Le monde vu d'en haut

"D'EN HAUT" vous emmène dans les endroits les plus beaux et en même temps les plus menacés du monde - et vous permet de voir notre planète d'un point de vue complètement différent. Voici les photos et les histoires du calendrier de Greenpeace 2019.

 

Expédition Arctique, 2011

Deux chercheurs examinent l’épaisseur de la glace dans l’Arctique. Ils font partie d’une expédition du navire Arctic Sunrise de Greenpeace, qui étudie les effets du réchauffement climatique dans la région autour du pôle Nord. En effet, l’Arctique est la région du monde où les températures augmentent le plus rapidement.

Grande image: le phénomène du «finger rafting» en Arctique. Il se produit lorsque le vent rassemble de minces couches de glace.

Expédition Antarctique, 2018

Greenpeace recueille des données en Antarctique et prélève des échantillons de plastique dans les couches de neige de la mer de Weddell adjacente. L’objectif de notre campagne est de créer une aire protégée de 1,8 million de km² dans la région du pôle Sud.

Grande image: des manchots Adélie en Antarctique. Ces excellents plongeurs se nourrissent principalement de krill, ces crevettes minuscules victimes de la surpêche.

Manifestation contre une plate-forme de forage en Louisiane, 2010

Un biologiste marin de Greenpeace et une militante s’engagent contre les plate-formes de forage sur la côte du South Pass. On trouve du pétrole brut qui a été rejeté jusqu’à la côte après l’explosion de la plate-forme pétrolière de Deepwater Horizon le 20 avril 2010. Au total, 780 millions de litres ont été déversés dans la mer.

Grande image: une nappe de pétrole brut dans le golfe du Mexique. La pollution causée par le déversement de pétrole a un effet catastrophique sur la flore et la faune marine et sur les activités économiques qui en dépendent.

Tour du bassin du Congo en bateau, 2017

La forêt du bassin du Congo joue un rôle fondamental dans la régulation du climat. Son déboisement met en danger la nature, les hommes et le climat. Le navire Esperanza de Greenpeace fait escale au Congo dans le cadre de sa tournée en Afrique centrale pour documenter l’abattage de bois perpétré par la trentaine de sociétés forestières internationales actives dans la région.

Grande image: un radeau flotte dans la forêt du bassin du Congo. C’est l’une des plus grandes forêts tropicales de la planète.

Protestation contre une installation de forage à Adélaïde, 2018

Des membres de Greenpeace protestent à Adélaïde contre le projet de forage de Statoil dans la Grande Baie australienne. La baie est l’une des dernières grandes réserves de gaz naturel. Elle est également un lieu de naissance et d’alimentation important pour les baleines, qui est gravement menacé par le forage pétrolier.

Grande image: la Grande Baie australienne. 85% de la vie marine qu’on y trouve n’existe dans aucune autre eau du monde.

Protestation contre le barrage Belo Monte à Brasília, 2010

Des militants de Greenpeace protestent le 20 avril 2010 contre la construction du barrage hydroélectrique de Belo Monte au Brésil. Entre-temps, Belo Monte a été construit, détruisant l’habitat des population autochtones et les écosystèmes de l’Amazonie.

Grande image: le Rio Tapajós au Brésil. L’affluent de l’Amazone a également été menacé par une centrale hydroélectrique et sa construction a été empêchée en 2016, entre autres grâce au travail de Greenpeace.

Excursion en bateau à Pomio, 2011

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, le gouvernement enlève des terres aux propriétaires légitimes. Elle loue illégalement une grande partie de la forêt restante à des sociétés transnationales. L’équipage du navire Esperanza de Greenpeace et les agriculteurs locaux protestent contre le vol des terres et le déboisement.

Grande image: les forêts de Papouasie-Nouvelle-Guinée sont parmi les trois plus grandes et les plus diversifiées du monde.

Réunion de village à Mngeta, 2015

Greenpeace rencontre en Tanzanie la population vivant autour de la plantation de riz de 5000 hectares de la société tanzanienne KPL. Les agriculteurs locaux collaborent dans une sorte de modèle de sous-traitance avec la KPL. Depuis, de nombreux habitants se sont retrouvés dans une situation financière plus difficile qu’auparavant.

Grande image: la Tanzanie, un pays avec un grand potentiel pour la culture du riz.

Collecte de données en Amazonie, 2018

L’Esperanza, navire de la flotte de Greenpeace, entre dans l’Amazone au Brésil pour recueillir des données scientifiques sur le récif corallien. Il s’agit de l’un des plus grands du monde avec une longueur de 970 km et une superficie d’environ 9500 km². Les compagnies pétrolières internationales veulent forer dans la région, ce qui est dangereux pour l’écosystème.

Grande image: l’Amazone au Brésil. Le long des 6992 km de ce fleuve vivent d’innombrables populations autochtones, dont l’habitat est menacé par l’exploitation pétrolière.

Action à Barrios de Luna, 2017

La région de Castille-et-Léon en Espagne est marquée par une période de sécheresse, qui s’explique par la mauvaise gestion de l’eau. Des militants Greenpeace attirent l’attention sur la situation avec une bannière de 1500 m² sur le pont du réservoir Barrio de Luna.

Grande image: le Parc national de Doñana en Andalousie. Outre cette réserve naturelle, de nombreuses autres régions sont touchées par la sécheresse.

Recherches au Groenland, 2009

L’Arctic Sunrise de Greenpeace et son équipage sont au Groenland pour démontrer l’impact du réchauffement climatique sur les glaciers Petermann et Humboldt. Des échantillons prélevés sur d’autres glaciers du Groenland montrent des traces de plomb et de cadmium, qui accélèrent la fonte des glaciers.

Grande image: une banquise au Groenland. La cryoconite noire (de la poussière minérale et de la suie) absorbe la chaleur et fait fondre la glace au Groenland plus rapidement.

Récolte de données dans l’océan Arctique, 2012

Greenpeace mesure les couches de glace de l’océan Arctique pour attirer l’attention sur les conséquences du réchauffement climatique dans la région du pôle Nord. Depuis le début des mesures en 1979, la banquise est aujourd’hui au niveau le plus mince jamais atteint. Sans protection du climat, il y aura des étés sans glace dans l’Arctique au cours de la prochaine décennie.

Grande image: des champs de glace dans l’Arctique. La région arctique est un organe vital pour la planète, car elle refroidit l’atmosphère terrestre et régule le système météorologique.

 

Piero Good est un artiste et photographe indépendant. La nature et l'environnement jouent un rôle central dans ses projets artistiques. Son intérêt réside dans la compréhension des circonstances données afin de pouvoir enfin interagir. Il est co-fondateur du magazine de photographie Pirlo.
Danielle Müller a étudié le journalisme et la communication d'entreprise à Berlin et s'intéresse actuellement à Greenpeace. La Bâloise de 27 ans est toujours sur la selle de son vélo de course et ne dit jamais non à un bon documentaire environnemental sur Netflix.


La croisière méditerranéenne la plus durable de tous les temps

Cet été, le Rainbow Warrior, navire amiral de Greenpeace, a sillonné la Méditerranée pour s’arrêter sur des destinations touristiques appréciées, comme Majorque, Dubrovnik ou l’île de Zante. Pas pour faire des excursions, des fêtes sur le sable ou de la baignade. Le but était de sensibiliser le public, de nettoyer les plages et de communiquer des constats scientifiques pour dire: «Stop au plastique dans les océans».

Au Liban, des bénévoles obt formé une bannière humaine à Raouché, à Beyrouth, une corniche pollué par d'énormes quantités de plastique.

En principe les croisières ne sont pas recommandées, écologiquement parlant, et aussi en raison des masses de touristes déversées dans les plus beaux coins du monde, parfois au détriment des habitants des lieux. Mais un voyage en Méditerranée peut avoir du bon: le Rainbow Warrior, le deux-mâts de Greenpeace, laisse derrière lui des plages propres et des êtres humains bien informés.

La croisière méditerranéenne probablement la plus durable du monde a commencé début juin à Valence, en Espagne. Elle s’est terminée mi-août au-delà du Bosphore, à Varna, en mer Noire. La durabilité du voyage découle du mode de propulsion du Rainbow Warrior, principalement basé sur le vent et l’électricité, mais aussi et surtout de la mission accomplie: attirer l’attention sur le grave problème du plastique dans la mer et proposer des solutions.

