Sur toute la planète, des femmes luttent pour un environnement intact et la paix. Rosmarie Wydler-Wälti est l’une d’entre elles. Il y a 50 ans, cette Bâloise est descendue pour la première fois dans la rue pour protester contre un projet de centrale nucléaire. Elle est aujourd’hui une des chevilles ouvrières des Aînées pour la protection du climat qui ont recouru au Tribunal administratif fédéral pour protéger le climat. Nous nous sommes entretenues avec elle à l’occasion de la journée internationale de la femme :

 

Rosmarie Wydler-Wälti
Rosmarie Wydler-Wälti, co-présidente des Aînées pour la protection du climat

Madame Wydler, vous considérez-vous comme une militante ?

Rosmarie Wydler-Wälti : Oui. J’aime descendre dans la rue et m’engager pour une bonne cause. Je trouve particulièrement encourageant quand mon engagement permet de changer les choses.

Qu’est-ce que le pouvoir aux femmes selon vous ?

Rosmarie Wydler-Wälti : Le pouvoir aux femmes signifie que les femmes s’engagent et s’imposent avec détermination pour les sujets qui leur tiennent à coeur. En ce qui concerne l’égalité des salaires, je trouve effrayant que nous ayons obtenu si peu ces dernières années. Et il faut au moins trois femmes au Conseil fédéral.

Le pouvoir aux femmes se limite-t-il aux préoccupations des femmes ?

Rosmarie Wydler-Wälti : Non, certainement pas. Le pouvoir des femmes est également nécessaire pour la paix dans le monde et la protection de la nature.

Il y a 50 ans, vous êtes descendue pour la première fois dans la rue. Pourquoi ?

Rosmarie Wydler-Wälti : Je voulais empêcher la construction d’une centrale nucléaire à Kaiseraugst dans le Canton d’Argovie. J’ai participé aux manifestations de la population et des organisations écologistes – et j’ai fêté leur succès avec elles. Je me suis ensuite engagée plus particulièrement avec la Déclaration de Berne (aujourd’hui Public Eye) dont le pillage des pays du Sud par notre consommation constitue un des sujets principaux. Nous avons distribué des bananes dans la rue pour sensibiliser les gens aux conditions de travail dans les pays producteurs. J’étais également active dans un groupe qui voulait abolir l’armée suisse et qui s’engageait pour un modèle paritaire dans la famille. Aujourd’hui, je participe entre autres au Cercle de Silence à Bâle ; une fois par mois, nous nous tenons en silence sur la Place du Marché en tenant des panneaux avec des déclarations sur notre politique d’asile. Je suis aussi coprésidente des Aînées pour la protection du climat qui ont recouru au Tribunal administratif fédéral pour protéger le climat.

Anne Mahrer und Rosmarie Wydler-Wälti
Rosmarie Wydler-Wälti a passé une semaine sur le bateau « Arctic Sunrise » de Greenpeace, ensemble avec Anne Mahrer (à gauche). Les co-présidentes des Aînées pour la protection du climat ont rencontré des personnes du monde entier qui mènent des actions juridiques pour le climat.

Y a-t-il des différences entre les femmes et les hommes en ce qui concerne l’engagement pour une nature intacte ?

Rosmarie Wydler-Wälti : Hmh, je ne peux pas le dire avec certitude. Mais j’observe que de plus en plus de femmes sont actives dans les mouvements environnementaux. Elles s’engagent généralement pour des projets parfaitement concrets, alors que ce sont plutôt des hommes qui s’engagent au plan politique et donc à un niveau plus abstrait.

A quel point votre engagement a-t-il déteint sur votre environnement ?

Rosmarie Wydler-Wälti rit : mes ami-e-s et connaissances me connaissent comme « celle avec les tracts ». Et mes enfants sont conscients et critiques. J’aime bien partager mes convictions, même si cela peut agacer.

Avez-vous un exemple ?

Rosmarie Wydler-Wälti : Lorsque j’ai fait la connaissance de mon mari, on débattait de la centrale nucléaire de Kaiseraugst. Mon mari vient d’une famille bourgeoise et mes beaux-parents ont d’abord été scandalisés que j’ose m’opposer à un projet de l’Etat. S’opposer aux projets de l’Etat était tabou pour eux. Mais en fin de compte, ils ont aussi refusé la construction de la centrale nucléaire. Il a tout de même fallu un certain temps jusqu’à ce qu’ils prennent conscience des dangers de l’énergie nucléaire.

Que donnez-vous à vos six petits-enfants ?

Rosmarie Wydler-Wälti : J’essaie de leur montrer avec de petits gestes quotidiens ce que ça signifie de vivre de façon respectueuse de l’environnement. Nous n’avons pas de voiture et voyageons toujours en train. Nous ne jetons pas la nourriture et chez nous, une carotte est cuisinée même lorsqu’elle a des rides. Lorsque les petits jouent avec le papier de toilette, nous leur expliquons d’où il vient. Et nous essayons généralement de leur montrer les beautés de la nature – et l’importance de la respecter.

Les Aînées pour la protection du climat ont déposé une requête en justice au tribunal administratif fédéral.

Regardez-vous l’avenir – l’avenir de vos petits-enfants – avec confiance ?

Rosmarie Wydler-Wälti soupire : il est minuit moins cinq… Nous devons d’urgence en faire plus pour que nos descendants aient encore un environnement un tant soit peu intacte. Mais il n’y en a que peu qui comprennent cette urgence. Je suis scandalisée de la négligence avec laquelle le monde politique traite l’environnement. C’est pour cela que nous devons lutter et toujours remettre nos revendications sur le tapis.

De quoi rêvez-vous ?

Rosmarie Wydler-Wälti : Je rêve d’un monde pacifique et tolérant dans lequel les gens se rencontrent avec empathie, se laissent vivre et se soutiennent mutuellement. Nous sommes tous liés et dépendants les un-e-s des autres. Mais il n’y a pas beaucoup de monde à en être conscient. Je suis très fâchée de l’effroyable égoïsme et de l’individualisme exacerbé qui marquent notre société.

Biographie:
Rosmarie Wydler-Wälti est formatrice d’adultes, conseillère en éducation et conseillère pour couples à Bâle. Elle est mariée et a quatre enfants et six petits-enfants. En tant que coprésidente des Aînées pour la protection du climat, elle a passé une semaine sur l’Arctic Sunrise, un bateau Greenpeace, dans l’Arctique norvégien pour rencontrer des personnes qui participent à des actions en justice sur toute la planète pour échanger des expériences, s’entraîner et se soutenir mutuellement.