Pourquoi Greenpeace est-elle si sûre que la pénurie de courant n'est qu'une fable?
La pénurie de courant est un moyen de pression des promoteurs du nucléaire pour imposer la construction de nouvelles centrales nucléaires (CN). Il est techniquement possible de couvrir nos besoins en électricité sans courant nucléaire. Mais pour cela il faut d'abord augmenter la capacité de production des sources d'énergie renouvelables (soleil, vent, eau, géothermie, biomasse) et ensuite utiliser systématiquement des machines et des appareils énergétiquement efficaces qui consomment un minimum de courant. Les deux domaines présentent d'énormes potentiels, que la Suisse n'utilise pas assez.
Un approvisionnement électrique propre et sûr n'est pas utopique; c'est un but parfaitement réalisable si nous en préparons la voie maintenant. Si on investit des milliards dans la promotion des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique au lieu de les gaspiller dans l'extension de l'énergie nucléaire, la pénurie de courant ne restera qu'une fable.
Mais que se passe-t-il lorsque le vent ne souffle pas, le soleil ne brille pas et nos lacs de barrage ne sont pas pleins? Cela provoque tout de même une pénurie de courant, non?
Non, pas le moins du monde. Des nuages dans un ciel sans vent ne menacent en aucun cas notre approvisionnement électrique, contrairement à la panne d'une CN; si une CN doit être arrêtée d'urgence à cause d'un incident ou d'un accident, il manque d'un coup d'énormes quantités de courant.
La menace d'une rupture du réseau de transport d'électricité (blackout) est bien plus grande que l'incapacité temporaire de quelques installations éoliennes ou solaires à fournir de l'électricité. Ces pannes sont de moindre importance et il y a toujours un endroit où le soleil brille, le vent souffle, la terre fournit de la chaleur. Une production d'énergie décentralisée avec de nombreuses petites unités de production est donc préférable, pour la sécurité de l'approvisionnement, à quelques grandes centrales.
Y a-t-il assez de courant propre à l'étranger pour remplir les lacunes de notre propre production ? Devrions-nous malgré tout acheter du courant nucléaire ou même produit avec du charbon?
Non, ce ne serait pas nécessaire d'acheter du courant nucléaire ou produit avec du charbon. L'industrie électrique est en mesure de décider quel courant elle achète, et où. La croissance annuelle de la production d'électricité de sources renouvelables est énorme.
Greenpeace part du principe que la consommation de courant baissera à l'avenir. Les entreprises électriques indiquent de leur côté fort justement que c'est exactement le contraire qui se passe: on consomme de plus en plus de courant et la demande augmente. Comment expliquez-vous cette contradiction?
Il n'a en effet pas été possible de réduire la consommation de courant en Suisse. Cela vient entre autres du fait que l'électricité est disponible en grandes quantités pour pas cher; si quelque chose est disponible en excès, il n'y a aucune raison d'en être économe. Il n'est donc pas étonnant que nous gaspillions environ un tiers du courant que nous consommons en utilisant des chauffages, des appareils et de l'éclairage inefficaces. Notre revendication d'enfin préparer la voie pour une réelle efficacité énergétique est d'autant plus importante. Ce n'est qu'ainsi que nous parviendrons à réduire notablement la consommation de courant.
Même si le courant nucléaire n'est pas exempt de CO2, il en émet en tout cas moins que le gaz et le charbon. Les CN aident donc tout de même à protéger le climat, non?
Non, elles ne le font pas. Et en Suisse, il ne s'agit pas de remplacer des centrales au gaz ou au charbon, mais de vieilles CN. Ce serait donc au mieux un jeu à somme nulle.
Le courant nucléaire ne représente en outre qu'une part infime de l'approvisionnement en énergie de l'humanité (à peine 2.5%). Pour obtenir une réduction significative des émissions de CO2 avec du courant nucléaire, il faudrait construire des milliers de CN supplémentaires pour remplacer les centrales au gaz et au charbon. Ce n'est tout simplement pas possible. Les émissions de CO2 provoquées par la filière nucléaire vont en outre augmenter à l'avenir du fait de l'épuisement des gisements d'uranium facilement accessibles.
Par ailleurs, il faudrait beaucoup trop de temps pour que de nouvelles CN commencent à produire de l'électricité. Pour atteindre les objectifs climatiques que la Suisse s'est fixés, nous devons passer à l'action et préparer la voie vers les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique. Chaque franc investi dans une CN est un franc perdu pour la protection du climat.
L'industrie électrique chiffre les émissions de CO2du courant nucléaire à 8-11 grammes par kilowattheure (kWh). Greenpeace avance des chiffres entre 30 et 70 grammes par kWh, on voit parfois même des indications de plus de 120g/kWh. Comment expliquez-vous ces différences?