 

13 millions de tonnes de plastique

Le plastique, c’est pratique: il est malléable, facile à fabriquer, résistant à l’usure. Mais ses avantages en font aussi un gigantesque problème. Les sachets, emballages et bouteilles en plastique qui se retrouvent dans l’environnement ne disparaissent pas. La dégradation du plastique peut prendre des milliers d’années. Les débris de plastique jetés dans la mer nuisent surtout aux organismes marins, qui les confondent avec leur nourriture et meurent étouffés par les détritus. Les poissons, en particulier, sont également affectés par les substances toxiques présentes sur les microplastiques qu’ils absorbent. En mangeant du poisson, nous retrouvons sur nos assiettes les déchets abandonnés sur les plages.

Les scientifiques estiment que les océans reçoivent ainsi près de 13 millions de tonnes de plastique par année. Durant son expédition en Méditerranée, le Rainbow Warrior a multiplié les actions pour dénoncer le problème du plastique et proposer des solutions: avec des photos de bouteilles en plastique géantes, lors de journées portes ouvertes sur le bateau, par des entretiens avec des responsables politiques ou des représentants de la grande distribution. En outre, les résultats d’analyse des poissons et des échantillons d’eau prélevés au cours du voyage donneront certainement lieu à des conclusions révélatrices.

 

Stop au plastique dans les océans!

L’équipe du Rainbow Warrior a fourni un sérieux travail d’information, de communication et d’entretiens. Environ 20 000 personnes issues des populations locales ont saisi l’occasion de visiter le bateau de Greenpeace. Et certaines ont commencé à réduire leur consommation de plastique en fabriquant leur propre cabas dans le cadre d’un atelier proposé à bord ou en se procurant des gobelets à café réutilisables. La diffusion de notre message à travers les médias a également touché un grand nombre de personnes. En témoigne le bureau de Greenpeace Espagne, qui a recensé plus de 600 articles et émissions dans les journaux, à la radio ou à la télévision.

Les pourparlers avec des décideurs ont, eux aussi, donné lieu à de premiers succès: le débat sur la réduction du plastique jetable est maintenant bien présent dans les milieux politiques européens. La lutte contre la marée de plastique prend de l’ampleur et s’étend bien au-delà de la Méditerranée. Les bureaux Greenpeace ont ainsi lancé des campagnes contre le plastique en République tchèque, en Nouvelle-Zélande, en Asie de l’Est et dans beaucoup d’autres pays et régions.

 

Avec plus de 700 kilos par personne, année après année, la Suisse produit bien trop de déchets. Dans le monde, seuls le Danemark et les États-Unis nous dépassent. Les emballages à usage unique constituent environ un tiers de ces déchets. C’est la raison pour laquelle notre vision zéro déchet prime sur le recyclage.

Philippines, 11 mai 2017, baleine en plastique échouée: cette réplique de baleine sur la plage de Naic à Cavite, au sud de Manille, vise à illustrer la cause de la mort de nombreuses baleines: les déchets plastiques.

Sus aux plastiques!

Partout dans le monde, des particuliers et des organisations, dont Greenpeace, se sont attaqués à ce problème. Lors d’opérations de nettoyage sur les plages et en mer, ils attirent notamment l’attention sur nos habitudes de consommation. De nouvelles start-up zéro déchet épaulent les populations et les sensibilisent en les amenant à questionner leur propre comportement. Une évaluation des déchets récoltés a montré que des multinationales comme Unilever, Coca-Cola, Pepsi et Nestlé sont les principaux responsables de cette pollution plastique.

 

Campagne contre le plastique en suisse

Au cours de l’été 2018, dans un souci de transparence, Greenpeace a interrogé les plus gros détaillants de Suisse sur leur utilisation de plastiques et d’emballages. Le résultat est décourageant: aucun d’entre eux n’a voulu dévoiler sa consommation. C’est pourquoi nous avons décidé de mener nous-mêmes l’enquête en prenant comme exemple un des produits alimentaires les plus populaires de Suisse: la tomate. L’index tomate montre combien de grammes de plastique les grands distributeurs gaspillent pour emballer un kilo de leur fruit préféré.

Texte de Thomas Mäder

 

Soutenez, vous aussi, ce mouvement mondial et engagez-vous sur

www.breakfreefromplastic.org

 

Ce que vous pouvez faire
Rethink - Notre vision zéro déchets nécessite un changement de manière de voir et une consommation attentive de la part de tous.
Reduce - Nous devons éviter tout ce qui est inutile.
Reuse - Pour les autres emballages, nous misons sur leur réutilisation.
Recycle - Nous recyclons ces emballages à la fin de leur vie.
Replace - Naturellement, nous privilégions aussi les matériaux les plus écologiques.


Des noms, pas des numéros

Les animaux doivent avoir des droits fondamentaux, tels que le droit à l’intégrité, à la liberté et à la vie. Les refuges pour animaux nous donnent une idée de ce que pourrait être une société équitable, partagée entre les humains et les animaux.

«Lucy est née en 2010. Elle a toujours été très éveillée, impertinente, sauvage.» Samar Grandjean raconte volontiers des anecdotes savoureuses, parfois consternantes, mais aussi merveilleuses, sur les animaux de son Arche de Samar près de Berne. Ici, on ne leur demande pas de servir à quelque chose; il n’y a pas d’abattoir. Ils ont le droit de vivre, tout simplement. Et ils ne portent pas de numéro, mais ont un nom: Ami, Mimi, Boubou et, justement, Lucy.

 

Plus les animaux nous sont proches, plus nous voyons en eux des individus, des personnalités, des compagnons.

En Suisse, il existe une douzaine de refuges de ce genre. Bon nombre de ces animaux proviennent des élevages en batterie. Les rescapés sont représentatifs des nombreux bovins de notre pays qui restent à l’étable 275 jours par an, attachés à la mangeoire, et qui n’ont rien d’autre à faire que de manger, s’allonger, se lever... Ou de tous les porcs qui végètent, jour après jour, sur les «caillebotis» en béton, sans litière et sans jamais sortir à l’air libre. Toutes ces pratiques sont tolérées par la loi fédérale sur la protection des animaux, pourtant censée être l’une des plus contraignantes au monde. Une idée née du mouvement de défense des droits de l’animal Il n’en va pas seulement des animaux, déclare Sarah Heiligtag, du refuge Hof Narr à Hinteregg, dans le canton de Zurich, mais d’une approche durable de la nature et du respect inconditionnel de l’être humain et de l’animal. Sarah Heiligtag se considère comme membre d’un mouvement Les animaux doivent avoir des droits fondamentaux, tels que le droit à l’intégrité, à la liberté et à la vie. Les refuges pour animaux nous donnent une idée de ce que pourrait être une société équitable, partagée entre les humains et les animaux.

social qui prône les droits de l’animal: «Nous devons amener les gens à remettre en question le système d’exploitation actuel.» Comment le faire dans une société qui, comme la nôtre, protège la dignité de l’animal, mais permet en même temps d’abattre deux animaux par seconde? Pour les universitaires canadiens Sue Donaldson et Will Kymlicka, on n’y arrivera qu’en étendant aux animaux les principes fondamentaux de la justice sociale. Dans leur livre au titre révélateur, Zoopolis, ils ont proposé de conférer une sorte de citoyenneté aux animaux domestiqués. Cela impliquerait surtout de les reconnaître dans leur individualité et de les laisser participer à notre vie.

La dignité du porc est un point sensible: tous ne bénéficient pas de conditions aussi optimales que celui-ci. 40% des porcs à l’engrais ne quittent l’étable que le jour de leur abattage.

Pour Donaldson et Kymlicka, les refuges sont actuellement les lieux les plus appropriés pour mettre en oeuvre leur idée d’une zoopolis. Le refuge Tante Martha est très proche de cet idéal. Quelque deux cents animaux vivent aujourd’hui dans cette ferme de Romont, où l’on élevait jadis des cerfs. Seuls le vaste domaine et la forêt sont entourés d’une clôture. Sinon, les animaux entrent et sortent à leur gré.

