Des noms, pas des numéros

Les animaux doivent avoir des droits fondamentaux, tels que le droit à l’intégrité, à la liberté et à la vie. Les refuges pour animaux nous donnent une idée de ce que pourrait être une société équitable, partagée entre les humains et les animaux.

«Lucy est née en 2010. Elle a toujours été très éveillée, impertinente, sauvage.» Samar Grandjean raconte volontiers des anecdotes savoureuses, parfois consternantes, mais aussi merveilleuses, sur les animaux de son Arche de Samar près de Berne. Ici, on ne leur demande pas de servir à quelque chose; il n’y a pas d’abattoir. Ils ont le droit de vivre, tout simplement. Et ils ne portent pas de numéro, mais ont un nom: Ami, Mimi, Boubou et, justement, Lucy.

 

Plus les animaux nous sont proches, plus nous voyons en eux des individus, des personnalités, des compagnons.

En Suisse, il existe une douzaine de refuges de ce genre. Bon nombre de ces animaux proviennent des élevages en batterie. Les rescapés sont représentatifs des nombreux bovins de notre pays qui restent à l’étable 275 jours par an, attachés à la mangeoire, et qui n’ont rien d’autre à faire que de manger, s’allonger, se lever… Ou de tous les porcs qui végètent, jour après jour, sur les «caillebotis» en béton, sans litière et sans jamais sortir à l’air libre. Toutes ces pratiques sont tolérées par la loi fédérale sur la protection des animaux, pourtant censée être l’une des plus contraignantes au monde. Une idée née du mouvement de défense des droits de l’animal Il n’en va pas seulement des animaux, déclare Sarah Heiligtag, du refuge Hof Narr à Hinteregg, dans le canton de Zurich, mais d’une approche durable de la nature et du respect inconditionnel de l’être humain et de l’animal. Sarah Heiligtag se considère comme membre d’un mouvement Les animaux doivent avoir des droits fondamentaux, tels que le droit à l’intégrité, à la liberté et à la vie. Les refuges pour animaux nous donnent une idée de ce que pourrait être une société équitable, partagée entre les humains et les animaux.

social qui prône les droits de l’animal: «Nous devons amener les gens à remettre en question le système d’exploitation actuel.» Comment le faire dans une société qui, comme la nôtre, protège la dignité de l’animal, mais permet en même temps d’abattre deux animaux par seconde? Pour les universitaires canadiens Sue Donaldson et Will Kymlicka, on n’y arrivera qu’en étendant aux animaux les principes fondamentaux de la justice sociale. Dans leur livre au titre révélateur, Zoopolis, ils ont proposé de conférer une sorte de citoyenneté aux animaux domestiqués. Cela impliquerait surtout de les reconnaître dans leur individualité et de les laisser participer à notre vie.

La dignité du porc est un point sensible: tous ne bénéficient pas de conditions aussi optimales que celui-ci. 40% des porcs à l’engrais ne quittent l’étable que le jour de leur abattage.

Pour Donaldson et Kymlicka, les refuges sont actuellement les lieux les plus appropriés pour mettre en oeuvre leur idée d’une zoopolis. Le refuge Tante Martha est très proche de cet idéal. Quelque deux cents animaux vivent aujourd’hui dans cette ferme de Romont, où l’on élevait jadis des cerfs. Seuls le vaste domaine et la forêt sont entourés d’une clôture. Sinon, les animaux entrent et sortent à leur gré.

Chaque animal a sa propre vie, sa propre histoire. Comme Bertrand le Beau, un des habitants du refuge Hof Narr, qui garde les poules.

De nombreux animaux se partagent l’étable – moutons, poules, bovins et alpagas – et il n’est pas rare que, là où des gens séjournent, on trouve aussi des animaux, et vice versa. L’élevage industriel, source de tous les maux pour le mouvement de défense des droits de l’animal comme pour les responsables de nombreux refuges, les programmes d’élevage industriel sont à l’origine de l’exploitation éhontée des animaux de rente et c’est à cette forme d’élevage qu’il faut mettre un terme. «S’il n’y avait Plus les animaux nous sont proches, plus nous voyons en eux des individus, des personnalités, des compagnons. pas d’élevage intensif, ni d’abattoirs, on n’aurait plus besoin de ces refuges», explique Samar Grandjean. Sarah Heiligtag est du même avis: «Nous devons cesser de produire des animaux de rente surperformants.» Et de fait, la société actuelle commence tout juste à réfléchir aux moyens de réintégrer les animaux en son sein. Non pas comme des objets que l’on utilise pour ses propres besoins, mais comme des membres à part entière d’une société mixte.

 

KLAUS PETRUS a enseigné la philosophie à l’Université de Berne jusqu’en 2012. Depuis, il travaille comme photographe et journaliste indépendant. Ses photos et ses articles traitent de la protection des animaux, des mouvements de contestation et des troubles sociaux. Co-auteur du livre « Darf Mensch Tiere nutzen? »

 

Greenpeace Suisse soutient l’initiative contre l’élevage intensif en Suisse par Philippe Schenkel, responsable de la campagne Agriculture de Greenpeace Suisse «Globalement, l’élevage d’animaux de rente est responsable de plus de 14% des émissions de gaz à effet de serre. Il est la principale cause de la déforestation tropicale et des zones mortes dans les mers du globe. En Suisse, l’élevage intensif, avec ses fourrages importés, conduit à une acidification des sols. Notre avenir réside dans un élevage adapté au site, dans lequel on n’élèvera pas plus d’animaux que les ressources locales ne le permettent. Cela doit aller de pair avec une réduction de la consommation de viande. Il y aura davantage d’espace naturel, ce qui permettra aux animaux de vivre mieux et sera bénéfique pour notre santé.» Pour des informations détaillées, voir la campagne Moins mais mieux de Greenpeace.