parlement Aili Keskitalo. \u00ab\u00a0La preuve\u00a0? Nous sommes encore en vie\u00a0! Notre ouverture au monde, notre disponibilit\u00e9 \u00e0 utiliser les nouvelles technologies et les m\u00e9dias sociaux, t\u00e9moignent du fait que nous avons d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9tablir des liens avec le grand public et le gouvernement. C\u2019est \u00e9galement une forme d\u2019adaptation\u00a0!\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\">Elle admet cependant que les changements li\u00e9s au climat interviennent avec une rapidit\u00e9 auparavant inconnue. Le changement climatique rapide combin\u00e9 \u00e0 une influence politique limit\u00e9e met les Samis dans une position particuli\u00e8rement vuln\u00e9rable.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\">\u00ab\u00a0Les Samis estiment qu\u2019ils arriveront \u00e0 surmonter les probl\u00e8mes\u00a0\u00bb, constate \u00e9galement Bruce Forbes\u00a0: \u00ab\u00a0Ils ne se voient pas aller au-devant d\u2019une catastrophe\u00a0\u00bb. Il est vrai que la crise du climat n\u2019a pas son pareil dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. Il n\u2019y a pas de certitudes, ni dans le monde de la science, ni dans la tradition autochtone. Mais les Samis pensent avoir le savoir-faire n\u00e9cessaire. Ils esp\u00e8rent qu\u2019ils auront la possibilit\u00e9 de mettre en valeur ce savoir-faire. Ou qu\u2019ils auront au moins le droit d\u2019essayer.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\">Aili Keskitalo conclut, avec une certaine ranc\u0153ur\u00a0: \u00ab\u00a0Malheureusement, le gouvernement nous voit comme un groupe de lobbying, et non comme une communaut\u00e9 ethnique. On nous appr\u00e9cie, tant que nous fournissons des motifs d\u00e9coratifs pour les cartes postales, avec nos rennes. Mais quand nous formulons des demandes, nous sommes des fauteurs de trouble. Nous demandons l\u2019autod\u00e9termination pour la gestion de nos terres, avec leurs ressources\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span class=\"font-844060\"><em>Cet article a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 avec le soutien du r\u00e9seau \u00ab\u00a0Internews\u2019 Earth Journalism Network\u00a0\u00bb<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Terhi Vuojala-Magga me re\u00e7oit dans sa cuisine, qui sent bon le poisson frit. Les petits poissons qu\u2019elle pr\u00e9pare viennent directement de la rivi\u00e8re qui coule non loin. La maison o\u00f9 elle vit avec son mari se situe dans une clairi\u00e8re. Comment les Samis g\u00e8rent-ils le changement climatique\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"author":30,"featured_media":27051,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_planet4_optimize_post_is_variant":false,"_planet4_optimize_experiment_name":"","_planet4_optimize_variant_name":"","ep_exclude_from_search":false,"p4_og_title":"","p4_og_description":"","p4_og_image":"","p4_og_image_id":"","p4_seo_canonical_url":"","p4_campaign_name":"","p4_local_project":"","p4_basket_name":"","p4_department":"","footnotes":""},"categories":[97,99,100,81],"tags":[58],"p4-page-type":[80],"gpch-article-type":[],"class_list":["post-27044","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-climatpublications","category-magazinepublications","category-reportage","category-themes","tag-climat","p4-page-type-article-de-magazine"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27044","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/30"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=27044"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27044\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/27051"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=27044"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=27044"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=27044"},{"taxonomy":"p4-page-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/p4-page-type?post=27044"},{"taxonomy":"gpch-article-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gpch-article-type?post=27044"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}