Chaque animal a sa propre vie, sa propre histoire. Comme Bertrand le Beau, un des habitants du refuge Hof Narr, qui garde les poules.

De nombreux animaux se partagent l’étable – moutons, poules, bovins et alpagas – et il n’est pas rare que, là où des gens séjournent, on trouve aussi des animaux, et vice versa. L’élevage industriel, source de tous les maux pour le mouvement de défense des droits de l’animal comme pour les responsables de nombreux refuges, les programmes d’élevage industriel sont à l’origine de l’exploitation éhontée des animaux de rente et c’est à cette forme d’élevage qu’il faut mettre un terme. «S’il n’y avait Plus les animaux nous sont proches, plus nous voyons en eux des individus, des personnalités, des compagnons. pas d’élevage intensif, ni d’abattoirs, on n’aurait plus besoin de ces refuges», explique Samar Grandjean. Sarah Heiligtag est du même avis: «Nous devons cesser de produire des animaux de rente surperformants.» Et de fait, la société actuelle commence tout juste à réfléchir aux moyens de réintégrer les animaux en son sein. Non pas comme des objets que l’on utilise pour ses propres besoins, mais comme des membres à part entière d’une société mixte.

 

KLAUS PETRUS a enseigné la philosophie à l’Université de Berne jusqu’en 2012. Depuis, il travaille comme photographe et journaliste indépendant. Ses photos et ses articles traitent de la protection des animaux, des mouvements de contestation et des troubles sociaux. Co-auteur du livre "Darf Mensch Tiere nutzen?"

 

Greenpeace Suisse soutient l’initiative contre l’élevage intensif en Suisse par Philippe Schenkel, responsable de la campagne Agriculture de Greenpeace Suisse «Globalement, l’élevage d’animaux de rente est responsable de plus de 14% des émissions de gaz à effet de serre. Il est la principale cause de la déforestation tropicale et des zones mortes dans les mers du globe. En Suisse, l’élevage intensif, avec ses fourrages importés, conduit à une acidification des sols. Notre avenir réside dans un élevage adapté au site, dans lequel on n’élèvera pas plus d’animaux que les ressources locales ne le permettent. Cela doit aller de pair avec une réduction de la consommation de viande. Il y aura davantage d’espace naturel, ce qui permettra aux animaux de vivre mieux et sera bénéfique pour notre santé.» Pour des informations détaillées, voir la campagne Moins mais mieux de Greenpeace.


Disparition des glaciers suisses, tout a commencé il y a 160 ans

Même si, dès demain, les humains cessent de produire du gaz à effet de serre, la plupart des glaciers sont condamnés à disparaître – visualisation d’un phénomène irréversible.

 

Cet article est publié avec l’autorisation du Tages-Anzeiger et de ses auteurs, Mathias Lutz et Marc Brupbacher.

 

Les glaciers suisses ont atteint leur extension maximale durant le Petit âge glaciaire, aux alentours de 1850. Leur surface totale était alors de 1735 km² – la taille du canton de Zurich. Aujourd’hui, il n’en reste plus que 890 km². En l’espace de 166 ans, la moitié de la surface des glaciers de Suisse a fondu.

L’épaisseur de la glace a également diminué de façon spectaculaire. Matthias Huss, de l’EPF de Zurich / Université de Fribourg, estime qu’en 1850, le volume de glace atteignait environ
130 km³ – en 2016, il n’était plus que de 54 km³, soit presque 60% de moins. «On ne peut plus sauver les glaciers suisses», déclare le glaciologue. Malgré les efforts considérables entrepris pour réduire les émissions de CO2, 80 à 90% des masses glaciaires auront disparu d’ici 2100. «Le ralentissement du réchauffement climatique arrivera trop tard», conclut-il. Pour Samuel Nussbaumer, du World Glacier Monitoring Service de l’Université de Zurich, la situation est sans issue: «J’espère seulement que nous pourrons conserver les glaciers les plus élevés des Alpes, ou tout au moins des fragments.»

 

Régression dramatique des glaciers suisses depuis 1850

Les transformations des cinq plus grands glaciers suisses depuis 1850

En 1973, la Suisse comptait 2150 glaciers; aujourd’hui, il n’y en a plus guère que 1400. En
45 ans, 750 glaciers ont donc disparu. La plupart d’entre eux étaient de petite taille et n’avaient même pas de nom. Il est particulièrement regrettable que tous les glaciers du Parc national suisse aient déjà complètement fondu. En 1973, on en recensait encore une bonne douzaine – seul le Vadret da Nuna avait un nom.

Trois exemples de glaciers ayant déjà fondu en Suisse.

Depuis le début des relevés, la fonte des glaciers n’avait encore jamais été aussi forte que ces dernières années. La plus longue série de mesures de la fonte d’un glacier enregistrée dans le monde – sur 102 ans –, celle du Claridenfirn dans le canton de Glaris, en témoigne: des huit années de fonte les plus extrêmes, six ont eu lieu après 2008. En 2016, les glaciers ont perdu presque 1 km³ de volume, soit environ 900 milliards de litres d’eau. Actuellement (état en 2017), l’épaisseur de la glace diminue en moyenne d’à peu près un mètre par an – soit 1% de sa surface. Globalement, de 2001 à 2010, les glaciers ont fondu en moyenne deux à trois fois plus rapidement qu’au XXe siècle.

C’est en Valais que les glaciers sont les plus grands – ils s’étendent jusque dans les vallées, et nous sont donc plus proches. La fonte des glaces y est manifeste, comme au glacier du Rhône ou à celui d’Aletsch. C’est aussi le cas du glacier de Morterat dans les Grisons, ou de celui de Grindelwald/BE, qui atteignait encore le village il y a 160 ans. Le glacier de Trift/BE s’est réduit de deux kilomètres entre 2000 et 2015. Quant à leur superficie totale, les grands glaciers ont diminué deux à trois fois moins rapidement que les plus petits. Ces derniers ont perdu presque 90% de leur surface depuis 1850, contre «seulement» 15 à 40% pour les plus grands.

Des températures trop élevées en été

En été, les glaciers fondent toujours dans leur partie inférieure. Depuis à peu près 1850, ils ont perdu toutefois de leur masse. A l’époque, le Petit âge glaciaire était encore à son apogée. Le phénomène de fonte accrue s’explique par une hausse très nette des températures. La raréfaction des chutes de neige et le rayonnement solaire accéléreront en outre sa rapidité. Mais elle est surtout due aux températures enregistrées en été. Les glaciers comptent parmi les meilleurs indicateurs naturels du climat et sont un élément clé pour le monitoring des changements climatiques.

Une comparaison: le glacier du Rhône en 2010 et en 2018 (© www.GletscherVergleiche.ch)

Il y a 20 000 ans, la Suisse était pratiquement couverte de glace. Depuis des millions d’années déjà, les glaciers reculent ou avancent, même sans intervention humaine. Ce qui est toutefois anormal, c’est l’incroyable accélération du réchauffement de l’atmosphère, et donc du recul des glaciers, au cours des 150 dernières années. La hausse des températures dépasse de très loin tout ce que l’on sait de l’histoire de la planète. Or, elle est en corrélation avec les émissions de CO2 dans l’atmosphère, qui se sont considérablement accrues à cause de la combustion d’énergies fossiles. Les humains sont responsables du recul massif des glaciers.

D’ici 2100, presque tous les glaciers de Suisse auront disparu. Celui d’Aletsch existera, certes, encore, mais il n’en restera plus que de petits fragments en altitude. Malheureusement, même en envisageant les scénarios les plus favorables en cas de réduction importante des gaz à effet de serre, la plupart des glaciers suisses ne pourront être sauvés: 4 sur 5 disparaîtront, même si dès demain, ces émissions cessaient. Si les températures estivales augmentent de 5 degrés en Suisse, les Alpes auront perdu pratiquement tous leurs glaciers à la fin du XXIe siècle. Les climatologues partent du principe que, si l’on ne réussit pas à enrayer la hausse des gaz à effet de serre, comparées à la période préindustrielle, les températures augmenteront de 3 à 5 degrés en moyenne annuelle. «Naturellement, j’espère qu’on arrivera à réduire ces émissions de telle sorte qu’on puisse conserver au moins 20% des glaciers», fait observer Matthias Huss.

