Jeudi 10 décembre, le Conseil des Etats a approuvé l’adhésion de la Suisse à la Banque asiatique d’infrastructure et d’investissement (AIIB). Si la semaine prochaine, le Conseil national confirme cette décision, la Suisse risque bien de se faire avoir. Il n’est en effet pas exclu que ses fonds destinés à l’aide au développement financent à l’avenir des centrales électriques à charbon qui nuisent au climat.

Une bergère observe une centrale à charbon sur l'île de Java, en Indonésie. © Kemal Jufri / Greenpeace, 2012La Banque asiatique d’infrastructure et d’investissement (Asian Infrastructure and Investment Bank, AIIB) est née d’une initiative de la Chine pour financer une croissance durable et stable en Asie. La Suisse prévoit de contribuer pour USD 706.4 mio au capital de cette nouvelle banque et veut même y consacrer en partie son aide au développement. Elle ne vise donc pas ici en premier lieu la lutte contre la pauvreté, mais des objectifs de commerce extérieur, car l’industrie d’exportation en attend de bonnes relations et des contrats avec le marché asiatique, en particulier avec la Chine.

Le fait que les standards écologiques et sociaux sont pratiquement absents des directives régissant l’attribution des crédits par l’AIIB est pourtant très problématique et laisse de nombreuses questions ouvertes. Il est parfaitement possible qu’à l’avenir l’AIIB soutienne des centrales électriques au charbon nuisibles pour le climat ou des barrages géants, qui ne correspondent pas aux standards environnementaux qui ont cours en Suisse. La Confédération, avec son faible pourcentage de voix (0.87 %), ne pourra rien faire pour s’y opposer. De tels projets provoquent des dégâts sociaux et écologiques massifs en conduisant à des expropriations, des déplacements de populations et d’autres effets négatifs sur l’environnement et la santé.

La fin des énergies fossiles commence par les financements
Le risque d’une expansion du charbon est particulièrement élevé en Indonésie. Le gouvernement indonésien a en effet le projet de couvrir à l’avenir 62 % des besoins indonésiens en électricité par le charbon. Le Ministre indonésien des finances a déjà formulé à l’égard de l’AIIB ses attentes en matière de crédits pour le secteur privé et en particulier des projets de centrales au charbon. Notamment car un tel financement n’entre pas en ligne de compte pour d’autres banques de développement comme la Banque mondiale. Et ce, pour d’excellentes raisons. Le recours aux centrales thermique à charbon peut entraîner des conséquences sanitaires dramatiques pour les populations. C’est déjà le cas en Indonésie, selon les recherches effectuées sur place par Greenpeace.

Il n’est naturellement pas admissible qu’à Paris, la Suisse se targue de vouloir sortir des énergies fossiles, mais investisse simultanément dans des projets nuisibles pour le climat par l’intermédiaire de l’AIIB. La semaine prochaine, le Conseil national devra également se prononcer. L’entrée de la Suisse dans l’AIIB doit uniquement se faire si elle est accompagnée par l’instaurations de critères sociaux et environnementaux très strictes qui excluent complètement la promotion des énergies fossiles.

Etes-vous également favorables à ce que les institutions étatiques, les assurances et les grandes banques investissent proprement ? Alors, vous pouvez soutenir la campagne Mon argent zéro fossile de Fossil Free Suisse.

Mathias Schlegel est porte-parole Climat & Energie pour Greenpeace Suisse.

Partagez
Tweetez
Partagez
+1
E-mail
WhatsApp