8 septembre 2016, 30 militants Greenpeace ont mené une action au siège de l’entreprise Axpo, l’exploitant de Beznau. © Greenpeace / Ex-Press / Flurin Bertschinger

Dans la dispute concernant les documents caviardés sur l’état de Beznau 1, le Tribunal administratif fédéral donne raison à Greenpeace Suisse et corrige la culture du secret pratiquée par l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN). L’autorité de sûreté n’est pas en droit de censurer intégralement un document de 950 pages sur l’usure du réacteur. L’accès aux parties du document qui ne constituent pas des secrets commerciaux doit être garanti. Greenpeace obtient ainsi une importante victoire d’étape dans ses efforts pour faire la lumière en ce qui concerne le dossier Beznau 1.

La population est en droit d’avoir accès à des informations concernant la sécurité des centrales nucléaires. C’est ce qu’a retenu le Tribunal administratif fédéral dans son arrêt de début avril que les parties ont reçu ces jours. Les juges de Saint-Gall exigent de l’IFSN qu’elle garantisse une transparence aussi étendue que possible: le caviardage intégral d’un document de 950 pages sur l’usure de la cuve de pression de Beznau 1 est illégal. Le tribunal argumente que si le document contient bien des secrets commerciaux, il n’en est pas moins disproportionné d’en refuser entièrement la publication. Cette pratique viole le principe de la transparence et le droit à l’accès à l’information garanti par la Loi sur la transparence (LTrans). Pour les juges, il est ainsi particulièrement important de rendre les résultats des examens en question aussi accessibles que possible, du fait que le public a un intérêt prépondérant à la transparence en ce qui concerne la sécurité nucléaire. L’IFSN est ainsi rappelée à son devoir de transparence. Elle doit cesser de participer aux tentatives de dissimulation qu’Axpo mène à Beznau.

Publication seulement après la décision de redémarrage

Il reste pourtant une ombre au tableau, car les documents ne pourront probablement pas être publiés avant la décision de redémarrer Beznau 1. C’est d’autant plus décevant que les documents en question ont été établis en 2011 – bien longtemps avant la découverte d’un bon millier de défauts dans le matériau de la cuve de pression en 2015.

Long aller-retour juridique

Cet arrêt du Tribunal administratif fédéral a une longue histoire. En février 2015, Greenpeace Suisse s’était appuyée sur la Loi fédérale sur la transparence pour demander la publication d’un document Axpo de 1000 pages sur l’usure de la cuve de pression. Ce document était déjà d’un grand intérêt à l’époque, car Beznau 1 présente une usure élevée, notamment du fait qu’il s’agit du plus vieux réacteur encore en service dans le monde. Axpo souhaitait pourtant l’exploiter 15 ans de plus. Ces informations sont devenues nettement plus importantes après que les défauts ont été découverts dans le matériau de la cuve de pression en été 2015. Le réacteur est arrêté depuis. La combinaison entre fragilisation et défauts dans le matériau rend critiquable le simple fait d’envisager de redémarrer le réacteur.

Bien que le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT) ait soutenu la demande de Greenpeace, l’IFSN n’avait accepté de publier qu’un résumé d’à peine 50 pages, mais avait gardé les 950 autres sous le boisseau. L’IFSN a surtout justifié sa culture du secret par la protection de secrets commerciaux. En mars 2016, Greenpeace a fait recours contre cette décision.