Mesures prises contre la fonte des glaciers

Sur le Titlis ou le glacier du Rhône, on recouvre la glace avec des bâches en textile non tissé afin d’atténuer le rayonnement solaire. En Engadine, on songe à enneiger artificiellement les glaciers. De telles mesures sont, certes, efficaces et judicieuses sur le plan local. Elles permettent de limiter le recul d’une petite surface, mais jamais d’un glacier tout entier. Et les coûts qu’elles engendrent dépassent de loin les avantages.

Les conséquences de la fonte des glaciers sont déjà perceptibles dans maints domaines. Les glaciers sont des attractions touristiques et des facteurs d’identification importants pour la Suisse. S’ils disparaissent, elle devra se présenter sous d’autres atours. Nos Alpes resteront belles, même avec moins de glace, mais différentes.
Les glaciers emmagasinent de l’eau en hiver et la restituent en été. De plus, ils la stockent lors des années froides et humides, et la libèrent lors des étés secs et chauds. Ils jouent ainsi un rôle crucial dans la régularisation des débits d’eau. Sans glacier, cette fonction n’existe plus. Cela aura des répercussions sur la disponibilité en eau dans les régions alpines, mais aussi au-delà, car les grands fleuves d’Europe ont leurs sources dans les Alpes et sont largement alimentés par les glaciers en été.
Avec la Stratégie énergétique 2050, la Suisse compte miser sur l’énergie hydraulique. Presque tous les lacs de retenue sont alimentés par les glaciers. A l’avenir, ils seront également remplis, toutefois l’eau s’écoulera à d’autres moments de l’année. Lorsque les glaciers reculent, le paysage se transforme. Cela peut conduire à des problèmes de stabilité des pentes. De nouveaux lacs se formeront, mais ils peuvent toutefois se rompre, surtout quand la glace s’y accumule.
On s’attend à ce que le niveau de la mer augmente de 0,3 à 1 mètre d’ici 2100. La fonte des glaciers contribue fortement à cette hausse. L’élévation du niveau des mers ne concerne pas directement la Suisse, mais elle générera des millions de réfugiés climatiques.
Des déclarations telles que «Les glaciers norvégiens progressent» ne sont plus à l’ordre du jour. Cette brève phase de croissance s’est terminée il y a quelques années. Ces glaciers dépendent très fortement de l’humidité qui vient de l’océan. Celle-ci avait augmenté à court terme en raison d’un changement de la circulation des masses d’air. Mais cette période est révolue, et, à long terme, les glaciers ont à nouveau tendance à reculer. Ce recul est un problème mondial. Il existe environ 200 000 glaciers sur la planète. Leur surface totale est de 730 000 kilomètres carrés – soit la taille de l’Allemagne, de la Pologne et de la Suisse réunies. Sans oublier les deux calottes glaciaires au Groenland et dans l’Antarctique, qui, ensemble, sont aussi grandes que la Russie. Or, 70% de l’eau douce est stockée dans la glace...

 

Mathias Lutz et Marc Brupbacher font partie de l’équipe interactive du Tages-Anzeiger à Zurich. Cette comparaison entre les glaciers suisses leur a été inspirée par un article du New York Times intitulé «Mapping 50 years of Melting Ice in Glacier National Park».

La version originale de l’article ci-dessus et des graphiques supplémentaires sont disponibles ici, sur le site web du Tages-Anzeiger.

Vous aimeriez faire quelque chose contre la fonte des glaciers en Suisse? Soutenez notre Initiative pour les glaciers !


« La plupart des gens ne se sentent pas vraiment concernés par le changement climatique »

Les glaciers suisses sont en train de disparaître. Selon les dernières prévisions, dans 80 ans, presque tous auront fondu. Pourquoi ne nous sentons-nous pas vraiment concernés ? Entretien avec le psychologue Adrian Brügger sur les raisons de notre indifférence.

Propos recueillis par Sarah Herwig.

 

Photos comparatives de la Diavolezza, avec les glaciers Pers et Morteratsch, dans les Grisons. (© Société pour la recherche écologique/Greenpeace)

 

Dans 80 ans, il n’y aura presque plus de glaciers en Suisse. Pourquoi ces prévisions ne font-elles pas réagir ?

80 ans, c’est une période relativement longue. Et pour la plupart des personnes, en Suisse comme dans d’autres pays, le problème du climat n’est pas encore une réalité quotidienne.

Quelles sont les raisons de cette situation ?

Les raisons sont notamment les objectifs et les valeurs des gens. Le changement climatique est surtout présenté comme une menace pour la nature et les générations futures.

Cela touche donc les gens qui attachent une grande importance à l’équité, à la justice sociale ou à l’égalité. Pour les personnes ayant d’autres valeurs ou objectifs, le climat est probablement moins important. Je pense à des valeurs comme la liberté personnelle, le développement individuel, le succès et les richesses matérielles.

Quand on évoque l’impact du réchauffement climatique, on parle souvent de pays lointains. Or la disparition des glaciers en Suisse est très concrète et réelle. Est-ce que cela change la perception du changement climatique ?

 

Selon nos propres résultats et d’autres travaux de recherche, ce n’est pas le cas. Nous avons mené plusieurs expériences, en présentant aux personnes des informations sur le changement climatique, soit concernant la Suisse, soit concernant l’étranger.

Nous leur avons ensuite demandé comment elles évaluaient les risques liés au changement climatique. Et si elles étaient prêtes à changer quoi que ce soit dans leur vie quotidienne, ou à soutenir des lois de protection du climat. Nos enquêtes ne constatent aucune différence.

Comment expliquer ces résultats ?

Il y a plusieurs explications possibles. Premièrement, les personnes vivant en Suisse ne se sentent pas forcément plus liées à la Suisse qu’à d’autres pays. Et tout le monde n’est pas passionné par les glaciers. Pour une bonne partie de la population, c’est une réalité lointaine. Au quotidien, on n’est pas forcément confronté aux glaciers.

La deuxième raison serait que ceux qui se soucient du climat se préoccupent du bien-être d’autrui. Ils pensent aux populations d’autres pays, où les conséquences sont souvent plus dramatiques. Nous sommes un pays riche et avons une infrastructure fonctionnelle. Par conséquent, notre capacité de nous adapter aux changements est meilleure.

Dernière explication possible : le changement climatique en Suisse pourrait être perçu comme une menace tellement grave que les gens préfèrent ne pas y penser. Personnellement, cette explication ne me semble pas particulièrement solide. Car la plupart des personnes interrogées ne se sentent pas vraiment concernées par le changement climatique.

D’autres pays, notamment l’Autriche, voient également leurs glaciers fondre de manière dramatique. (© Société pour la recherche écologique/Greenpeace)

 

Les nouvelles concernant l’impact négatif du changement climatique devraient inciter les individus à agir. Pourquoi est-il si difficile de passer de la parole aux actes ?

Savoir n’est pas encore agir. Il faut une raison pour décider de s’impliquer personnellement dans la protection du climat. Et cela nous ramène aux valeurs. Le fait que le climat détruise la nature ou les glaciers ne signifie pas la même chose pour tous.

 

La version originale de l’entretien (en allemand) est disponible sur :                                                                                                                                                                                                   https://www.srf.ch/kultur/gesellschaft-religion/warum-uns-das-verschwinden-der-gletscher-kalt-laesst

Si vous voulez vous engager en faveur des glaciers suisses, soutennez notre initiative pour les glaciers !

 

Adrian Brügger est enseignant et chercheur dans le domaine des comportements durables à l’Université de Berne. Il publie régulièrement de nouveaux résultats de recherche, principalement dans le domaine de la psychologie environnementale.


