{"id":28429,"date":"2018-09-20T00:00:00","date_gmt":"2018-09-19T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/master.greenpeace.ch\/magazin-article-fr\/28429\/quand-la-vie-bascule\/"},"modified":"2019-05-31T11:28:11","modified_gmt":"2019-05-31T09:28:11","slug":"quand-la-vie-bascule","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/article-de-magazine\/28429\/quand-la-vie-bascule\/","title":{"rendered":"Quand la vie bascule"},"content":{"rendered":"<p><strong>Dans son projet \u00e0 long terme Drowning World, le photographe Gideon Mendel capture une exp\u00e9rience humaine qui fait dispara\u00eetre les fronti\u00e8res g\u00e9ographiques et culturelles. En remportant le Prix du jury du Greenpeace Photo Award 2016, il a pu ajouter de nouveaux chapitres de cette histoire aux \u00c9tats-Unis et en France.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_54014\" style=\"width: 410px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-54014\" class=\"wp-image-54014\" src=\"https:\/\/www.greenpeace.ch\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/SubmergedPortraits-1-1010x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"406\" \/><p id=\"caption-attachment-54014\" class=\"wp-caption-text\">Jo\u00e3o Pereira de Ara\u00fajo, Taquari District,<br \/>Rio Branco, Br\u00e9sil, mars 2015.<\/p><\/div>\n<p>L\u2019eau lui arrive jusqu\u2019au cou, au sens propre du terme. Sa t\u00eate semble pos\u00e9e dessus, le menton appuy\u00e9 sur le miroir de l\u2019eau. Le reste du corps dispara\u00eet dans le liquide brun\u00e2tre. \u00c0 l\u2019arri\u00e8re-plan, on peut voir la partie sup\u00e9rieure d\u2019une porte ouverte: l\u2019entr\u00e9e de son ancienne demeure, dans un village du Br\u00e9sil. Nous ne saurons jamais ce qui se cache derri\u00e8re, sauf que c\u2019est certainement sous l\u2019eau. C\u2019est un des portraits les plus impressionnants du projet photographique que Gideon Mendel r\u00e9alise depuis plusieurs ann\u00e9es sur le th\u00e8me du \u00abmonde qui se noie\u00bb (Drowning World).<\/p>\n<p>Depuis 2007, il se rend partout o\u00f9 le niveau de l\u2019eau s\u2019\u00e9l\u00e8ve soudainement. D\u00e8s qu\u2019il entend parler d\u2019inondations, il se demande automatiquement s\u2019il va partir. En Ha\u00efti, en Inde, au Bangladesh, en Tha\u00eflande ou au Nigeria, mais aussi dans des pays occidentaux comme l\u2019Angleterre ou l\u2019Allemagne. Un tel projet n\u2019est pas toujours facile \u00e0 r\u00e9aliser. Il lui faut obtenir les autorisations n\u00e9cessaires, trouver les moyens de se d\u00e9placer dans les zones inond\u00e9es, organiser un traducteur, r\u00e9fl\u00e9chir aux probl\u00e8mes techniques. Une fois sur place, il cherche \u00e0 contacter des gens dont la vie a bascul\u00e9 et qui se sont retrouv\u00e9s la t\u00eate sous l\u2019eau. Souvent, il les accompagne la premi\u00e8re fois qu\u2019ils retournent dans leur ancien logis. Nous regardons dans les yeux des gens qui n\u2019ont plus rien d\u2019autre que leur corps. Leur maison a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 emport\u00e9e par les eaux ou compl\u00e8tement d\u00e9truite. Peut-\u00eatre leur magasin est-il d\u00e9vast\u00e9 ou leurs objets priv\u00e9s ont-ils \u00e9t\u00e9 emport\u00e9s par la force inexorable des flots.<\/p>\n<p>\u00c0 travers ces yeux, on a l\u2019impression de p\u00e9n\u00e9trer jusqu\u2019au plus profond de leur \u00e2me. On y reconna\u00eet la col\u00e8re, le chagrin, mais aussi la combativit\u00e9. Mendel r\u00e9ussit \u00e0 saisir dans ces moments de d\u00e9sespoir profond une grande dignit\u00e9 humaine. \u00abLe d\u00e9sastre narratif ne m\u2019int\u00e9resse pas\u00bb, explique-t-il. Il essaie plut\u00f4t de montrer la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de ces femmes et de ces hommes. \u00abEt j\u2019aimerais la partager avec tout le monde.\u00bb Une esth\u00e9tique d\u00e9routante Mendel s\u2019investit corps et \u00e2me dans ses reportages, s\u2019attarde sur certains th\u00e8mes, s\u2019implique totalement. Il pr\u00e9sente lui-m\u00eame son travail, qui prend souvent la forme de projets \u00e0 long terme, comme une \u00abmission\u00bb. \u00abJ\u2019ai de la peine \u00e0 terminer un projet\u00bb, conc\u00e8de-t-il. Le destin de ces \u00eatres humains l\u2019int\u00e9resse, que ce soit sous le r\u00e9gime de l\u2019apartheid de son pays natal, l\u2019Afrique du Sud, \u00e0 la suite des ravages du sida ou des cons\u00e9quences du changement climatique.