La dimension des problèmes à l’origine de l’arrêt prolongé de la centrale nucléaire de Leibstadt ne cesse de croître. Selon une information rendue publique aujourd’hui, des oxydations s’apparentant à de la rouille ont été déjà été découvertes sur près de 45 éléments de combustible. Ce chiffre est particulièrement important car seul un tiers de ces éléments a été contrôlé. Greenpeace Suisse exprime une inquiétude grandissante face à cette évolution et demande une expertise externe.

Centrale nucléaire de Leibstadt, action de militants Greenpeace, 1990, © Greenpeace / Diether VennemannFin août 2016, Kernkraftwerk Leibstadt AG (KKL AG), l’exploitant de la centrale nucléaire de Leibstadt, révélait que huit barres de combustibles était touchées par une oxydation accélérée. Environ un mois plus tard, de premiers indices permettaient de penser que les dommages sont en fait bien plus importants. La remise en service du réacteur a été repoussée à février 2017. Depuis, un tiers des éléments de combustibles ont été examinés. C’est ce qu’a confirmé KKL AG sur demande de l’Aargauer Zeitung. Des oxydations ont d’ores et déjà été découvertes sur près de 45 éléments de combustible. « A ma connaissance, il s’agit d’un record européen, voire même mondial », déclare Stefan Füglister, expert des questions liées au nucléaire pour Greenpeace Suisse.

250 millions de pertes
Ces dommages auront des conséquences pour la centrale. « Si l’examen du cœur du réacteur continue à ce rythme, Leibstadt devra probablement être remis en service plus tard que ce qui est actuellement prévu », estime Stefan Füglister. Cela pourrait entraîner une augmentation des coûts de près d’un quart de milliard de francs.

Avant de pouvoir envisager une éventuelle remise en service, il faudra clarifier l’origine des dommages observés. Greenpeace Suisse exige qu’une enquête exhaustive et transparente soit menée à son terme. Au regard de la dimension prise par l’affaire, il faut qu’un comité d’experts externes soit intégré à cette analyse, comme c’est le cas avec les faiblesses découvertes sur le réacteur 1 de la centrale de Beznau. « Dans une affaire d’une telle envergure, il est primordial d’obtenir un second avis », ajoute Stefan Füglister. L’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) a commis une grosse erreur en autorisant le redémarrage de la centrale alors qu’une oxydation avait déjà été découverte sur un élément de combustible en été 2015.

Vers une réduction de la puissance?
Il est possible que les augmentations de puissances successives réalisées à Leibstadt soient à l’origine des dommages observés. Pour Stefan Füglister, une remise en service peut uniquement être engagée si elle est accompagnée d’une réduction de puissance de l’ordre de 15%. « Cela augmenterait encore une fois les pertes de cette centrale déjà déficitaire », conclut-il. Une perte supplémentaire qui pourrait s’élever à près de 50 millions de francs suisses par an.

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