Politique climatique suisse: le gouffre entre les intentions et les actes

En décembre 2017, lorsque la conseillère fédérale Doris Leuthard a présenté le message relatif à la révision de la loi sur le CO2, un document destiné aux médias contenait un exemple typique d’infographie euphémisante: cinq petites Suisses dont la couleur était censée représenter, à cinq échéances différentes, les objectifs de réduction de CO2 à atteindre, et donc l’effort restant à accomplir. La Suisse de 2012, avec une réduction du niveau des émissions de 8%, était colorée à 92% en gris foncé. Celle de 2050 correspondait à l’objectif de réduction de 70 à 85%. Logiquement, entre 15 et 30% de la surface auraient dû être en gris foncé. Or seuls le Sottoceneri et l’extrême sud du Valais étaient colorés en gris, soit à peu près 5% de la surface.

J’ai retrouvé ce graphique en avril dans une brochure* dans laquelle l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) explique comment la Suisse compte mettre en oeuvre l’Accord de Paris sur le climat adopté en 2015. Mais, cette fois, environ 15% de la superficie de la Suisse en 2050 étaient colorés en gris foncé. Cette anecdote en dit long: l’OFEV doit expliquer la politique du Conseil fédéral et reprend donc un graphique du Conseil fédéral. Mais, ne pouvant en assumer complètement le contenu, il le corrige comme si de rien n’était. Après tout, des experts travaillent dans cet office; ils connaissent le sujet et savent de quoi il retourne. Le potentiel de réduction n’est pas épuisé «L’Accord de Paris marque le début d’une nouvelle ère: le 12 décembre 2015, la communauté internationale a dit oui à un monde sans énergies fossiles», écrit Christine Hofmann, directrice suppléante de l’OFEV, dans l’avant-propos de la brochure. Le message d’une vidéo de l’OFEV datant de fin 2017 est tout aussi clair: «Nous devons remettre en question notre approche et notre manière d’agir.» Or, et c’est là le dilemme, l’OFEV se doit, en tant qu’office fédéral, de défendre loyalement une politique et ne peut pas «remettre en question » l’approche suivie. C’est ainsi que la brochure contient également des phrases réconfortantes du style: «Toutefois, la large palette des véhicules compacts et efficaces sur le plan énergétique actuellement disponibles [autrement dit les automobiles] offre un potentiel de réduction des émissions colossal à un coût avantageux.»

L’OFEV est conscient que ce potentiel de réduction ne sera pas suffisant et que le secteur des transports dépendra par conséquent de projets de compensation à l’étranger. Mais, et l’OFEV le sait également, de tels projets n’existeront plus à un moment donné si l’Accord de Paris est réellement pris au sérieux, car aucun pays ne sera prêt à ce que ses réductions soient créditées à un autre pays pour de l’argent. Il y a incompatibilité entre ce que propose le Conseil fédéral et ce que devrait faire la Suisse en raison de l’Accord de Paris. Avant même la conférence de Paris sur le climat, le Conseil fédéral s’était fixé comme objectif de réduire les émissions de CO2 de moitié d’ici 2030 et de 70 à 85% d’ici 2050 – compensations à l’étranger incluses – dans l’espoir que le nouvel accord vise un réchauffement maximal de 2° C. Or l’accord préconise désormais un seuil «nettement en dessous» de 2 °C, si possible 1,5.

Lors des négociations, la Suisse a soutenu cet objectif plus ambitieux, mais le Conseil fédéral ne s’est pas senti obligé d’ajuster ses propres objectifs en conséquence. La brochure de l’OFEV cite à plusieurs reprises l’objectif de Paris – «nettement en dessous de 2° C» – pour évoquer dans la foulée «la limite des 2° C». Un chapitre est du reste intitulé «Au-delà de 2° C, nous allons droit dans le mur.» Lequel de ces deux objectifs poursuit- on en définitive? Un manque de volonté d’agir La brochure accorde beaucoup de place aux investissements dans des projets nuisibles au climat. À juste titre: les investissements effectués par les caisses de pension et les compagnies d’assurance suisses, peut-on y lire, «favorisent un scénario induisant un réchauffement climatique mondial compris de 4 à 6° C». Et que propose- t-on? «Le Conseil fédéral s’attend à ce que les acteurs du marché financier en Suisse participent davantage, et spontanément, à la réalisation des objectifs de l’Accord de Paris.»

La brochure de l’OFEV est un parfait exemple pour illustrer ce qui caractérise la politique de la Suisse sur le climat, à savoir le gouffre existant entre, d’une part, son ambition d’être à la pointe à l’échelle internationale, notamment en ce qui concerne le savoir requis et, d’autre part, le manque de volonté d’agir. La ministre de l’Environnement Doris Leuthard m’avait déjà parlé de ce problème avec une franchise qu’il convient de souligner lors du sommet de Paris, lorsque je lui avais demandé si la Suisse était désormais prête à orienter sa politique climatique vers l’objectif de 1,5° C. «Oh, vous savez, m’avait-elle répondu, nous serions déjà heureux d’être sur la voie des 2° C.» J’ai demandé à Christine Hofmann si mon impression d’être en présence d’une contradiction était fondée. Dans son courriel, la vice-directrice a reconnu que des termes comme «la limite des 2° C» étaient «une forte simplification de situations complexes». Pour une brochure destinée au grand public, une telle formulation serait toutefois «justifiable à l’heure actuelle».

Et en ce qui concerne la place financière, il n’y a «pas de contradiction», car la réglementation n’est «pas la seule réponse possible à un problème». La réponse de Christine Hofmann est très loin du langage clair de son avant-propos. Elle n’a pas répondu à ma question. Mais ne pas répondre est aussi une manière de répondre...

 

Marcel Hänggi est journaliste environnemental indépendant, auteur et co-responsable de l’initiative populaire www.protection-climat.ch www.mhaenggi.ch

Andy Fischli est illustrateur indépendant, dessinateur et directeur d’ateliers de bandes dessinées.


Actions de Greenpeace en faveur du climat

Le problème du climat est mondial et complexe. Les causes du changement climatique sont notamment les gaz à effet de serre, surtout le dioxyde de carbone résultant de la combustion des énergies fossiles telles que le charbon, le pétrole et le gaz. Chaque trajet en voiture ou en avion, la consommation de fuel et d’électricité, mais aussi le méthane provenant de l’élevage des bovins et la destruction des forêts anciennes, tout cela amplifie le phénomène. Devant un problème aussi complexe, la solution ne peut être que pluridimensionnelle. C’est la raison pour laquelle, dans son engagement pour la protection du climat, Greenpeace agit aussi bien sur le plan politique qu’auprès des multinationales, et naturellement de chaque individu.

 

Luxembourg, 20 janvier 2018 À l’occasion de la Journée internationale des pingouins, l’attention de la population de différentes villes a été attirée sur la disparition de l’espace vital de ces animaux.
Philippines, Tacloban, 1er mars 2018 Les habitants des Visayas orientales ont créé, en collaboration avec Greenpeace Asie du Sud-Est, la LIVErary, une bibliothèque humaine. Des conteurs, des danseurs et des experts y retransmettent leur savoir et leurs expériences en matière de justice climatique.
Norvège, 22 mars 2018 Manifestation contre la prospection pétrolière offshore de Statoil au large de la Norvège.
Thaïlande, Phuket, 9 juin 2018 L’expédition 2018 du Rainbow Warrior est placée sous le principe «100% d’énergies renouvelables pour tous». Sur la plage, les habitants ont pu visiter une exposition sur les effets du changement climatique.
Italie, Adriatique, 14 avril 2018 Action de Greenpeace contre les activités pétrolières et gazières sur les côtes italiennes.

 


Quand la vie bascule

Dans son projet à long terme Drowning World, le photographe Gideon Mendel capture une expérience humaine qui fait disparaître les frontières géographiques et culturelles. En remportant le Prix du jury du Greenpeace Photo Award 2016, il a pu ajouter de nouveaux chapitres de cette histoire aux États-Unis et en France.

 

João Pereira de Araújo, Taquari District,
Rio Branco, Brésil, mars 2015.

L’eau lui arrive jusqu’au cou, au sens propre du terme. Sa tête semble posée dessus, le menton appuyé sur le miroir de l’eau. Le reste du corps disparaît dans le liquide brunâtre. À l’arrière-plan, on peut voir la partie supérieure d’une porte ouverte: l’entrée de son ancienne demeure, dans un village du Brésil. Nous ne saurons jamais ce qui se cache derrière, sauf que c’est certainement sous l’eau. C’est un des portraits les plus impressionnants du projet photographique que Gideon Mendel réalise depuis plusieurs années sur le thème du «monde qui se noie» (Drowning World).