<\/p>\n<div id=\"attachment_54018\" style=\"width: 410px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-54018\" class=\"wp-image-54018\" src=\"https:\/\/www.greenpeace.ch\/static\/planet4-switzerland-stateless\/2019\/05\/519e6dc8-519e6dc8-parisfloods-9232-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"400\" \/><p id=\"caption-attachment-54018\" class=\"wp-caption-text\">Lo\u00efc Horatius, Rue du Ch\u00e2teau, Villeneuve-Saint-Georges, France, f\u00e9vrier 2018.<\/p><\/div>\n<p>Il pense \u00e0 quoi ressemblera le monde quand ses enfants auront son \u00e2ge et s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019arri\u00e8re- plan historique et culturel des th\u00e8mes qu\u2019il aborde. \u00abL\u2019inondation a pour tout le monde quelque chose de symbolique \u00bb, dit-il, faisant notamment r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la violence des flots dans la Bible. Les portraits de Mendel auraient presque un caract\u00e8re classique s\u2019ils ne se s\u2019inscrivaient pas dans un contexte alarmant. \u00abCela a quelque chose d\u2019inattendu\u00bb, constate-t-il. Certains clich\u00e9s rayonnent m\u00eame d\u2019une beaut\u00e9 d\u00e9routante.<\/p>\n<p>Les personnes et les objets apparaissent comme dans un miroir, leur image se refl\u00e8te dans une sym\u00e9trie parfaite, les couleurs brillent dans l\u2019eau, les formes dessinent des lignes esth\u00e9tiques. \u00abQuand l\u2019eau est haute, tout est calme. Le temps s\u2019arr\u00eate\u00bb, explique Mendel. Ce calme est toutefois trompeur: lorsque le niveau de l\u2019eau baisse, l\u2019ampleur de la catastrophe devient visible, la puanteur se r\u00e9pand, la boue se tasse. Il ne reste que des traces de d\u00e9vastation. Au cours des onze derni\u00e8res ann\u00e9es, Gideon Mendel a d\u00e9velopp\u00e9 diff\u00e9rentes trames narratives. Il d\u00e9crit la s\u00e9rie Submerged Portraits comme le coeur de son projet.<\/p>\n<div id=\"attachment_54020\" style=\"width: 410px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-54020\" class=\"wp-image-54020\" src=\"https:\/\/www.greenpeace.ch\/static\/planet4-switzerland-stateless\/2019\/05\/d63b6bdc-d63b6bdc-waterlines-2-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"400\" \/><p id=\"caption-attachment-54020\" class=\"wp-caption-text\">Maison de Wista Jacques Gona\u00efves, Ha\u00efti, septembre 2008.<\/p><\/div>\n<p>Parall\u00e8lement, il a regroup\u00e9 sous le titre de Watermarks des archives de photographies d\u2019objets d\u00e9finitivement marqu\u00e9s par les eaux. Apr\u00e8s des inondations catastrophiques en Australie, le photographe ayant trouv\u00e9 des photos dans la rue les avait rapport\u00e9es \u00e0 sa chambre d\u2019h\u00f4tel. \u00abCe que j\u2019y ait d\u00e9couvert m\u2019a touch\u00e9. Ces photos ab\u00eem\u00e9es \u00e9taient une m\u00e9taphore de l\u2019influence que le changement climatique peut avoir sur notre m\u00e9moire.\u00bb Avec la s\u00e9rie Floodline, Mendel a finalement cr\u00e9\u00e9 un autre genre d\u2019\u00abinvestigation visuelle\u00bb. Ce sont les lignes d\u2019anciens niveaux de crues qui traversent ces espaces, marquent les murs. \u00abDans un espace qui a un caract\u00e8re chaotique, ils ont quelque chose de tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00bb, ajoute-t-il, et \u00e0 nouveau d\u2019incroyablement esth\u00e9tique. Certaines de ces images font penser aux toiles de Mark Rothko.<\/p>\n<p>Des archives de rencontres \u00e9mouvantes Qu\u2019on y voie ou non des personnes, toutes les photos de Mendel mettent l\u2019accent sur la dimension humaine. C\u2019est ainsi que, outre des archives de photos impressionnantes, il a cumul\u00e9 les rencontres touchantes. Apr\u00e8s l\u2019inondation du si\u00e8cle au Nigeria en 2011, par exemple, qui avait co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 plus de 500 personnes, Mendel s\u2019\u00e9tait rendu dans un petit village au sud du pays. Les simples huttes en pis\u00e9 avaient \u00e9t\u00e9 emport\u00e9es par les eaux, tandis que les b\u00e2timents en ciment habit\u00e9s par la classe moyenne \u00e9taient encore debout, mais inond\u00e9s. Il a rencontr\u00e9 une femme, une boulang\u00e8re, qui avait tout perdu: sa maison, sa boulangerie qui employait vingt personnes, ses fours. Rien n\u2019\u00e9tait assur\u00e9. \u00abJ\u2019ai fait une photo d\u2019elle, raconte Mendel, et je voulais aussi lui proposer de l\u2019aide. Mais la seule chose qu\u2019elle souhaitait, c\u2019est que je montre au monde ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9. Et c\u2019est exacte- ment cela que j\u2019essaie de faire.