Le CO2 émis par la production de courant nucléaire dépend de nombreux facteurs. Il faut commencer par tenir compte de façon complète et réaliste de tous les processus dans le calcul: l'extraction de l'uranium, son enrichissement, la fabrication des barres de combustible, le transport de matériel, la construction des CN et même l'exploitation des sites de stockage.
Il est aussi déterminant de connaître la quantité d'énergie consommée par chacun de ces processus et quelle est la source de cette énergie; s'il s'agit de sources fossiles, le bilan des émissions de CO2 est moins bon que si ce sont des énergies renouvelables.
Les émissions de CO2 sont d'autant plus élevées que l'extraction du minerai d'uranium est difficile. Le bilan en CO2 du courant nucléaire se dégradera inéluctablement à l'avenir: en effet, le minerai d'uranium facilement accessible se fait de plus en plus rare et une exploitation plus difficile signifie des émissions de CO2 plus importantes. L'industrie nucléaire enjolive ses calculs en ne tenant compte que des meilleures valeurs possibles, ce qui ne correspond pas à la réalité.
Le passage aux énergies renouvelables ne nous coûtera-t-il pas trop cher?
Non, au contraire. Même si la transition n'est pas gratuite, il est économiquement beaucoup plus sensé d'investir les milliards prévus pour de nouvelles CN dans les énergies renouvelables et la promotion de l'efficacité énergétique. Il sera toujours meilleur marché pour notre économie de consommer moins de courant que de construire de nouvelles centrales. La promotion des énergies renouvelables indigènes crée des milliers de places de travail dans notre pays et réduit notre dépendance à l'égard de l'uranium, du pétrole et du gaz. Il est en outre beaucoup moins cher de prévenir à l'avance les dégâts climatiques plutôt que de devoir les payer par la suite.
Devrai-je payer plus pour mon électricité si nous renonçons au courant nucléaire à l'avenir?
Le prix de l'électricité augmentera de toute façon en Suisse, principalement du fait de la libéralisation du marché de l'électricité; l'industrie électrique vient justement d'annoncer des augmentations de prix correspondantes. Mais si nous consommons de moins en moins d'électricité en utilisant des appareils et des machines plus efficaces, cela équilibrera l'augmentation de notre facture de courant. L'énergie issue de sources renouvelables est en outre de moins en moins chère. Plus nous y recourrons, plus les technologies liées aux énergies renouvelables se développeront.
Le courant nucléaire devient par contre de plus en plus cher, d'une part parce que les gisements d'uranium exploitables à faible coût s'épuisent, d'autre part parce que construire de nouvelles CN est de plus en plus cher, comme le montre clairement l'exemple du chantier de l'EPR à Olkiluoto (Finlande).
Cela fait plus de 20 ans qu'il ne s'est plus rien passé de grave, les CN ne sont-elles pas plus sûres que du temps ce Tchernobyl?
Les nouveaux modèles devraient bien être pourvus d'équipements de sécurité supplémentaires. Cela ne les rend toutefois pas plus sûrs, car la puissance de leur réacteur a aussi été augmentée. Des réacteurs plus puissants constituent une menace plus importante; le réacteur du nouveau modèle de CN franco-allemand EPR contient cinq fois plus de radioactivité que les petits réacteurs de Beznau et Mühleberg .
Les installations nucléaires ne seront jamais assez sécurisées, comme le prouvent d'innombrables incidents, tels ceux qui se sont produits en été 2008 à Tricastin dans la vallée du Rhône. La technologie nucléaire est désespérément désuète, des améliorations apportées aux systèmes de sécurité n'y changeront rien.
Après environ 40 ans de service, les CN suisses de Mühleberg et Beznau font partie des plus vieux réacteurs du monde encore en service. La question n'est pas de savoir si une catastrophe du type de Tchernobyl se produira à nouveau, mais quand elle se produira. Si une catastrophe similaire se produisait en Suisse, notre pays cesserait d'exister dans la forme que nous lui connaissons.
Greenpeace affirme que la responsabilité civile des exploitants de CN ne couvre d'éventuels dégâts que jusqu'à concurrence d'un milliard de francs suisses. Mais je viens d'apprendre que cette somme a été portée à 1.8 milliard. Qu'en est-il réellement?
Jusqu'à présent, la Loi fédérale sur la responsabilité civile en matière nucléaire (LRCN) limitait la couverture obligatoire des exploitants de CN à seulement un milliard de francs. Le Pool suisse de l'assurance des risques nucléaires (Pool) a en outre limité la couverture des actes terroristes contre les CN à 500 millions de francs.
La nouvelle loi prévoit que la Confédération couvre 0.8 milliard supplémentaire avec un fonds auxquels les exploitants de centrales doivent contribuer. Mais fin 2007, il n'y avait encore que 0.386 milliard de francs dans ce fonds.
