Qu’est-ce qui relie Donald Trump, la dernière ruée vers l’or de l’histoire récente et la riante commune de Châtel-St-Denis dans le canton de Fribourg? La réponse nous entraîne dans les abysses. Et vers l’entreprise suisse Allseas, qui joue un rôle clé dans l’extraction de précieuses ressources minérales des grands fonds marins.
Le trésor des abysses
Au fond des océans gisent ce qu’on appelle des nodules polymétalliques. Ces agrégats de la taille d’une patate contiennent des minéraux précieux comme le cobalt, le nickel et le cuivre. Leur formation a pris des millions d’années. Le plus grand gisement se trouve dans la zone de Clipperton-Clarion, dans le Pacifique, une zone de la taille de l’Europe. Les métaux qu’ils contiennent sont d’une importance stratégique pour les industries de l’électronique, de l’énergie ou de la défense. Les industriels, appâtés, les appellent des «batteries dans la roche».
Ces nodules sont bien plus qu’un simple gisement de matières premières. Ils constituent le fondement d’écosystèmes uniques dans les grands fonds marins. Cette biodiversité est encore très mal connue des scientifiques. Les Nations Unies considèrent les grands fonds marins situés au-delà des juridictions nationales comme le «patrimoine commun de l’humanité».
Menace sur les abysses!
L’extraction des nodules polymétalliques nécessite l’envoi de machines de très grande taille sur le sol des océans, à plusieurs milliers de mètres de profondeur. Ces robots pesant des dizaines de tonnes devront creuser et racler le plancher marin. Ils pourraient soulever d’énormes nuages de sédiments, détruire des habitats naturels et anéantir les animaux et les plantes qui y vivent. Les potentielles conséquences écologiques sont tellement inquiétantes que près d’un millier de scientifiques ont pris position contre cette nouvelle industrie. Ils estiment que la menace de l’extraction minière en eaux profondes pour l’environnement est beaucoup trop élevée. Un exemple semble leur donner raison. Les destructions occasionnées par une première expérience d’extraction minière en eaux profondes menée dans les années 1980 sont encore visibles aujourd’hui.
L’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) n’a jusqu’à présent délivré aucun permis d’extraction pour l’exploitation minière commerciale des grands fonds marins dans les eaux internationales. Une exploitation industrielle sans son autorisation violerait le droit international.
Donald Trump contourne le droit international
Malgré les mises en garde, le président états-unien Donald Trump fait tout son possible pour permettre à l’extraction minière en eaux profondes de voir le jour. Il désire ardemment garantir l’accès des États-Unis à des matières premières stratégiques.
Avec un décret émis en 2025, Donald Trump souhaite passer outre l’AIFM. Avec son autorisation, l’exploitation minière des abysses pourrait commencer dès 2027 dans les eaux internationales. Il s’agit d’une violation manifeste du droit international. L’entreprise canadienne The Metals Company (TMC), qui cherche à démarrer l’extraction minière en eaux profondes depuis plus d’une décennie, s’en frotte les mains.
Le rôle clé d’Allseas
C’est ici que la Suisse entre en scène.
Allseas, une entreprise suisse installée à Châtel-St-Denis, dans le canton de Fribourg, figure parmi les plus grandes entreprises mondiales dans le domaine de l’ingénierie maritime. L’entreprise s’est notamment fait connaître par la construction d’infrastructures offshore ainsi que par la pose du pipeline Nord Stream 2. Allseas prépare la technologie pour le démarrage de cette nouvelle industrie minière. L’entreprise développe un navire gigantesque et d’énormes robots sous-marins pour l’extraction des nodules polymétalliques des grands fonds marins.
De plus, Allseas est actionnaire de The Metals Company et lui accorde des millions de dollars en prêts. Allseas développe aussi sa filiale Blue Minerals Switzerland et se prépare à se lancer elle-même dans cette nouvelle industrie minière.
Allseas doit laisser en paix les grands fonds marins. Envoyez un mail de protestation au PDG d’Allseas, Pieter Heerema!
Envoyez un mail de protestationLa Suisse doit agir
Si seule une infime partie des 4’000 employés d’Allseas travaille en Suisse, l’entreprise y a installé son siège social. Selon un portrait de l’entreprise paru dans la NZZ, ce sont des considérations fiscales qui l’ont poussée à faire ce choix.
Cela soulève également une question politique pour la Suisse: quelle responsabilité incombe à un pays lorsqu’une entreprise établie sur son territoire participe à des projets qui violent le droit international?
Le Conseil fédéral se positionne en faveur d’un moratoire sur l’extraction minière en eaux profondes. En même temps, Allseas, l’entreprise la plus importante au monde pour la mise en œuvre technique de cette industrie, se trouve en Suisse.
Ce n’est pas seulement l’accès aux matières premières qui est en jeu. Les grands fonds marins comptent parmi les derniers habitats largement intacts de notre planète. Nombre de leurs espèces sont encore inconnues. Si leurs habitats étaient détruits, ils pourraient être perdus de façon irrémédiable.
Des entreprises comme Allseas, The Metals Company et des politiciens sans scrupules comme Donald Trump espèrent pouvoir détruire les océans pendant que nous gardons les yeux fermés. Détournerez-vous le regard?