\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_54026\" style=\"width: 460px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-54026\" class=\"wp-image-54026\" src=\"https:\/\/www.greenpeace.ch\/static\/planet4-switzerland-stateless\/2019\/05\/4624c92b-4624c92b-submergedportraits-9-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"450\" \/><p id=\"caption-attachment-54026\" class=\"wp-caption-text\">Francisca Chagas dos Santos, Taquari District, Rio Branco, Br\u00e9sil, mars 2015.<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div style=\"background-color: #ecf1f7; color: black; padding: 25px;\">\n<p><strong>Gideon Mendel<\/strong>, n\u00e9 \u00e0 Johannesburg en 1959, a \u00e9tudi\u00e9 la psychologie et l\u2019histoire de l\u2019Afrique au Cap. Ses premi\u00e8res photos montrent les derni\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019apartheid. Il travaille r\u00e9guli\u00e8rement pour Weekend, le suppl\u00e9ment dominical du Guardian, et ses photos sont publi\u00e9es dans de nombreux magazines internationaux, dont National Geographic, Geo, Stern et Rolling Stone.<\/p>\n<p><strong>Ursula Eichenberger<\/strong>, qui a \u00e9tudi\u00e9 l\u2019histoire et la gestion de projets \u00e0 but non lucratif, a \u00e9crit pour divers m\u00e9dias comme la Neue Zu\u0308rcher Zeitung. Jusqu\u2019en 2006, elle \u00e9tait r\u00e9dactrice au Tages-Anzeiger pour les questions sociales et soci\u00e9tales. Depuis, elle travaille pour des fondations et des organisations \u00e0 but non lucratif (dont UNICEF Suisse) et \u00e9crit des livres.<\/p>\n<p>Le vote du public pour le <strong>Greenpeace Photo Award 2018<\/strong> aura lieu du 1er au 31 octobre 2018. Visitez notre site, choisissez votre favori parmi les sept nomin\u00e9s et votez. Le projet qui obtiendra le plus grand nombre de voix remportera le Prix du public, d\u2019une valeur de<br \/>\n10 000 euros. Un Prix du jury, d\u2019un m\u00eame montant, sera \u00e9galement d\u00e9cern\u00e9.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.photo-award.org\">www.photo-award.org<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand on choisit de regarder ailleurs, on facilite les machinations, scandales, irr\u00e9gularit\u00e9s et autres magouilles.<\/p>\n","protected":false},"author":23,"featured_media":28434,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_planet4_optimize_post_is_variant":false,"_planet4_optimize_experiment_name":"","_planet4_optimize_variant_name":"","ep_exclude_from_search":false,"p4_og_title":"","p4_og_description":"","p4_og_image":"","p4_og_image_id":"","p4_seo_canonical_url":"","p4_campaign_name":"","p4_local_project":"","p4_basket_name":"","p4_department":"","footnotes":""},"categories":[103,104,78],"tags":[60],"p4-page-type":[80],"gpch-article-type":[],"class_list":["post-28429","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-essaipublications","category-magazinesociete-essaipublications","category-publications","tag-qui-sommes-nous","p4-page-type-article-de-magazine"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28429","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/23"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=28429"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28429\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/28434"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=28429"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=28429"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=28429"},{"taxonomy":"p4-page-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/p4-page-type?post=28429"},{"taxonomy":"gpch-article-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.greenpeace.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gpch-article-type?post=28429"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}