Par conséquent, il faudrait couvrir les dégâts éventuels en majeure partie avec l'argent des impôts. Maintenant que la Suisse a adhéré à un accord international de responsabilité civile en matière nucléaire, elle pourrait en recevoir 0.45 milliard de francs supplémentaires pour couvrir des dégâts nucléaires.
Ce qui ferait donc au maximum 2.25 milliards de francs. Une somme ridicule si l'on tient compte du fait qu'une catastrophe nucléaire peut provoquer des dégâts de 4'000 à 6'000 milliards de francs.
Le problème du stockage final est techniquement résolu. Même le Conseil fédéral le dit. Pourquoi donc toute cette agitation autour des déchets radioactifs?
Il n'existe actuellement aucun site de stockage final pour déchets radioactifs, malgré des dizaines d'années de recherche et des milliards d'investissements.
Le certificat d'élimination de la Nagra (Nationale Genossenschaft für die Lagerung radioaktiver Abfälle, en français Société coopérative nationale pour le stockage des déchets radioactifs, autrefois Cedra) que le Conseil fédéral a approuvé est un tigre de papier qui montre la complaisance du gouvernement envers l'industrie électrique.
Les déchets radioactifs le restent pendant des centaines de milliers d'années. Aucun scientifique ne peut sérieusement affirmer savoir ce qui se passera sur notre planète durant une période si longue, aussi bien d'un point de vue géologique que sociétal ou politique. Les déchets radioactifs sont et resteront une bombe à retardement, pour des milliers de générations à venir.
Si l'enfouissement des déchets radioactifs ne convient pas, quelles solutions Greenpeace propose-t-elle?
Etant donné qu'il n'y aura jamais de site de stockage sûr à long terme, la seule chose à faire dans l'immédiat, c'est de limiter les dégâts. Il faut donc commencer par renoncer à l'énergie atomique pour ne pas produire encore plus de déchets radioactifs. Et chercher ensuite des solutions qui permettront aux générations futures de gérer les déchets comme elles le souhaitent, selon les connaissances les plus récentes.
Les sites de stockage final doivent donc être construits de façon à ce que les déchets radioactifs puissent en être ressortis si les générations futures trouvent de meilleures solutions.
Comment puis-je réduire ma consommation d'énergie de deux tiers sans perte de confort et de qualité de vie?
La société à 2'000 watts peut devenir réalité sans perte de confort ou de qualité de vie en utilisant les meilleures technologies, autrement dit les plus efficaces, dans tous les domaines: chauffage, éclairage, appareils, machines, etc. Le potentiel d'économie est énorme et votre consommation d'énergie baisse d'elle-même sans vous déranger le moins du monde. Un réfrigérateur qui consomme la moitié de courant réfrigère tout aussi bien qu'un appareil plus ancien; un chauffage central à pellets ou alimenté par une pompe à chaleur rend votre appartement aussi confortable qu'un chauffage électrique, au gaz ou au mazout.
Le but à long terme est que seuls des appareils, des éclairages et des machines économes soient disponibles sur le marché. Jusqu'à ce qu'il en soit ainsi, vous pouvez déjà réduire nettement votre consommation d'énergie en prenant de bonnes décisions qui vous permettront même d'économiser de l'argent.
Vous recommandez de tirer la prise des appareils munis d'une veilleuse, mais cela perturbe les préréglages et l'horloge de mon lecteur/enregistreur de DVD. Que dois-je faire?
Tirer la prise d'appareils dont les fonctions (horloge, préréglages) ne sont pas assurées sans mode veille n'est effectivement pas une alternative. Mais de nombreux appareils ont un mode veille inutile et peuvent être débranchés sans problèmes. A l'avenir, veillez toutefois à acheter des appareils sans veille ou, au minimum, avec une veille basse consommation (moins d'un watt).
Greenpeace recommande de n'acheter que les meilleurs appareils, présentant la meilleure efficacité énergétique. Pouvez-vous me dire comment je peux me permettre ça?
Les appareils qui présentent la meilleure efficacité énergétique sont effectivement souvent un peu plus chers que les autres. Mais ça ne vaut que pour le prix d'achat! Une fois l'appareil acheté et mis en service, votre facture d'électricité baisse du fait d'une moindre consommation de courant. Après un certain temps, vous aurez donc équilibré le prix d'achat un peu plus élevé et économiserez même de l'argent.
Je suis locataire et n'ai aucune influence sur la façon dont notre appartement est chauffé. Avez-vous des conseils sur la façon de convaincre mon propriétaire de rénover notre chauffage?
Parlez-lui! Essayez de lui faire comprendre les avantages d'un changement de chauffage. C'est évidemment plus simple si une rénovation complète ou partielle est déjà prévue et si vous parvenez à convaincre d'autres locataires de l'intérêt de votre proposition, et qu'ils la soutiennent.