Depuis 2007, il se rend partout où le niveau de l’eau s’élève soudainement. Dès qu’il entend parler d’inondations, il se demande automatiquement s’il va partir. En Haïti, en Inde, au Bangladesh, en Thaïlande ou au Nigeria, mais aussi dans des pays occidentaux comme l’Angleterre ou l’Allemagne. Un tel projet n’est pas toujours facile à réaliser. Il lui faut obtenir les autorisations nécessaires, trouver les moyens de se déplacer dans les zones inondées, organiser un traducteur, réfléchir aux problèmes techniques. Une fois sur place, il cherche à contacter des gens dont la vie a basculé et qui se sont retrouvés la tête sous l’eau. Souvent, il les accompagne la première fois qu’ils retournent dans leur ancien logis. Nous regardons dans les yeux des gens qui n’ont plus rien d’autre que leur corps. Leur maison a peut-être été emportée par les eaux ou complètement détruite. Peut-être leur magasin est-il dévasté ou leurs objets privés ont-ils été emportés par la force inexorable des flots.

À travers ces yeux, on a l’impression de pénétrer jusqu’au plus profond de leur âme. On y reconnaît la colère, le chagrin, mais aussi la combativité. Mendel réussit à saisir dans ces moments de désespoir profond une grande dignité humaine. «Le désastre narratif ne m’intéresse pas», explique-t-il. Il essaie plutôt de montrer la vulnérabilité de ces femmes et de ces hommes. «Et j’aimerais la partager avec tout le monde.» Une esthétique déroutante Mendel s’investit corps et âme dans ses reportages, s’attarde sur certains thèmes, s’implique totalement. Il présente lui-même son travail, qui prend souvent la forme de projets à long terme, comme une «mission». «J’ai de la peine à terminer un projet», concède-t-il. Le destin de ces êtres humains l’intéresse, que ce soit sous le régime de l’apartheid de son pays natal, l’Afrique du Sud, à la suite des ravages du sida ou des conséquences du changement climatique.

Loïc Horatius, Rue du Château, Villeneuve-Saint-Georges, France, février 2018.

Il pense à quoi ressemblera le monde quand ses enfants auront son âge et s’intéresse à l’arrière- plan historique et culturel des thèmes qu’il aborde. «L’inondation a pour tout le monde quelque chose de symbolique », dit-il, faisant notamment référence à la violence des flots dans la Bible. Les portraits de Mendel auraient presque un caractère classique s’ils ne se s’inscrivaient pas dans un contexte alarmant. «Cela a quelque chose d’inattendu», constate-t-il. Certains clichés rayonnent même d’une beauté déroutante.

Les personnes et les objets apparaissent comme dans un miroir, leur image se reflète dans une symétrie parfaite, les couleurs brillent dans l’eau, les formes dessinent des lignes esthétiques. «Quand l’eau est haute, tout est calme. Le temps s’arrête», explique Mendel. Ce calme est toutefois trompeur: lorsque le niveau de l’eau baisse, l’ampleur de la catastrophe devient visible, la puanteur se répand, la boue se tasse. Il ne reste que des traces de dévastation. Au cours des onze dernières années, Gideon Mendel a développé différentes trames narratives. Il décrit la série Submerged Portraits comme le coeur de son projet.

Maison de Wista Jacques Gonaïves, Haïti, septembre 2008.

Parallèlement, il a regroupé sous le titre de Watermarks des archives de photographies d’objets définitivement marqués par les eaux. Après des inondations catastrophiques en Australie, le photographe ayant trouvé des photos dans la rue les avait rapportées à sa chambre d’hôtel. «Ce que j’y ait découvert m’a touché. Ces photos abîmées étaient une métaphore de l’influence que le changement climatique peut avoir sur notre mémoire.» Avec la série Floodline, Mendel a finalement créé un autre genre d’«investigation visuelle». Ce sont les lignes d’anciens niveaux de crues qui traversent ces espaces, marquent les murs. «Dans un espace qui a un caractère chaotique, ils ont quelque chose de très précis», ajoute-t-il, et à nouveau d’incroyablement esthétique. Certaines de ces images font penser aux toiles de Mark Rothko.

Des archives de rencontres émouvantes Qu’on y voie ou non des personnes, toutes les photos de Mendel mettent l’accent sur la dimension humaine. C’est ainsi que, outre des archives de photos impressionnantes, il a cumulé les rencontres touchantes. Après l’inondation du siècle au Nigeria en 2011, par exemple, qui avait coûté la vie à plus de 500 personnes, Mendel s’était rendu dans un petit village au sud du pays. Les simples huttes en pisé avaient été emportées par les eaux, tandis que les bâtiments en ciment habités par la classe moyenne étaient encore debout, mais inondés. Il a rencontré une femme, une boulangère, qui avait tout perdu: sa maison, sa boulangerie qui employait vingt personnes, ses fours. Rien n’était assuré. «J’ai fait une photo d’elle, raconte Mendel, et je voulais aussi lui proposer de l’aide. Mais la seule chose qu’elle souhaitait, c’est que je montre au monde ce qui s’était passé. Et c’est exacte- ment cela que j’essaie de faire.»

 

Francisca Chagas dos Santos, Taquari District, Rio Branco, Brésil, mars 2015.

 

Gideon Mendel, né à Johannesburg en 1959, a étudié la psychologie et l’histoire de l’Afrique au Cap. Ses premières photos montrent les dernières années de l’apartheid. Il travaille régulièrement pour Weekend, le supplément dominical du Guardian, et ses photos sont publiées dans de nombreux magazines internationaux, dont National Geographic, Geo, Stern et Rolling Stone.

Ursula Eichenberger, qui a étudié l’histoire et la gestion de projets à but non lucratif, a écrit pour divers médias comme la Neue Zürcher Zeitung. Jusqu’en 2006, elle était rédactrice au Tages-Anzeiger pour les questions sociales et sociétales. Depuis, elle travaille pour des fondations et des organisations à but non lucratif (dont UNICEF Suisse) et écrit des livres.

Le vote du public pour le Greenpeace Photo Award 2018 aura lieu du 1er au 31 octobre 2018. Visitez notre site, choisissez votre favori parmi les sept nominés et votez. Le projet qui obtiendra le plus grand nombre de voix remportera le Prix du public, d’une valeur de
10 000 euros. Un Prix du jury, d’un même montant, sera également décerné.
www.photo-award.org


Le son du silence

Le changement climatique a une dimension jusqu’ici insoupçonnée: il agit sur les sons de la nature et modifie les paysages sonores de notre environnement.

Pour Ludwig Berger, le changement climatique s’est manifesté dès sa première randonnée au glacier de Morteratsch. Pas seulement parce qu’il est passé devant de nombreuses balises enregistrant le recul de la glace comme la chronique d’une mort annoncée. C’était en février 2016, une journée ensoleillée et chaude. Nettement trop ensoleillée et nettement trop chaude. Ludwig Berger a traversé cette vallée meulée par la glace avec une série de microphones dans ses bagages, du type de ceux qu’on en utilise pour la photographie sous-marine. Diplômé en musicologie et en composition électroacoustique, il était venu écouter la fonte des glaciers, comme un médecin pose le stéthoscope sur un patient gravement malade. Depuis 1880, la langue glaciaire a reculé de 2,5 kilomètres, soit un quart de sa longueur. Le taux de fonte a plus que doublé ces dernières années. Berger voulait percer des trous dans la glace, y insérer des micros et enregistrer les sons de cette désagrégation.

Mais l’expérience s’est terminée de façon décevante: «Au début, je n’entendais que le son des micros, rien d’autre», déclare-t-il aujourd’hui de son poste de travail au MediaLab du département d’architecture du paysage de l’École polytechnique fédérale de Zurich. «Ce n’est que lorsque les trous ont été à nouveau gelés que j’ai entendu un grondement profond et constant: le bruit de base du glacier.» Berger sentait toutefois qu’il pouvait faire mieux.

