{"id":27566,"date":"2018-05-09T00:00:00","date_gmt":"2018-05-08T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/master.greenpeace.ch\/magazin-article-fr\/27566\/la-fiction-est-essentielle-a-notre-comprehension-du-monde\/"},"modified":"2019-05-31T10:48:15","modified_gmt":"2019-05-31T08:48:15","slug":"la-fiction-est-essentielle-a-notre-comprehension-du-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/article-de-magazine\/27566\/la-fiction-est-essentielle-a-notre-comprehension-du-monde\/","title":{"rendered":"\u00abLa fiction est essentielle \u00e0 notre compr\u00e9hension du monde\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong>Lass\u00e9e des limites de la photographie documentaire, Cristina <\/strong><strong>de Middel a quitt\u00e9 son poste de photojournaliste. Un choix <\/strong><strong>que la laur\u00e9ate du Greenpeace Photo Award 2016 ne regrette <\/strong><strong>pas. Depuis qu\u2019elle imagine des campagnes fictives autour <\/strong><strong>de mises en sc\u00e8ne photographiques, elle se sent plus <\/strong><strong>proche du public.<\/strong><\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas une exposition photographique, mais une cacophonie d\u2019images que le public d\u00e9couvre en ce d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e au Coalmine, le forum de photographie documentaire \u00e0 Winterthour. Des centaines de photos r\u00e9parties sur les salles, grandes comme des affiches ou petites comme des cartes de visite, tapissant les murs. Ici, pas la peine de chercher des reproductions luxueuses. Mais on trouve des autocollants multicolores, des aimants, des tapisseries, des calendriers bon march\u00e9, des tapis de souris informatique, des guirlandes et des bouteilles de bi\u00e8re. Con\u00e7ue par la photographe espagnole Cristina de Middel et son coll\u00e8gue br\u00e9silien Bruno Morais, cette s\u00e9rie d\u2019images \u00e9clectiques est intitul\u00e9e Excessocenus. Nous sommes bien \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019\u00abexcessoc\u00e8ne\u00bb, marqu\u00e9e par les exc\u00e8s en tout genre. Un flot insolite de produits de marchandisage illustre bien le propos de ce projet artistique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_44835\" style=\"width: 490px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-44835\" class=\"wp-image-44835\" src=\"https:\/\/www.greenpeace.ch\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/GP0STRK1N_High_res-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"480\" height=\"640\" \/><p id=\"caption-attachment-44835\" class=\"wp-caption-text\">Couche d\u2019ozone. Les \u00e9tudes les plus r\u00e9centes de l\u2019EPFZ montrent que la couche d\u2019ozone continue de s\u2019amincir \u00e0 certains endroits. Avec notamment pour cons\u00e9quence une augmentation des cas de cancers de la peau.<\/p><\/div>\n<p><strong>S\u2019exposer au monde<\/strong><\/p>\n<p>Cristina de Middel a quitt\u00e9 son domicile \u00e0 Uruapan, dans le sud-ouest du Mexique, pour \u00eatre pr\u00e9sente \u00e0 Winterthour le jour du vernissage. Elle se plaint du froid glacial de cette journ\u00e9e de janvier, tout en se r\u00e9jouissant de la r\u00e9ussite de sa mise en sc\u00e8ne. La photographe captive par sa mani\u00e8re d\u2019\u00eatre et son activit\u00e9. \u00c0 40 ans pass\u00e9s, son sourire n\u2019est pas innocent ou s\u00e9ducteur, il est teint\u00e9 d\u2019ironie et de sarcasme. Ce sourire que l\u2019on ne trouve que chez les gens qui se sont expos\u00e9s au monde. Une esp\u00e8ce d\u2019humour \u00e9clair\u00e9 qui se refl\u00e8te \u00e9galement dans ses images. Trois quarts des sujets d\u2019Excessocenus ont \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9s \u00e0 l\u2019avance sous la forme d\u2019esquisses, et les accessoires ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s au Mozambique. \u00c0 partir de ce travail pr\u00e9paratoire, Cristina de Middel et Bruno Morais ont pass\u00e9 des mois \u00e0 chercher les personnes, les lieux et les sc\u00e8nes imagin\u00e9es, pour r\u00e9aliser leurs photographies dans le contexte africain.<\/p>\n<p><strong>Du photojournalisme \u00e0 <\/strong><strong>la \u00abdocumentation \u00e9largie\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>La mani\u00e8re de travailler des deux photographes est leur r\u00e9ponse aux limites et aux d\u00e9sillusions de la photographie documentaire. En 2006, apr\u00e8s des ann\u00e9es de photojournalisme pour des journaux locaux \u00e0 Alicante et Ibiza, Le jury du Greenpeace Photo Award 2016 a choisi de soutenir la r\u00e9alisation d\u2019Excessocenus par un montant de 10 000 euros. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait de produire quarante images symbolisant les probl\u00e8mes dont souffre actuellement la plan\u00e8te. Cristina de Middel et Bruno Morais se sont rendus au Mozambique, sur la c\u00f4te sud-est du continent africain. Un pays dont le gouvernement et la population aspirent au mod\u00e8le de croissance occidental, malgr\u00e9 ses effets \u00e9cologiques catastrophiques. Les deux photographes cr\u00e9ent des mises en sc\u00e8ne incarnant les cons\u00e9quences des exc\u00e8s macro-\u00e9conomiques sur le quotidien des populations africaines. En faisant le tour des salles, Cristina de Middel s\u2019arr\u00eate devant une tapisserie montrant un homme de haute taille habill\u00e9 d\u2019un costume de superh\u00e9ros rouge et jaune.<\/p>\n<p>Il pose devant un terrain br\u00fbl\u00e9, dont la fum\u00e9e se d\u00e9gage encore. La photo a pour titre L\u2019\u00eatre humain et le feu et peut \u00eatre comprise comme une allusion au d\u00e9frichage par le feu pour les plantations d\u2019huile de palme ou de soja. \u00abC\u2019est un costume que nous avions amen\u00e9 du Mexique. \u00c0 Maputo, en longeant la c\u00f4te en voiture, nous avons aper\u00e7u cet homme, debout devant un champ qui br\u00fblait. C\u2019\u00e9tait exactement l\u2019image que nous avions en t\u00eate. Nous lui avons expliqu\u00e9 le projet, en lui demandant s\u2019il \u00e9tait dispos\u00e9 \u00e0 enfiler le costume et \u00e0 poser pour la photo. Et nous lui avons donn\u00e9 une r\u00e9mun\u00e9ration. Tu vois, notre travail est assez \u2039punk\u203a, un m\u00e9lange de photojournalisme sauvage et de photographie de mode finement r\u00e9gl\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>Cristina de Middel suit une formation compl\u00e9mentaire pour correspondants de guerre. Pendant ses vacances, elle r\u00e9alise plusieurs reportages sur des catastrophes humanitaires, afin de t\u00e9moigner de la mis\u00e8re et de la d\u00e9tresse.\u00abLa premi\u00e8re fois que je me suis rendue en Ha\u00efti avec M\u00e9decins sans fronti\u00e8res, j\u2019ai rendu visite \u00e0 une femme \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Elle m\u2019a dit qu\u2019elle avait besoin d\u2019argent pour payer les m\u00e9dicaments et nourrir sa famille. Je lui ai r\u00e9pondu: \u2039Mais je vous aide, en prenant des photos!\u203a J\u2019ai soudain compris la b\u00eatise et la cruaut\u00e9 d\u2019une telle attitude. Je n\u2019\u00e9tais pas sur place pour aider. J\u2019\u00e9tais l\u00e0 pour faire des photos que je pourrais ensuite vendre. Ce conflit m\u2019a fait perdre confiance dans les m\u00e9dias. J\u2019ai compris que je devais changer.\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_44842\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-44842\" class=\"wp-image-44842\" src=\"https:\/\/www.greenpeace.ch\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/GP0STRK2F_High_res-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"375\" \/><p id=\"caption-attachment-44842\" class=\"wp-caption-text\">Mutations g\u00e9n\u00e9tiques. La pollution industrielle des rivi\u00e8res et des oc\u00e9ans induit des mutations g\u00e9n\u00e9tiques chez certains animaux et d\u00e9grade les \u00e9cosyst\u00e8mes sur le long<br \/> terme.<\/p><\/div>\n<p>En 2010, la photographe d\u00e9missionne de son poste, quitte son compagnon et s\u2019\u00e9chappe de son ancienne vie. Elle se retrouve en Chine et se met \u00e0 exp\u00e9rimenter. Le travail de cette phase d\u2019exploration donnera lieu \u00e0 la publication, en 2012, de la s\u00e9rie photographique The Afronauts, qu\u2019elle \u00e9dite \u00e0 son propre compte. Il s\u2019agit d\u2019une reconstitution de la mission spatiale zambienne des ann\u00e9es 1960, qui s\u2019est sold\u00e9e par un \u00e9chec. La s\u00e9rie photographique rencontrera un grand succ\u00e8s et gagnera m\u00eame le Infinity Award du Center of Photography de New York. C\u2019est en 2015 que Cristina de Middel rencontre Bruno Morais, qui est aujourd\u2019hui son conjoint. \u00c0 Rio de Janeiro, elle veut photographier les bidonvilles selon une esth\u00e9tique sous-marine rappelant Cousteau: son projet s\u2019appelle Sharkification. Bruno Morais a grandi dans les favelas et travaille alors comme photographe de presse. Son Colectivo Pandilla vise \u00e0 former les jeunes des bidonvilles \u00e0 la photographie et \u00e0 leur donner une perspective d\u2019avenir. Comme Cristina de Middel, il se pose des questions sur son m\u00e9tier, sur les clich\u00e9s toujours pareils que ses clients lui demandent, par exemple les photos spectaculaires des descentes de police visant \u00e0 \u00abnettoyer\u00bb et \u00abpacifier\u00bb les quartiers pauvres avant la coupe du monde de football.