Le redémarrage du réacteur 1 de la centrale de Sendai n’empêchera pas le déclin du nucléaire au Japon. Les centrales du pays ont toutes des problèmes de sécurité difficilement surmontables. Et, c’est sans compter l’opposition de la population, qui entraine des difficultés d’ordre politiques et juridiques ni la croissance exponentielle des renouvelables.

Manifestation d'opposants au redémarrage de la centrale nucléaire de Sendai, 10 août 2015, Sendai, Japon. Copyright Masaya Noda, Greenpeace

« Le redémarrage d’un réacteur ne masquera pas le fait que l’industrie nucléaire du pays lutte pour sa survie. Il suffit d’observer dans quelle mesures certaines questions de sécurité ont été ignorées par l’autorité de surveillance du nucléaire, la NRA, dans le cadre de l’examen du réacteur, pour voir à quelle point les principaux acteurs du secteur et leurs alliés du gouvernement sont désespérés », explique Mamoru Sekiguchi, chargé de campagne énergie pour Greenpeace Japon.

Le réacteur 1 de la centrale de Sendai est à l’arrêt depuis mai 2011. La NRA s’est montrée incapable d’imposer l’application de certaines mesures importantes en matière de sécurité. La prise en compte du risque sismique est tellement lacunaire, qu’elle ne respecte même pas les propres lignes directrices de la NRA, telles qu’elles ont été définies suite à l’accident de Fukushima. Il en va de même pour la prise en compte du danger que représente le Sakurajima, un volcan situé dans les environs de la centrale. Enfin, la NRA n’a pas pris en compte les inquiétudes exprimées par la population au sujet de l’absence de plans d’urgence, notamment en ce qui concerne l’évacuation des populations à risque en cas d’accident.

Le nucléaire inutile pour l’avenir énergétique

« La majeure partie des installations nucléaires du pays ne verront pas leur activité relancée. Il ne faut donc pas parler d’une renaissance du nucléaire. Le gouvernement de Shinzo Abe, et la NRA mettent en péril la sécurité de la population pour une ressource énergétique qui n’assurera jamais l’approvisionnement en électricité dont la nation aura besoin dans les années à venir », ajoute Sekiguchi.

Selon une analyse produite en avril 2015 par Greenpeace Japon , le nucléaire représentera entre 2 et 8 % de la production électrique du pays en 2030. Ce qui est très éloigné de l’objectif de 22% affiché par le gouvernement. Les 43 réacteurs restants sont tous concernés par des problèmes liés à la sécurité sismique et au vieillissement. La population s’oppose fermement à la relance de l’activité. Entre les problèmes de sécurité et l’opposition publique, il est fort probable qu’un grand nombre de réacteurs seront définitivement mis à l’arrêt. De plus, en 2016, le marché de l’électricité sera libéralisé, ce qui exposera le nucléaire à la concurrence des renouvelables. Un secteur qui fait l’objet d’une croissance extrêmement soutenue ces dernières années.

Le Japon n’a en effet pas besoin du nucléaire pour réaliser ses objectifs en matière de réduction des émissions de CO2. Les énergies renouvelables ont connu une croissance exponentielle ces 4 dernières années. En avril 2015, le photovoltaïque atteignait déjà les 24 GW, et les modules solaire ayant d’ores et déjà reçu l’autorisation d’être installés représentent 58 GW supplémentaires. A titre de comparaison, avant l’accident de Fukushima, les réacteurs nucléaires du pays avaient une puissance installée d’environ 45 GW. En 2014, l’investissement dans les énergies renouvelables représentait environ 25 milliards de dollars.

Mathias Schlegel est porte-parole Climat & Energie pour Greenpeace Suisse

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