@Lina Müller

Des grondements et des gémissements

Un mois plus tard, après avoir assimilé quelques astuces techniques, il est retourné dans les Grisons avec un groupe d’étudiants. C’était la mimars, et alors que le printemps était sur le point d’arriver, une tempête de neige s’est déchaînée. Berger a de nouveau cru percevoir les signes du changement climatique: «Il n’y a plus de saisons. » Pendant que le groupe tâtonnait dans la neige, il a revu sa stratégie: «Je n’avais plus l’intention de geler les micros, mais de les presser, enveloppés dans la neige, contre le glacier.» Et ça a marché. Lorsque Berger a mis ses écouteurs, il a entendu pour la première fois la vie du glacier de Morteratsch. Un bruit de bulles, des grondements, des craquements et des gémissements. Un bruissement, des égouttements et des gargouillis. Un bourdonnement intergalactique, des grincements et des sifflements. Le glacier murmurait, chantait, fulminait, gémissait, jubilait et pleurait. Ce n’est pas qu’il considère le glacier de Morteratsch comme un être vivant, explique Berger en écoutant les enregistrements au MediaLab. «C’est, comment dire, trop émotionnel et trop kitsch.» Mais quand il réfléchit à ce qui se cache derrière ces sons, pourquoi ils se produisent, cela le touche, «et même beaucoup ». Berger et ses étudiants ont entre-temps monté une exposition pour rendre compte de leur rencontre avec le glacier, ils ont enregistré les sons sur vinyle et les ont, en partie, publiés sur Internet.

Une signature acoustique

Le changement climatique a une dimension que l’on ignorait jusqu’ici: non seulement, il réchauffe l’atmosphère, fait monter le niveau des mers et provoque des sécheresses, mais il a aussi un impact sur le monde du bruit. Raymond Murray Schafer a été le premier à reconnaître l’importance de ce qu’on appelle les soundscapes ou «paysages sonores». Dans les années 1960, le compositeur canadien a réalisé que la partition de la nature ne comprend pas uniquement des sons. Les paysages sonores reflètent l’environnement et fournissent des informations sur la diversité des espèces. Chacun a sa propre signature acoustique. Si les cris d’animaux manquent soudain parce que ces derniers ont été chassés, décimés ou exterminés, la signature change. Les conclusions de Schafer correspondaient à son époque. Peu auparavant, la zoologiste Rachel Carson avait fait des recherches sur la façon dont un pesticide, le DDT, avait tué des millions d’oiseaux chanteurs aux États-Unis et publié un livre intitulé Silent Spring, le «printemps silencieux».

Le CO2, agent perturbateur

Pendant que Ludwig Berger écoutait le Morteratsch dans les Alpes suisses, le biologiste marin Tullio Rossi s’occupait d’un paysage sonore complètement différent. Né en Italie et domicilié en Australie, Rossi enquête sur une question qui, «pour des raisons mystérieuses», n’a longtemps pas été prise en compte: le changement climatique affecte-t-il aussi la vie sous la surface de l’eau? Concrètement, le CO2 modifie-t-il la communication des habitants des mers?

Pour trouver une réponse, Rossi a cherché dans le monde entier des eaux dont la teneur en CO2 est déjà aussi élevée que les taux prévus pour la fin du siècle. Il les a trouvées au large des îles d’Ischia et de Vulcano, en Méditerranée, et de White Island, dans l’océan Indien. Là, des cheminées sous-marines volcaniques libèrent du CO2 dans les quantités attendues. Rossi a installé des enregistreurs sous-marins sur des récifs à proximité. Ces récifs abritent des crevettes-pistolet qui ne mesurent que quelques centimètres, mais sont la deuxième source de bruit sous l’eau après les cachalots. En fermant brusquement leur plus grosse pince, elles créent une bulle qui implose peu de temps après, provoquant une violente détonation. Si une colonie de crevettes claque leurs pinces, elles génèrent un bruit semblable au crépitement d’une forte pluie d’orage ou aux roulements de tambours d’un groupe de jeunes cadets. Cela permet à ces animaux de communiquer entre eux, mais aussi d’étourdir leur proie. Rossi a enregistré le niveau sonore et la fréquence à laquelle les crevettes-pistolet utilisaient leurs pinces, puis a comparé les résultats avec des données provenant d’environnements marins moins chargés en CO2.

Quand il a vu les résultats, il a été surpris. Il ne s’attendait pas à un constat aussi net: «Les crabes des îles volcaniques claquent en effet leurs pinces nettement moins souvent et moins fort. Ça veut dire... – Rossi cherche les mots justes – que dans quelques décennies, les océans seront beaucoup plus tranquilles». Cela a des conséquences. Les crevettes servent d’éclaireurs aux larves de poissons. Dans leurs gènes, les alevins ont stocké l’information selon laquelle ils trouvent une protection contre les prédateurs à la source du bruit, dans les récifs. Ils nagent donc vers le lieu du claquement des pinces. Rossi suit le fil de sa pensée: «Si le bruit des crabes est trop faible et que les larves ne peuvent plus se réfugier dans le récif, elles seront mangées et l’écologie des océans deviendra encore plus confuse qu’elle ne l’est déjà. Cela veut dire qu’à un moment donné, le poisson manquera aussi dans nos assiettes.» Avec près de neuf milliards d’habitants dans le monde, cela deviendra un problème. Tullio Rossi a intitulé son travail scientifique sur les crabes Silent Oceans.

Des effets dramatiques

Les «paysages sonores» sont entre-temps devenus un champ de recherche et une orientation artistique à part entière. Ils permettent d’expérimenter le changement climatique à un autre niveau. L’Américain Bernie Krause, expert mondialement reconnu sur ce sujet depuis quarante ans, a réalisé un long article dans lequel il présente les conséquences de l’effet de serre sur le plan acoustique. Pour résumer, disons qu’elles se manifestent partout. Dans le chant des oiseaux qui sont chassés de leur habitat; dans le chant des baleines, qui adaptent la fréquence, l’intensité et la durée des sons qu’elles émettent; dans la portée des ultrasons que les chauves-souris utilisent pour chasser; dans les vocalises des grenouilles lors de l’accouplement, qui sont moins intenses, voire inexistantes. «Le changement climatique provoque des transformations irréversibles des biotopes. Il porte dramatiquement atteinte aux communautés animales et provoque l’extinction rapide des espèces», résume Krause.

@Awaludinnoer/Greenpeace

Stress de la sécheresse en Valais

Le changement climatique se manifeste également dans des domaines qui ne sont pas accessibles à l’oreille humaine, par exemple à l’intérieur des arbres. Au printemps 2018, le scientifique et artiste sonore zurichois Marcus Maeder s’est rendu dans le Valais et est monté à Salgesch en direction de Trubelstock, jusqu’à un promontoire offrant une vue sur toute la vallée. Là se dresse un pin isolé. Maeder le salue comme un vieil ami. En 2015, il l’a mis au centre de son installation intitulée Trees, réalisée en coopération avec l’écophysiologue Roman Zweifel, une création multimédia consacrée aux effets du changement climatique sur les arbres.

L’installation a fait le tour du monde. François Hollande, alors président de la République française, avait invité Maeder et Zweifel à la présenter lors de la Conférence de Paris sur le climat, à laquelle participaient deux cents États. Marcus Maeder jauge le pin: «Il va bien». Il a l’air soulagé. Petite pause. «Il est encore jeune.» Ce n’est pas le cas des arbres qui l’entourent. Ils atteignent tout juste dix mètres de haut, puis leur croissance s’arrête, et de nombreuses branches de gui témoignent de leur fragilité face aux parasites. Il fait beaucoup trop sec en Valais et le phénomène devrait s’aggraver, estime Maeder. «Les arbres sont stressés, très stressés.» La principale raison? Le changement climatique. «C’est assez clairement prouvé sur le plan scientifique.» Marcus Maeder s’apprête à rendre audibles ces conséquences en s’appuyant sur l’exemple de son jeune pin. Il sort une épingle dorée d’une boîte capitonnée – elle lui sert de senseur acoustique –, la plante dans l’écorce du tronc et la connecte à un amplificateur.