<\/p>\n<p>Outre une certaine frustration par rapport au travail strictement documentaire, les deux photographes partagent une passion: leur fascination pour l\u2019Afrique. \u00abCe serait g\u00e9nial de pouvoir montrer Excessocenus en Afrique. La photographie et l\u2019Afrique, c\u2019est un immense malentendu, porteur d\u2019une multitude de st\u00e9r\u00e9otypes. Nous voulons au contraire d\u00e9monter les clich\u00e9s. D\u2019o\u00f9 notre pseudo-campagne publicitaire, visant \u00e0 sensibiliser les Africaines et les Africains aux probl\u00e8mes environnementaux.\u00bb Lorsqu\u2019ils re\u00e7oivent l\u2019invitation \u00e0 participer au concours Greenpeace Photo Award, Cristina de Middel et Bruno Morais sont en s\u00e9jour au B\u00e9nin, o\u00f9 ils travaillent sur les religions traditionnelles. Int\u00e9ress\u00e9s, les deux photographes ne veulent cependant pas produire un simple t\u00e9moignage sur les destructions et les catastrophes environnementales. Ils veulent d\u00e9passer cet horizon. \u00abToutes ces images apocalyptiques sur l\u2019\u00e9tat du monde d\u00e9noncent, mais ne contribuent pas \u00e0 r\u00e9soudre les probl\u00e8mes. Depuis quarante ans, les photographes et les ONG ont le m\u00eame langage visuel pour illustrer le d\u00e9sastre environnemental.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-45155 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.greenpeace.ch\/static\/planet4-switzerland-stateless\/2019\/05\/b9f54ff1-b9f54ff1-gp0strk1d_high_res-1-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"525\" \/><\/p>\n<p>Ce sont des reportages dramatiques visant \u00e0 inciter l\u2019homme blanc des pays occidentaux \u00e0 venir en aide aux pauvres dans les pays en d\u00e9veloppement. Mais les gens se sont lass\u00e9s; ils ne r\u00e9agissent plus.\u00bb Pour renouveler leur travail photographique, Cristina de Middel et Bruno Morais s\u2019inscrivent aujourd\u2019hui dans une d\u00e9marche de expanded documentary, une approche plus vaste, qui n\u2019est plus subordonn\u00e9e au cadre factuel, mais se donne le droit d\u2019enrichir les histoires par la fiction. En parcourant les salles du forum de Winterthour, il est vrai qu\u2019on se pose des questions. R\u00e9alit\u00e9 ou mise en sc\u00e8ne? V\u00e9rit\u00e9 ou imposture?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00abLa fiction est essentielle \u00e0 notre compr\u00e9hension du monde. En litt\u00e9rature et au cin\u00e9ma, la fiction est une dimension accept\u00e9e depuis toujours. En photographie, par contre, il est mal vu de se d\u00e9tourner du dogme de la documentation. Notre travail est aussi une invitation \u00e0 une r\u00e9flexion critique sur la photographie et les m\u00e9dias, qui ne sont ni innocents ni objectifs. La v\u00e9rit\u00e9 est multiple. Nous avons int\u00e9r\u00eat \u00e0 nous ouvrir \u00e0 la pluralit\u00e9.\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand on choisit de regarder ailleurs, on facilite les machinations, scandales, irr\u00e9gularit\u00e9s et autres magouilles.<\/p>\n","protected":false},"author":38,"featured_media":27572,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_planet4_optimize_post_is_variant":false,"_planet4_optimize_experiment_name":"","_planet4_optimize_variant_name":"","ep_exclude_from_search":false,"p4_og_title":"","p4_og_description":"","p4_og_image":"","p4_og_image_id":"","p4_seo_canonical_url":"","p4_campaign_name":"","p4_local_project":"","p4_basket_name":"","p4_department":"","footnotes":""},"categories":[103,104,78],"tags":[60],"p4-page-type":[80],"gpch-article-type":[],"class_list":["post-27566","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-essaipublications","category-magazinesociete-essaipublications","category-publications","tag-qui-sommes-nous","p4-page-type-article-de-magazine"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27566","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/38"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=27566"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27566\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/27572"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=27566"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=27566"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=27566"},{"taxonomy":"p4-page-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/p4-page-type?post=27566"},{"taxonomy":"gpch-article-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gpch-article-type?post=27566"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}