Après 10 mois d’arrêt, la centrale nucléaire de Gösgen devrait être reconnectée au réseau lundi 23 mars. Cette longue interruption tord le cou à l’idée que le nucléaire est le garant de l’approvisionnement électrique hivernal. Greenpeace Suisse demande des clarifications sur les affirmations de la direction de la centrale selon lesquelles cet arrêt n’aurait pas été nécessaire. 

L’arrêt de la centrale nucléaire de Gösgen pendant une dizaine de mois aurait pu faire craindre à la Suisse de grandes difficultés d’approvisionnement, notamment durant les mois d’hiver. Il n’en est rien. Durant l’hiver 2025/2026, la quantité d’électricité importée en Suisse est restée en dessous du niveau de celui de 2021/2022, pendant lequel tous les réacteurs nucléaires ont été opérationnels la majeure partie du temps. La raison est l’essor des énergies renouvelables. Le développement du photovoltaïque au cours des quatre dernières années a permis de compenser en partie la perte de production de Gösgen, même pendant les mois d’hiver.

Si la Suisse a pu éviter un problème d’approvisionnement, elle reste confrontée à de nombreuses zones d’ombres liées au risque nucléaire dans le cas de Gösgen. La faille de sécurité à l’origine de l’arrêt prolongé du réacteur vient d’un défaut de conception présent depuis le démarrage de l’installation en 1979. Une fois le danger potentiel détecté en mars 2025 avec de nouvelles méthodes de calcul, l’exploitant de la centrale aurait dû l’arrêter immédiatement.

Pourtant, alors que la gravité du problème a été confirmée par l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN), le directeur de la centrale a affirmé dans la presse que cet arrêt prolongé n’aurait pas été nécessaire. Cette divergence de point de vue est très problématique en termes de risque nucléaire. Les documents concernant les analyses de la faille de sécurité et les échanges entre Gösgen et l’IFSN doivent impérativement être rendus publics.

“Il y a manifestement des lacunes dans le cadre légal si exploitant et autorité de surveillance sont en désaccord sur la sécurité d’une centrale nucléaire”, explique Nathan Solothurnmann, expert des questions énergétiques pour Greenpeace Suisse. “Non seulement cet épisode va coûter des centaines de millions de francs aux villes et cantons propriétaires de Gösgen, mais il met en lumière que le régime actuel qui dit que les centrales nucléaires peuvent fonctionner “tant qu’elles sont sûres” a du plomb dans l’aile. Des enseignements importants au moment où le Conseil fédéral veut relancer le nucléaire dans notre pays.” 

Contacts: 

  • Nathan Solothurnmann, expert des questions énergétiques, Greenpeace Suisse, +41 76 514 90 48, [email protected]
  • Mathias Schlegel, porte-parole, Greenpeace Suisse, +41 79 794 61 23, [email protected]