Puis, il met son casque. Un léger bruit de bulles, un bruissement et un écoulement se font entendre et, de temps à autre, un crépitement sourd, plus ou moins fort, retentit, comme si des allumettes se brisaient, comme des pas dans un chalet en bois, puis à nouveau un bruit de bulles et des craquements... «Des cavitations, dit Maeder. Elles se produisent lorsque la sève cesse de circuler à l’intérieur du tronc et que de l’air y pénètre.» Les conséquences? Maeder indique les pins avoisinants: certains troncs sont déjà tout brun, d’autres partiellement. L’apport de substances nutritives ne suffit plus; les arbres dépérissent. Le jeune pin présentera bientôt les mêmes symptômes. Puis il regarde en bas, dans la vallée, la forêt de Finges, vieille de dix mille ans, un parc naturel d’importance régionale qui protège en même temps la commune de Loèche. «J’espère me tromper, mais cette forêt aura sans doute un tout autre aspect dans cinquante ans.»

Influence des sons sur l’empathie

Qu’il s’agisse de Marcus Maeder, du biologiste marin Tullio Rossi ou du compositeur Ludwig Berger, tous s’intéressent aux paysages sonores pour la même raison: les sons ont un accès direct à notre coeur, ils nous touchent plus que d’autres impressions. Des sons comme le rire et les pleurs sont responsables d’une activité particulièrement élevée dans le cortex cérébral et nous amènent à éprouver de l’empathie et à nous impliquer. Les sons influencent également notre perception visuelle; nous vivons les impressions visuelles différemment lorsque nous écoutons de la musique triste ou joyeuse. En résumé: les sons influencent notre capacité d’empathie. Pour Bernie Krause, les paysages sonores sont le meilleur moyen d’accorder enfin l’attention nécessaire au changement climatique: «Une image dit plus que mille mots. Mais un paysage sonore dit plus que mille images.»

 

Christian Schmidt

 

Christian Schmidt est journaliste, rédacteur pour des ONG et écrivain. Indépendant par conviction, il a reçu diverses distinctions, notamment le Prix des journalistes zurichois.

Lina Müller a grandi dans le Jura soleurois. Elle a étudié aux hautes écoles d’art et de design de Zurich et de Lucerne ainsi qu’à l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie. Elle travaille aujourd’hui comme illustratrice et artiste indépendante.


Nouvelle capitaine sur le front

Bonjour à toutes et tous! Le 1er juillet, j’ai repris la barre du navire Greenpeace Suisse. Le rôle du capitaine qui scrute le lointain avec des jumelles tout en dirigeant un bateau Greenpeace m’est familier.

J’ai travaillé pour Greenpeace Allemagne pendant douze ans, après une étape dans la recherche scientifique comme spécialiste en biologie marine. Mon dernier poste était celui de directrice de programmes dans une organisation de coopération au développement. La participation à des expéditions en mer m’a profondément marquée. La lutte pour protéger les océans reste une dimension essentielle de ma vie. J’ai étudié les effets du changement climatique sur les plages de la mer du Nord et j’ai observé son impact en Arctique au plus près lors de mes expéditions avec Greenpeace, lorsqu’un ours polaire a appuyé son museau contre le hublot de ma couchette. Les changements ne sont pas une simple hypothèse, mais bien une réalité.

Nous pouvons toutes et tous percevoir l’une ou l’autre conséquence du changement climatique. Pour les adhérents de Greenpeace en Suisse, les effets les plus menaçants et le plus visibles sont certainement le recul des glaciers. Je suis convaincue qu’une évolution de la société est possible pour transmettre aux générations futures une planète qui conservera ses récifs coralliens et ses glaciers. Enrayer le changement climatique doit être notre priorité absolue. Nous avons besoin de personnes qui élèvent la voix et entament un changement de cap, si nécessaire au moyen de la désobéissance civile. Nous pouvons toutes et tous être un outil du changement. Ici et maintenant. D’où me viennent cet engagement et cette confiance? J’ai grandi dans une petite localité de la Hesse, dans une famille qui prenait soin de la nature et des gens. J’ai appris à apprécier les choses simples de la vie, les fleurs dans un pré et la fourmilière dans la forêt. J’ai aussi appris qu’il existe des gens qui vivent dans des conditions moins favorables.

Toutes ces expériences m’ont donné la force de me battre pour les choses importantes de la vie. Et chaque dauphin que j’ai vu sauter devant notre bateau lors d’une expédition de Greenpeace a ravivé cette énergie en moi. Mon idée est de renforcer la coque du navire Greenpeace Suisse afin de mieux résister aux tempêtes que nous aurons à affronter lors de notre lutte en faveur du climat. Nous avons un objectif clair, et il nous faut un équipage efficace, diversifié et engagé pour ce voyage. Mais nous avons aussi besoin de vous! Rejoignez le mouvement pour le climat!

Je me réjouis des défis à relever avec Greenpeace Suisse et j’ai hâte de faire votre connaissance.

Merci de votre soutien!
Cordiales salutations,

Iris Menn


Ouvrons les yeux !

Les insectes sont indispensables à notre écosystème. À nous de veiller à ce qu’ils soient préservés sous leurs diverses formes. C’est pourquoi nous luttons en particulier pour la protection des abeilles et l’élimination des pesticides toxiques.

Le travail de Greenpeace dans la lutte contre les pesticides toxiques a payé : le 27 avril 2018, l’UE et la Suisse ont interdit trois pesticides de la classe des néonicotinoïdes qui sont particulièrement toxiques pour les abeilles. Cette décision est due à une campagne intensive sur une durée de six ans, qui a pris son origine en Suisse (infos). C’est un pas dans la bonne direction – mais nous sommes encore loin de notre objectif.

© Axel Kirchof / Greenpeace

Or les insectes ne sont pas seulement utiles. Ils illustrent la diversité de la nature d’une manière fascinante. Pour porter un regard différent sur le monde des insectes, nous renvoyons au reportage photo du photographe indonésien Yudi Saw sur Blick online (en allemand). Une perspective nouvelle sur ces minuscules animaux aux couleurs flamboyantes, que vous ne manquerez pas d’apprécier !

 

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Des actions artistiques de Greenpeace en images

L’art peut améliorer le monde – nous en sommes convaincus. Il offre de nombreuses possibilités: il peut sensibiliser, changer les perspectives, mobiliser. Nous avons tout intérêt à promouvoir l’art comme moyen de protéger l’environnement. Voilà pourquoi, cette semaine encore, nous braquons les projecteurs sur des femmes et des hommes qui s’engagent de multiples manières sur le plan artistique.

2013: Peu avant le début du concert Classical Highlights à la Tonhalle de Zurich, une ballerine de Greenpeace a interprété en première mondiale sa propre version de la Mort du Cygne, agonisant dans une nappe d’or noir.

2014: La Bernoise Christine Lauterburg chante sur l’Oberbärgli bernois une «bénédiction d’alpage» en soutien à l’appel de Greenpeace à protéger l’Arctique, une prestation aussi impressionnante sur le plan visuel que par son contenu.

 

© Greenpeace /Nicolas Fojtu

2016: Dans le cadre d’une action de Greenpeace, le pianiste et compositeur italien Ludovico Einaudi joue sur la banquise pour dénoncer la destruction de l’Arctique.

2016: L’artiste britannique Kennard Phillipps a créé une nouvelle version du tableau du peintre américain Andrew Wyeth, Christina’s World. Il représente une jeune fille dans un paysage souillé par le pétrole.

© GREENPEACE / KENNARD PHILLIPPS

 

Les couleurs de l’avenir

Qu’il s’agisse de danse ou d’art visuel – ces exemples montrent combien l’art peut imprégner profondément notre conscience. Il permet, avec des moyens pacifiques et créatifs, de créer des images qui frappent l’imagination du spectateur et le transportent dans des mondes étrangers, stimulant sa réflexion, mais qui, en même temps, le font brièvement sortir du train-train quotidien. Dans ce sens, Greenpeace continuera de s’engager pour – et avec l’art. Nous vous recommandons volontiers d’anciens articles du magazine pour vous inspirer, en espérant que ces idées seront contagieuses.