La succession des vagues de chaleur fait la une des journaux. Nous baignons dans notre propre sueur, les poissons meurent dans les ruisseaux et les agriculteur·ices perdent leurs récoltes. Avec ce phénomène, la majeure partie de l’opinion publique commence à prendre conscience de l’ampleur des conséquences du réchauffement climatique d’origine humaine. Ce qui est encore considéré aujourd’hui comme extrême va devenir un été normal d’ici une ou deux décennies.
Le Conseil fédéral roupille
D’ici la fin de l’année, le DETEC présentera ses propositions pour la politique climatique post-2030. La loi est dépourvue de toutes augmentation des taxes existantes ou de l’instauration de nouvelles. Le Conseil fédéral mise sur les mesures volontaires, les compensations carbones à l’étranger et le captage et le stockage du CO₂, qui est encore loin d’avoir fait ses preuves. Un manque d’ambition coupable dans un contexte où le Conseiller fédéral Albert Rösti, chargé des politiques climatiques et énergétiques, vient d’admettre que la Suisse sera incapable d’atteindre ses – modestes – objectifs climatiques pour 2030.
Demanderait-on à un pickpocket de cesser volontairement de voler l’argent des autres, ou de “compenser” ces crimes en finançant une usine de production de portefeuilles? Évidemment que non. Or, c’est précisément avec cette approche absurde que le Conseil fédéral entend faire face à la catastrophe climatique.
Sans réduction, l’adaptation reste vaine
Certaines mesures d’adaptation sont réclamées à grands cris. La généralisation de la climatisation, la végétalisation des villes, des entrées gratuites dans des lieux climatisés ou frais pour les personnes les plus exposées et les plus modestes, un renforcement de la protection des forêts, l’installation de réservoirs d’eau pour l’économie alpestre, et bien d’autres encore. Si certaines de ces idées sont très utiles, elles ont en commun d’être des mesures d’adaptation qui permettent uniquement de traiter les symptômes. Si les températures continuent d’augmenter, elles seront largement insuffisantes. La meilleure solution pour nous protéger reste d’amener à zéro les émissions de gaz à effet de serre, immédiatement, systématiquement et dans tous les domaines!
Que faire?
Des taxes progressives sur les carburants, le pétrole et le gaz génèrent des fonds à investir directement dans des mesures qui permettent la réduction des émissions, comme la promotion des transports publics et des mobilités actives ou électriques et peuvent aussi être redistribuées équitablement et de manière incitative à la population. Dans le secteur du bâtiment, il est primordial de bannir l’installation de nouveaux systèmes de chauffage au fioul et au gaz. Les autorisations de construction et de rénovation intègreront la mise en place de systèmes énergétiques neutres sur le plan climatique, de toitures solaires, de systèmes de stockage d’énergie et d’une conception des façades protégeant du soleil. Parallèlement, le système agroalimentaire doit être profondément réorganisé, en réorientant la majeure partie des subventions de l’élevage vers la production d’aliments d’origine végétale, ce qui préserve les ressources et rend l’agriculture plus résistante aux étés caniculaires. Une régulation contraignante de la place financière suisse garantit que les actifs sous gestion des banques et des caisses de retraite soient transférés vers une économie durable. Enfin, il faut revoir les standards selon lesquels nous évaluons la performance de l’économie et remettre en question nos modes de consommation.
L’objectif de neutralité climatique doit être atteint entièrement sur le territoire national, sans « compenser » les émissions nationales par des projets à l’étranger qui ne servent pas à grand-chose.
Choisissons aujourd’hui la Suisse de demain
Les vagues de chaleur que nous subissons actuellement étaient prévisibles. Elles sont la facture que nous avons à payer pour des décennies d’inaction. La Suisse doit agir dès maintenant, sans atermoiements. Nous ne demandons pas de nouvelle étude ni une nouvelle série de déclarations d’intention. La Confédération doit concrétiser l’abandon des énergies fossiles, de la généralisation de modes de construction écologiques, de l’économie circulaire, de rendre durable la place financière. Elle doit abandonner les subterfuges et les dangereux tours de passe-passe climatiques que constituent les compensations à l’étranger et les technologies de capture et de stockage du carbone. Et elle doit le faire MAINTENANT!


